Terriennes

Menace sur les droits des femmes en Tunisie

Un article de la future constitution fait polémique en Tunisie. Passant sous silence le principe d'égalité, il instaure la notion de complémentarité entre hommes et femmes. Un texte inacceptable pour les féministes, militants des droits l'homme et responsables syndicaux qui appellent à manifester lundi 13 août 2012, date anniversaire de la promulgation du Code du statut personnel. 

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Rassemblement devant le siège de l'assemblée constituante le 9 août 2012.
Rassemblement devant le siège de l'assemblée constituante le 9 août 2012.
« l'État assure la protection des droits de la femme sous le principe de complémentarité avec l'homme au sein de la famille en tant qu'associée de l'homme ». Adopté le 1er août dernier par une commission de l'Assemblée mais devant être encore adopté en séance plénière, cet article de la futur constitution a fait sursauter les associations de femmes et les ONG défendant les droits humains.

« Il fait de la femme un appendice de l'homme, dénonce Souiad Rejeb de l'Association tunisienne des femmes démocrates. La Tunisienne n'est plus considérée comme une citoyenne à part entière. Elle est réduite à un rôle de complément. Si on laisse passer ce texte, c'en est fini du principe d'égalité entre les sexes. »

Dans une Tunisie toujours aussi tumultueuse, les réactions ont été immédiates. Une pétition a été mise en ligne et un premier rassemblement a eu lieu le 9 août devant le siège de l'assemblée constituante pour exiger le retrait du texte. Mais les protestataires ne veulent pas en rester là. Les associations féministes et la Ligue des droits de l'homme et la puissante centrale syndicale UGTT ainsi que les partis d'opposition appellent de nouveau à manifester lundi 13 août à Tunis, et à Paris également, à l'occasion du 56e anniversaires du Code du statut personnel.


L'ancien président Bourguiba saluant un groupe de femmes.
L'ancien président Bourguiba saluant un groupe de femmes.
Un héritage menacé

Promulgué le 13 août 1956, dans la foulée de l'indépendance et avant même l'adoption de la première Constitution post-coloniale, le Code du statut personnel rassemble une série de lois inédites dans le monde arabe faisant de la femme l'égale de l'homme : interdiction de la polygamie et de la répudiation, instauration du divorce, reconnaissance du mariage uniquement sous consentement mutuel des époux. Un héritage du régime Bourguiba que les féministes tunisiennes veulent à tout prix préserver face à la menace islamiste que présente le parti Ennahda au pouvoir depuis leur victoire aux élections d'octobre 2011.

« J'ai étudié tous les discours d'Ennahda dans les années 80 [sous le régime Ben Ali quand les représentants du parti étaient contraints à l'exile, NDLR]. Ils étaient tous contre les droits des femmes. Leur objectif, c'est de renvoyer les femmes à la cuisine et de réinstaller la polygamie, affirme d'un ton ferme la militante Souiad Rejeb. Avant même les élections, ils ont calomnié toutes les femmes démocrates ! »

De son côté, le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, qui avait promis après sa victoire électorale qu'il ne toucherait pas au Code du statut personnel, a tenté de minimiser la controverse. « Certains députés ont vu dans cette formulation un recul sur les principes fondamentaux comme celui de l'égalité mais ce principe fait l'objet d'un accord entre Ennahda et ses partenaires », a t-il assuré, faisant référence à ses alliés de gauche, Ettakatol et le Congrès pour la république du président Moncef Marzouki.

Pour Souiad Rejeb, pas question de se laisser embobiner. « Avec Ennahda, c'est toujours un pas en avant, deux pas en arrière. Ils lancent des petites bombes et voient comment l'opinion réagit. Mais on ne se laissera pas faire. J'ai confiance dans les femmes tunisiennes. »


« Cela ouvre la voie à toutes les discriminations »

11.08.2012Journal Afrique de TV5MONDE
Entretien dans le journal Afrique de TV5MONDE avec la psychanalyste Nédra Ben Smaïl, auteure de Vierges ? la sexualité des Tunisiennes
« Cela ouvre la voie à toutes les discriminations »