Terriennes

#MeToo : Et maintenant où va-t-on se demandent les Québécoises ?

L'accueil et le site de #EtMaintenant lancé par des féministes québécoises dans l'émission Tout le Monde en parle du 14 janvier 2018 : Karine Dufour, Aurelie Lanctot, Lea Clermont-Dion, Sylvie Lavallee, Lise Bilodeau
L'accueil et le site de #EtMaintenant lancé par des féministes québécoises dans l'émission Tout le Monde en parle du 14 janvier 2018 : Karine Dufour, Aurelie Lanctot, Lea Clermont-Dion, Sylvie Lavallee, Lise Bilodeau

La lettre de Catherine Deneuve et d’une centaine d’autres personnalités françaises sur la « liberté des hommes à importuner les femmes » a fait beaucoup réagir au Québec. Et l’une de ces réactions a été le lancement le 14janvier 2018 du mouvement « #EtMaintenant », symbolisé par un cœur jaune,  à l’initiative d’une centaine de féministes québécoises. L’idée est de donner suite au mouvement #MoiAussi #MeToo afin de poursuivre la lutte contre les agressions et le harcèlement sexuels.

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Avec #EtMaintenant, poursuivre sur la lancée de #MoiAussi 

Françoise David, ex-politicienne, ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec et l’une des féministes les plus connues du Québec, fait partie du collectif qui a initié le mouvement #EtMaintenant : « J’avoue que lorsque j’ai discuté avec plusieurs féministes la semaine dernière (nous avons constaté) que la lettre de Catherine Deneuve nous avait heurtées, a-t-elle déclaré en entrevue à Radio-Canada. Je pense qu’hommes et femmes ensemble – et ça peut être entre femmes et hommes également – cherchent d’autres manières de s’aimer, de se séduire, de se parler, de le faire dans le respect, sans abus de pouvoir. »
 
Nous ne voulons pas se substituer à la justice, nous voulons que la justice rende justice aux femmes
Françoise David ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec
Françoise David se veut rassurante : « Je pense qu’à peu près dans tous les cas d’agressions sexuelles qui ont été dénoncées, il y a eu tellement de femmes qui ont donné des détails précis que tout le monde les a crues et il était temps qu’on les croit. Et je pense qu’il n’y a pas eu de dérapages, il n’y a pas eu d’exagération, je sais que certains le craignent, mais encore faudrait-il qu’il y en ait. Je sais que ce que certains et certaines craignent aussi c’est que ces mouvements populaires se substituent à la justice, or du point de vue de notre mouvement, de ce geste que nous posons, nous ne voulons pas se substituer à la justice, nous voulons que la justice rende justice aux femmes ». 

Ce nouveau mouvement #EtMaintenant est une sorte de réplique à la lettre de Mme Catherine Deneuve et ses co-signataires, mais il a aussi comme objectif de poursuivre sur la lancée du #MoiAussi et #MeToo : « Les femmes n’acceptent plus d’être réduites au statut d’objets du désir masculin. Elles veulent poser leurs limites, dire « non » sans craindre le renvoi, l’insulte ou la violence. Il ne s’agit pas de jouer à la police des mœurs, d’empêcher le jeu de la séduction… ou de lancer une chasse aux sorcières, chercher justice n’est pas crier vengeance…. Et maintenant ? Nous voulons continuer sur cette lancée, les hommes à nos côtés. Tellement reste à faire ! Afin que les politiques publiques, la culture des entreprises et des institutions, les contenus médiatiques – et oui, les relations amoureuses et sexuelles – évoluent dans le sens d’une véritable égalité entre les sexes » dit le manifeste.  
Aurélie Lanctôt, une chroniqueuse du quotidien Le Devoir qui est l’une des instigatrices de ce nouveau mouvement, a précisé en entrevue à Radio-Canada : « Si on veut vraiment en finir avec les violences sexuelles, ça va demander la collaboration de tous, les hommes et les femmes, il faut apprendre à travailler en alliance sur ces questions-là. Vous savez, il y a déjà un travail extraordinaire qui se fait sur le terrain par des groupes communautaires, par des militantes féministes qui font de l’éducation populaire, qui accompagne les victimes et ça, c’est fort important, ce mouvement-là et nous on n’est pas en prétention de prendre le leadership de quoi que ce soit sur ces questions-là, l’idée c’est de faire une prise de parole spontanée, très forte, qui montre aussi qu’il y a un large soutien aux hommes et aux femmes qui dénoncent les violences sexuelles ». 

Un site internet débordé

Les autres instigatrices de cette déclaration sont Léa Clermont-Dion, Josée Boileau, Francine Pelletier et Élisabeth Vallet. 
Dès l’annonce de son lancement lors de l’émission Tout le monde en parle de Radio-Canada dimanche 14 janvier, le site etmaintenant.net a été littéralement pris d’assaut, à un point tel qu’il est devenu inaccessible. Car les Québécois et les Québécoises sont invités à signer à leur tour la déclaration : « Nous vous invitons à joindre ce mouvement, pour que désormais les « non » s’élèvent quand il le faut. Pour que ce soit à nos désirs et à nos amours qu’ensemble, hommes et femmes, nous disions oui ». 

L’appel semble avoir été entendu : dès le lendemain, déjà 18 314 personnes avaient signé la déclaration. Malgré quelques critiques de Canadiennes qui trouvent qu'une fois de plus il y a trop d'entre soi dans ces initiatives, pas assez de diversité sociale ou culturelle.
Parmi les nombreuses réactions au lancement d’Et Maintenant, le soutien du Premier ministre du Québec, Philippe Couillard : « On appuie ce mouvement. Je pense qu’au Québec il faut maintenant que les hommes et les femmes réfléchissent ensemble sur comment faire de nos milieux de travail des milieux sécuritaires et respectueux, sans rendre ça totalement aseptique, les gens doivent continuer à communiquer ensemble, être humain dans leur relation, mais je pense qu’on arrive dans une autre phase et ce document-là tombe à point nommé et certainement que notre gouvernement l’appuie ». 

Politique anti-harcèlement en gestation à la ville de Montréal 

En parallèle au lancement du mouvement #EtMaintenant, les élus de la Ville de Montréal sont en train de revoir leur code d’éthique pour y insérer la problématique du harcèlement. Un article y sera ajouté, il précisera que « les membres du conseil doivent favoriser le maintien d’un climat de travail harmonieux et respectueux et d’un milieu de travail sain et exempt de toute forme de harcèlement ».

La présidente du conseil municipal, Cathy Wong, s’est dite surprise que cette notion de harcèlement n’ait pas été intégrée dans l’actuel code d’éthique, et a précisé : « Il faut changer les institutions dans lesquelles nous sommes ». L’arrivée de Valérie Plante à la mairie de Montréal et d’autres femmes dans les mairies de plusieurs villes importantes du Québec vont très probablement permettre de faire avancer les choses dans ce domaine. La nouvelle mouture du code d’éthique des conseillers municipaux montréalais devrait être adoptée au cours de la semaine.