Mexico en lutte contre la discrimination des femmes enceintes

L'affiche de la campagne pour protéger les Mexicaines enceintes au travail : A gauche, elle affirme : “J'ai dit que j'étais enceinte et j'ai été virée de mon travail “. A droite, le patron lui lance : “Choisis ton bébé ou ton travail !“ La campagne lance : “Le licenciement pour cause de grossesse, c'est de la discrimination. Personne ne peut exiger ta démission ou te licencier car tu es enceinte“
L'affiche de la campagne pour protéger les Mexicaines enceintes au travail : A gauche, elle affirme : “J'ai dit que j'étais enceinte et j'ai été virée de mon travail “. A droite, le patron lui lance : “Choisis ton bébé ou ton travail !“ La campagne lance : “Le licenciement pour cause de grossesse, c'est de la discrimination. Personne ne peut exiger ta démission ou te licencier car tu es enceinte“

Depuis novembre 2013, le Conseil pour combattre et éliminer les discriminations (COPRED), qui dépend du gouvernement de la capitale mexicaine, mène une campagne pour rappeler fermement à toutes les femmes qu’elles ne peuvent pas être licenciées si elles attendent un enfant. Avec au bout de quatre mois, un bilan positif

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« L’entreprise Fisher’s vient de me licencier car je suis enceinte, je suis victime de discrimination ». C’est ce que Nora Beltrán a écrit sur son compte Twitter le 7 juin dernier. Fisher’s est une chaîne de restauration rapide, bien connue désormais pour ses habitudes déplorables en matière du droit de travail. Ce cri de secours façon 2.0 a été la seule solution que cette jeune femme qui travaillait dans cette entreprise depuis plus d’un an a trouvée pour se défendre. C’est ainsi qu’elle a mis fin au harcèlement qu’elle subissait  sur son lieu de travail. « Ils ont baissé mon salaire, on m’a privé de mes pourboires, ensuite j’ai été affectée très loin de chez moi et en horaire de nuit », témoigne-t-elle.

Cette Mexicaine a également publié une vidéo sur YouTube, réalisée en caméra cachée. Elle y a mis en évidence le comportement douteux de son patron. Dans ce clip, on assiste à une discussion entre elle et son responsable. « Tu dois justifier mon licenciement », répète-t-elle sans cesse. Alors que son chef maintient qu’il n’a aucune obligation.
 
 

Le COPRED, cette institution dépendante du gouvernement de Mexico, qui lutte contre les discriminations, s’est saisie de l’affaire de Nora Beltrán qui se désole de constater que son cas n’est pas isolé dans cette entreprise : « Deux autres collègues enceintes ont déjà été remerciées avant moi. »

« Dès qu’une femme annonce qu’elle sera bientôt mère, les employeurs font pression pour qu’elle démissionne »

Quelques jours après le tweet de cette employée, le COPRED avait déjà reçu de nombreuses plaintes dénonçant des affaires semblables à celle de Nora. Pour la présidente de ce conseil, Jacqueline L´Hoist Tapia, c’était la goutte qui faisait déborder le vase. Ces témoignages venaient confirmer les résultats d’une enquête commandée par ce même organisme début 2013. Après les indigènes et les homosexuels, les femmes enceintes sont victimes d’une discrimination systématique dans les entreprises. « Dès qu’une femme annonce qu’elle sera bientôt mère, les employeurs font pression pour qu’elle démissionne, et si elle résiste elle est licenciée sans justification et ils se gardent bien de lui verser les indemnités qui lui reviennent selon le code du travail », explique-t-elle.

Face à cette situation, Jacqueline L´Hoist Tapia et son équipe ont décidé de lancer, en novembre 2013, la première étape d’une campagne pour informer les femmes de leurs droits. Selon le code pénal de la ville de Mexico – qui est aussi l’une des 32 entités fédératives du pays - toute forme de discrimination est un délit puni par la loi d’une peine allant jusqu’à trois ans de prison. Le Mexique étant un Etat fédéral comme les Etats-Unis, les autorités locales peuvent légiférer, en partie et sous réserve de constitutionnalité, de façon indépendante.
Lors du lancement de la campagne, Jacqueline L'Hoist Tapia, la présidente du COPRED est au centre
Lors du lancement de la campagne, Jacqueline L'Hoist Tapia, la présidente du COPRED est au centre
 
Une grossesse n’est pas un motif de licenciement

Cette campagne a pour but de rappeler aux femmes qu’elles peuvent dénoncer sans crainte un licenciement abusif pour cause de grossesse. Des affiches inondent les transports publics et les ponts. Des messages, diffusés sur les ondes de diverses chaînes de radio et télévision, les encouragent à hausser le ton.

« C’est essentiel de marteler ce message, rappelle la présidente du COPRED, car malheureusement, les salariées pensent que c’est normal de prendre la porte puisque les menaces commencent dès le moment de l’embauche. Les employeurs ne vont pas jusqu’à leur faire signer des clauses de ‘ non grossesse’ car ils savent que c’est illégal. Mais les patrons leur disent qu’elles n’ont pas intérêt à tomber enceintes. Et parfois, ils les poussent même à choisir entre leur poste et l’enfant. »

Et de poursuivre : « Dans la ville de Mexico nous nous sommes battus pour dépénaliser l’avortement (autorisé depuis 2012, NDLR), nous nous devons aussi de nous battre pour les droits reproductifs de la femme. Les employeurs, femmes ou hommes, craignent les absences à répétition des futures mères et une baisse de la productivité. C’est absurde ! »

Dans la ville de Mexico, il existe tout un arsenal plutôt efficace pour protéger les victimes de discrimination. Communiquer dessus est donc essentiel pour atteindre les objectifs que le gouvernement de gauche de la ville de Mexico a fixé à la COPRED : « Zéro discrimination ».

Mais c’est aussi un enjeu pour les femmes qui souvent l’ignorent. La perte de leur emploi pendant la grossesse est lourde de conséquences ; elles deviennent vulnérables. Avec un licenciement  injustifié, elles perdent leurs indemnités. C’est-à-dire, trois mois de salaire et 20 jours de salaire pour chaque année travaillée.  Et surtout, elles n’ont plus accès à tous les soins qui permettent un suivi médical adéquat avant, pendant et après l’accouchement. Car elles ne sont plus assurées par leurs patrons.  D’après le Code du travail, tous les employés doivent être assurés. En cas de licenciement injustifié, ils perdent ce bénéfice.

Les habitantes de Mexico osent - enfin - porter plainte

Même s’il est encore trop tôt pour dresser un bilan de l’impact de cette campagne, Jacqueline L´Hoist Tapia se réjouit de ses débuts déjà prometteurs : « En moins de trois mois nous avons pris connaissance de 70 affaires. Nous avons été agréablement surpris car contrairement à ce qui arrive souvent au Mexique, les femmes ont osé dénoncer les abus de leurs employeurs. »

« C’est un signe très encourageant, poursuit-elle, car les Mexicaines partagent de plus en plus les responsabilités financières de leurs foyer avec leurs compagnons ou compagnes. Elles se rendent compte qu’elles peuvent défendre leurs droits et qu’elles disposent des armes pour le faire. » Le COPRED compte passer bientôt un accord avec l’équivalent mexicain de Pôle Emploi pour débloquer des aides plus facilement en cas de licenciement discriminatoire.

La deuxième partie de cette campagne est déjà en préparation. Le dispositif qui sera mis en place dans quelques mois visera cette fois-ci les employeurs pour bien leur rappeler qu’ils risquent des sanctions lourdes. La chaîne de restauration Fisher’s qui a mis à la porte Nora Beltrán se trouve dans le collimateur des autorités. « Si les entreprises ne veulent pas garder leurs employées enceintes par principe, qu’elles le fassent donc car elles savent désormais que leurs actions auront des conséquences, assure Jacqueline L´Hoist Tapia. Ficher’s devra indemniser leur employée et sa réputation a été salie.»

Si l’initiative ne s’étend pas encore au reste du pays, le succès annoncé de cette campagne pourrait tout de même faire office d’exemple pour les gouverneurs des autres états mexicains.