Michelle Obama, celle qu’on regrettera

Michelle Obama plébiscitée lors de son discours devant la Convention démocrate intronisant la candidate Hillary Clinton, le lundi 25 juillet 2016
Michelle Obama plébiscitée lors de son discours devant la Convention démocrate intronisant la candidate Hillary Clinton, le lundi 25 juillet 2016
AP Photo/Paul Sancya

Son discours vibrant à la convention démocrate avait été salué à l’unanimité. Hillary Clinton peut compter sur le soutien de la First Lady sortante pour réenchanter sa campagne. En huit ans, elle a sublimé la fonction et l’a fait entrer dans le millénaire. Certains la veulent comme présidente des Etats-Unis.

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Quelle que ce soit l’issue des élections de novembre, on regrettera Barack Obama. Et tout autant sa femme, Michelle, qui a su en huit ans s’imposer comme une First Lady du nouveau millénaire : cool, drôle, puissante, complice du président, parfaitement à l’aise avec l’"infotainment" et femme de convictions. Après son vibrant discours d’unité et de soutien à Hillary Clinton, hier lors de la convention démocrate, le hashtag #MichelleObama déroulait des chapelets d’éloges.

Avec ses 60% de popularité, elle séduit même le camp adverse, notamment Melania Trump qui, comme chacun le sait, l’a plagiée dans son récent discours. Sentant bien qu’il s’agissait d’un hommage, Michelle a eu la classe de ne rien remarquer, laissant le soin aux réseaux sociaux, qu’elle maîtrise, de régler l’affaire à son avantage.

Il faut dire qu’elle avait mieux à faire : un karaoké devenu viral dans la voiture de l’animateur James Corden, où elle se lâche sur Beyoncé et Stevie Wonder, tout en faisant la promotion de son Association « Let Girls learn ».
 
Michelle Obama participe à l'émission de James Corben dans laquelle elle chante sur les chansons de son choix. La vidéo a fait plus de 38 millions de vues sur Youtube.

Qui en Europe, ou ailleurs, pourrait se permettre de danser, chanter et s’amuser dans les shows TV sans entacher sa crédibilité ? Qui pourrait s’initier au rap sans paraître démagogue et se servir de ce qu’elle a appris pour rythmer ses discours politiques et accompagner ses combats ? Qui serait assez sûre de sa valeur pour oser le poème de la Saint-Valentin le plus mièvre qui soit (« Les roses sont rouges, les violettes sont bleues, tu es le président et je suis ta chérie ») et préciser qu’elle l’a écrit alors qu’elle faisait ses 100 pompes quotidiennes ? Qui pourrait, alors qu’elle milite pour une alimentation saine, répondre à la presse people qui lançait il y a quelques jours qu’elle pourrait être enceinte : « Non, j’aime simplement trop les frites… » sans nuire à l’efficacité de son programme contre l’obésité ?
 

Elle ne croit pas à l’homme providentiel

Les débuts pourtant furent moins aisés. Les Américains n’ont pas tout de suite compris l’humour de cette First Lady. Ils ont pris pour de l’irrespect son plaisir à raconter combien son mari ne rangeait pas ses chaussettes et combien son haleine était chargée le matin au réveil. C’était sa manière de rappeler qu’un président n’est pas le Messie. Michelle Obama ne croit pas à l’homme providentiel. Elle ne croit qu’à l’effort, au travail et à l’action commune. Tous ses discours vont dans ce sens.

Les Américains se sont également méfiés au début de cette avocate brillante, diplômée d’Harvard, qui gagnait plus que son époux : comment pourrait-elle tenir son rang sans lui faire de l’ombre ? Et ils sont restés un peu interloqués par cette femme de 1m80, aux épaules d’athlète, au sourire franc et au fessier callipyge.

Emergence d’une élite noire

Le magazine « Jeune Afrique » – qui l’a suivi avec beaucoup d’attention ces huit ans – a consacré un article entier à ses fesses, qu’elle a d’abord tenté de faire oublier dans des tenues amples avant d’oser le pantalon et la robe fourreau. Un détail ? Non, une manière de revendiquer au fil de son mandat ses origines africaines, elle arrière-petite fille d’esclaves, née dans une famille pauvre de Chicago. Michelle Obama entend restituer l’histoire de l’Amérique à un moment où un homme aux cheveux jaunes et au teint orange aspire à devenir le maître du monde en piétinant les valeurs qui l’ont portée, elle et son mari, à la Maison-Blanche, « construite par des esclaves » comme elle l’a rappelé à la convention du parti démocrate.
 

Les Obama, un couple post-racial ? Oui mais sans faire profil bas. Michelle ne rate pas une occasion de mettre en valeur la culture black. Sa playlist est à ce titre exemplaire : Beyoncé, Aretha Franklin, Diana Ross ou Billie Holyday. Elle aura contribué à l’émergence d’une élite noire, dont elle est une figure emblématique. Elle est devenue un modèle. Demain, des petites filles aux cheveux blonds et à la peau diaphane diront tout naturellement qu’elles veulent être Michelle Obama quand elles seront grandes.

Un jour présidente ?

Le secret de Michelle née LeVaughn Robinson, c’est son pouvoir d’incarnation. Il n’y a pas de hiatus entre le corps et la tête, d’où l’effet de sincérité et de simplicité. D’où son aisance avec les populations les plus vulnérables et cette "coolitude" qui est devenue sa signature. Elle a été un atout pour son mari, elle le sera encore plus pour Hillary Clinton, qui souffre d’une réelle impopularité.
 

Grâce à Hillary Clinton, mes filles, tous nos fils et nos filles, trouvent désormais évident qu’une femme puisse devenir présidente des Etats-Unis

Michelle Obama

Très à l’aise au pupitre, toujours personnelle pour ne pas sombrer dans les généralités, Michelle Obama a fait le lien entre le destin de la candidate et le monde dans lequel vivront ses deux filles, Malia (18 ans) et Sasha (15 ans) pour soutenir sans réserve celle qui avait échoué face à son mari en 2007 : « Ne vous trompez pas sur ce vote, il ne s’agit pas de démocrates ou de républicains, de gauche ou de droite. Dans cette élection, comme dans toute élection, il s’agit de qui aura le pouvoir de former nos enfants pour les 4 ou 8 prochaines années de leur vie ». Elle a ajouté un peu plus loin: « Grâce à Hillary Clinton, mes filles, tous nos fils et nos filles, trouvent désormais évident qu’une femme puisse devenir présidente des Etats-Unis ». Tonnerre d’applaudissements.

Sur Twitter, on ne compte plus les messages qui encouragent la First Lady à devenir elle-même candidate. La rumeur est persistante. Elle la réfute : non, elle ne veut pas briguer de mandat, et ses combats, elle entend les mener loin des carcans d’un protocole dont elle a tout de même souffert avant d’y trouver sa place, et d’en avoir fait désormais une référence. La femme la plus cool du monde entend le rester.

> Article original publié par notre partenaire Le Temps