Midterm 2014 : Wendy Davis, héroïne texane du droit à l'avortement, et incarnation du rêve américain

Wendy Davis en 2010 - (Photo : Flickr / runneralan2004)
Wendy Davis en 2010 - (Photo : Flickr / runneralan2004)

En 2008, déjà, elles s'étaient mobilisées pour le candidat démocrate. En 2012, Barack Obama dut sa réélection en grande partie aux femmes, ses plus fidèles soutiens. Mais seront-elles encore assez nombreuses pour empêcher l'effondrement annoncé des démocrates, lors des élections de midterm du 4 novembre 2014 ? Figure de proue, la sénatrice Wendy Davis, devenue célèbre à l'occasion de sa tentative d'obstruction d'une loi locale réduisant le droit à l'avortement, espèrait devenir la nouvelle gouverneure du Texas, chasse gardée du Sud républicain.

dans
Mise à jour 5 novembre, 8h GMT : Greg Abbott a remporté le siège de gouverneur du Texas avec 15% de votes de plus que la sénatrice Wendy Davis.
Retour sur le parcours d'une combattante pleine d'audace


Le mardi 25 juin 2013 à Austin, capitale du Texas, on avait frôlé les 40° à l'ombre. Et pourtant à l'intérieur du Sénat de l'Etat, Wendy Davis semblait toujours fraiche comme une rose, après un discours de 13h, que l'on appelle outre-Atlantique "filibuster".

Cette technique d'obstruction parlementaire, la sénatrice démocrate la maîtrise parfaitement pour l'avoir utilisée à maintes reprise dans un environnement ultra républicain et ultra conservateur, qui passe son temps à sabrer les dépenses sans augmenter les impôts ou à tenter de revenir sur les lois les plus progressistes des Etats-Unis en particulier pour les femmes. En 2011, l'élue de Fort Worth et du 10ème district à l'extrême nord-est de l'Etat, avait déjà tenté (avec succès) d'empêcher la coupe drastique dans le budget des écoles publiques que voulait opérer les tenants d'un ultra libéralisme sauvage qui règnent au pays de l'or noir. Le New York Times en avait fait, déjà alors, la nouvelle star du filibuster.

Mais ce 26 juin 2013, elle s'était surpassée en parvenant à empêcher, pour quelques jours de répit seulement malheureusement, l'assemblée de démolir les droits acquis à l'avortement des Texanes grâce à la décision de la Cour suprême américaine qui autorise l'interruption de grossesse jusqu'à 12 semaines après la conception sur choix des femmes, et jusqu'à 24 sur décision médicale. Barack Obama avait fait de la préservation de cette conquête un des thèmes majeurs de sa campagne de 2012. Et les Américaines lui en avaient su gré en votant majoritairement pour lui le 5 novembre, lui permettant de s'engager pour un second mandat. Mais malgré la volonté présidentielle, la Cour suprême a aussi autorisé les dérogations à la loi fédérale, qui du coup se multiplient, malgré les garde-fous érigés pour empêcher les atteintes trop importantes à cette liberté fondamentale des femmes à disposer de leur corps.

Une avocate de la cause des femmes

Wendy Davis s'était donc avancée à 11h18, droite sur ses baskets roses, et avait commencé à pirater la parole, pour ne la rendre, sans avoir bu ni s'être assise, malgré deux tentatives d'interruptions, que 13h plus tard, la voix à peine voilée, mais surtout la joie absolue d'avoir empêcher le vote. La toile avait commencé à frémir, les réseaux sociaux à s'agiter autour du mot clé #standwithwendy, jusqu'au président lui-même qui, pourtant occupé à batailler sur le front climatique depuis Washington, avait détourné le regard vers le sud le temps d'un tweet. Malheureusement, les ultra conservateurs texans, lors d'une session extraordinaire ultérieure, firent passer quelques semaines plus tard leur texte permettant d'empêcher le droit à l'avortement…

A la Une de deux quotidiens texans, le 3 novembre 2014, à la veille des élections de midterm du 4 novembre 2014
A la Une de deux quotidiens texans, le 3 novembre 2014, à la veille des élections de midterm du 4 novembre 2014
Mais ce n'est pas un revers circonstanciel qui allait arrêter Wendy Davis. Quelques mois plus tard, elle repartait en campagne, cette fois pour le poste de Gouverneure du Texas, remis au vote à l'occasion de ces élections de midterm 2014, un scrutin où les Américains sont appelés à renouveler les membres de la Chambre des Représentants, mais aussi une partie du Sénat, et les gouverneurs de certains Etats. Un double défi : l'impopularité de Barack Obama atteint des records et le Texas ne s'est pas converti à la cause des femmes, au droit à l'avortement, à celui des minorités, à la santé pour tous, l'éducation publique ou à l'abolition de la peine de mort, autant de thèmes défendus par la vaillante démocrate.

Le courage au féminin

Dans la dernière ligne droite, les sondages la donnaient 20% derrière Gregg Abott qui se bat pour les "vraies valeurs du Texas et les vrais Texans". Ce qui n'empêche pas la vaillante juriste, qui fit tomber en 2008 et pour la première fois en 20 ans un candidat républicain, qui plus est sénateur sortant, Kim Brimer dans le 10e district du Texas, d'y croire fermement. D'autant qu'elle fut réélue en 2012 et qu'elle a reçu le soutien de Steven Spielberg, Matt Damon, Barbra Streisand. Et surtout de Michelle Obama, pour laquelle cette "self made woman" blonde et blanche, incarne, comme elle mais dans un autre versant, le rêve américain...

La candidate, aujourd'hui âgée de 51 ans, qui fut mère célibataire avant 20 ans, puis mère divorcée, a reçu au long de sa bataille politique des flots d'insultes, jusqu'à être accusée d'infanticide, voire de génocidaire, ou encore de "Abortion Barbie" (Barbie avortement) pour son combat en faveur de l'interruption de volontaire de grossesse. Et elle a confessé avoir elle-même eu recours deux fois à l'avortement. Un aveu qui pourrait lui coûter cher dans ce Texas si puritain, où la Bible fait office de Constitution...

A retrouver, quelques moments du filibuster de Wendy Davis, le 25 juin 2013


Sur le même thème, les Etats-Unis de Barack Obama, le vote démocrate et les femmes