Millefeuille, le film : l'une porte le voile, l'autre pas

Zaineb et Aïcha, héroïnes de ce Millefeuille féministe
Zaineb et Aïcha, héroïnes de ce Millefeuille féministe

Millefeuille, c'est le nom d'un gâteau très sucré et crémeux. C'est aussi celui d'un salon de thé où travaillent deux amies, Zaineb et Aïcha, dont l'une porte le voile, et l'autre pas. Elles se respectent et se soutiennent malgré des convictions différentes. Elles sont les héroïnes du nouveau film de Nouri Bouzid, sorti en Tunisie en avril non sans débat, et cette semaine sur les écrans européens.

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Zaineb veut devenir styliste. Elle est fiancée à Brahim (Lofti Abdelli), qui vit en France, à Nice, fait du "business" et campe un personnage opportuniste. Lorsque Hamza (Bahram Aloui), frère de Zaineb, sort de prison et revient à la maison, il va tout faire pour obliger sa soeur à porter le hijab et lui interdire de travailler, s'opposant à leur père, au chômage, qui ne souhaite que le bonheur de sa fille.

Aïcha est célibataire et voilée. Elle s'occupe de ses soeurs depuis que leur mère est morte.

Accessoire pour les deux amies Zaineb et Aïcha, le voile ne l'est pas pour leurs proches : avec "Millefeuille", le réalisateur tunisien Nouri Bouzid parle de la révolution tunisienne de 2011, vécue de l'intérieur par ces femmes qui incarnent le combat pour la liberté individuelle face aux carcans d'une société en plein désarroi.

Le titre du film, qui en français évoque une pâtisserie, renvoie autant aux plis du hijab (voile) qu'au salon de thé où les deux "héroïnes", Zaineb (Nour Mziou) et Aïcha (Souhir Ben Amara) travaillent. Son titre original en arabe est "Je ne meurs pas".

"J'ai voulu montrer qu'avec la révolution, en janvier 2011, le discours politique est devenu le quotidien des gens tout autant que parler du hijab, des femmes ou de la laïcité. Les mères sont descendues dans la rue aux côtés de leurs filles, mais restent inquiètes pour leur avenir", explique-t-il.

Le film démarre par des scènes de manifestations et de violences dans la rue, mais très vite la caméra investit des lieux d'intimité (salons, couloirs, chambres, cuisines, salle de bain...), tour à tour huis clos étouffant ou refuge. Avec Zaineb et Aïcha, Nouri Bouzid, 67 ans, emprisonné de 1973 à 1979 dans son pays pour son engagement marxiste, raconte l'histoire de tout un pays: le combat pour l'indépendance et la lutte contre les carcans religieux et culturels.

Le film fait écho à un ensemble de positions idéologiques incarnées par des humains malmenés par leurs contradictions et confrontés à une réalité économique difficile. Il fait surgir la soif de liberté.

"Le scénario a été écrit avant le départ de l'ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, mais le film lui-même a été tourné après", explique encore le réalisateur.
 

Nouri Bouzid : “la révolution des filles est plus intérieure que celle des garçons“

Estelle Martin, R. Lescaut, JT TV5MONDE
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