Terriennes

Misty Copeland, première danseuse étoile noire américaine

Misty Copeland interprète le rôle d'Odette/Odile dans le Lac des Cygnes le 24 juin 2015 au Metropolitan Opera House de New York. 
Misty Copeland interprète le rôle d'Odette/Odile dans le Lac des Cygnes le 24 juin 2015 au Metropolitan Opera House de New York. 
©Gene Schiavone/American Ballet Theater via AP

Pour la première fois de l’histoire américaine, une danseuse noire accède au titre si prestigieux d’étoile. Cette nomination couronne un parcours hors du commun. A 13 ans, on lui reprochait de commencer la danse trop tard et de ne pas avoir le bon physique... pour ne pas dire la bonne couleur de peau. Retour sur une carrière exemplaire.

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Sa nomination entre dans l’histoire. Misty Copeland, a été promue danseuse étoile de l’American Ballet Theatre à New York, mardi 30 juin. L’accession à ce titre si prestigieux marque toujours un événement pour le monde de la danse. Mais cette promotion restera plus particulière que les autres parce que Misty Copeland, 32 ans, devient la première étoile noire des Etats-Unis. Tout un symbole dans une Amérique où les multiples violences policières contre des citoyens noirs  - comme à Charleston - ont soulevé la colère d’une partie du pays qui se débat encore avec son héritage esclavagiste et ségrégationniste.

Voir une femme, noire, rejoindre l’élite de la danse (seulement) en 2015 soulève un vent d’enthousiasme mais montre aussi le long chemin parcouru pour arriver à ce niveau, dans un milieu artistique toujours très blanc. Avant Misty Copeland, le seul danseur étoile noir de l’American Ballet Theatre avait été nommé en 1997, vingt et un ans après le premier danseur étoile noir américain : Arthur Mitchell, choisi par le New York City Ballet en 1956.


C’est dans cette même ville multiculturelle de la côte Est qu’Alvin Ailey créé en 1958 sa propre compagnie dans laquelle il réunit de jeunes noirs-américains pratiquant la danse contemporaine et qui sont, à cette époque, souvent exclus d’autres ballets. Sur les scènes du monde entier, le Alvin Ailey Ballet célèbre encore aujourd'hui la culture afro-américaine.
 

Le parcours d'une battante

Le parcours était donc laborieux jusqu’à la promotion de Misty Copeland qui fait partie de la troupe de l’American Ballet Theatre depuis 2000 et pour laquelle elle danse en solo depuis huit ans. Sa nomination a suscité un afflux de félicitations sur les réseaux sociaux sur lesquels la danseuse - très suivie sur Twitter (plus de 63 00 abonnés) et Instagram (plus de 600 000 abonnés) -  a d’ailleurs posté sa nomination :


Quelques jours auparavant, elle avait fait les gros titres de la presse en devenant la première danseuse noire à se produire dans le « Lac des Cygnes » à la Metropolitan Opera House de New York.  


Dernière marche avant les étoiles. Cette réussite tant saluée et médiatisée couronne un parcours hors du commun. Alors qu’elle vit modestement dans un motel en Californie avec sa mère et ses cinq frères et soeurs, Misty Copeland commence la danse à 13 ans. « Trop tard », lui diront certains. « Pas le bon physique », pas les bonnes formes, lui répondront d’autres, pour parler, peut-être en réalité de sa couleur de peau.

Mais à 15 ans, elle remporte son premier concours et s’ouvre les portes de la réussite… Du rêve américain comme les Etats-Unis aiment tant le raconter. « J'ai eu des moments de doute, des moments où j'ai voulu tout arrêter, parce que je ne savais pas s'il y aurait un avenir pour une Afro-américaine à ce niveau, a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse, mardi 30 juin, après l’obtention de son titre. En même temps, cela m’a donné tellement l’envie d’aller jusqu’au bout. »

Reconnaissance des pairs

Et depuis quelques années tout s’est emballé, notamment depuis la diffusion d’une publicité d’une marque de vêtements de sport la mettant en scène et qui a été vue par plus de 8 millions de personnes.

Elle a également fait la Une du magazine américain Time qui l’a choisie parmi ses personnalités les plus influentes de l’année.

Misty Copeland en Une du magazine américain Time.
Misty Copeland en Une du magazine américain Time.

Elle a écrit son autobiographie Life in Motion: An Unlikely Ballerina (La vie en mouvement : une ballerine inattendue), classé parmi les meilleures ventes et qui pourrait être adaptée en film. Misty Copeland a également publié un livre pour enfant intitulé Firebird. Un documentaire a été réalisé sur elle et présenté au fameux festival du film de Tribeca à New York. La chaîne américaine CBS lui a aussi consacré tout un magazine 60 minutes.

Avec cette exposition médiatique croissante et la reconnaissance désormais de ses pairs, Misty Copeland n'oublie jamais d'user de cette nouvelle tribune pour appeler à une plus grande diversité dans la danse.

Elle compte bien incarner encore un exemple pour que tous les enfants qui font leurs premiers pas en chaussons voient en elle « un rêve » à leur portée.