Mobilisation internationale contre le harcèlement sexuel en Egypte

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Du Canada au Thaïlande, une trentaine de manifestations étaient organisées mardi 12 février 2013 pour dénoncer les agressions sexuelles contre les femmes dans les rues d’Égypte, principalement au Caire où la Place Tahrir, lieu emblématique de toutes les manifestations est désormais aussi l'endroit où des femmes, croyantes ou non, journalistes ou activistes, célèbres ou pas, ont subi les assauts de ce combat quotidien. Deux ans après la chute d'Hosni Moubarak, à l'appel du mouvement "The uprising of women in the Arab world" des dizaines de manifestant(e)s étaient attendu(e)s devant les ambassades et les consulats égyptiens dans des villes moyen-orientales, asiatiques, européennes ou américaines.
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Instantanés des rassemblements devant les ambassades égyptiennes dans différentes villes du monde mardi 12 février 2013



“Ne pas cacher les problèmes et réveiller les médias“ - entretien avec Farah Barqawi, co-fondatrice de “The uprising of women in the Arab world“

12.02.2013
Des dizaines, et parfois des centaines, de personnes ont confirmé leur présence aux manifestations sur les réseaux sociaux. Est-ce que vous vous attendez à une telle participation dans la rue ?

Nous espérons que la participation sera à la hauteur du nombre des gens qui ont annoncé sur Facebook vouloir venir. On sait qu’il y en a qui confirment mais qui ne viennent finalement pas. Par contre, il y en a qui ne se sont pas enregistrés sur Facebook, mais qui viendront quand même. Donc il y aura probablement un équilibre.

Il y a des participants qui viendront en groupes organisés par des associations féministes. En général, on s’attend à ce qu’il y ait au moins 100 personnes dans chaque pays.


C’est la première fois que ce mouvement sort du territoire égyptien. Comment voyez-vous la réaction au niveau mondial ?

Très bien. Il n’y a pas que des associations qui ont répondu à notre appel, mais aussi des individus. Ces derniers ont pris l’initiative en lançant l’appel sur Facebook dans leurs pays.

L’appel était très urgent. La participation aurait pu être encore plus grande s’il y avait eu plus de médiatisation et d’annonces dans la rue. Mais en une semaine, on a globalement une très bonne réaction.

Pourquoi l’appel était urgent ?
 
Parce que nous voulions nous y mettre vite après les déclarations de deux jeunes femmes, Yasmine et Hania, qui ont raconté pour la première fois sur le plateau d'une chaîne égyptienne l’agression sexuelle et le viol qu’elles avaient subis sur la place Tahrir. Personne n’en avait parlé auparavant.

Le jour où elles se sont exprimées, elles ont été la cible de multiples critiques en Égypte. Si on avait attendu avant d’organiser les manifestations, il y aurait eu plus d’incidents de viol et de harcèlement sexuel lors des rassemblements de vendredi place Tahrir.

Une vidéo montrant une agression sexuelle collective place Tahrir au Caire début 2013


On a donc décidé d’y aller toute de suite, quand nous sommes "chauds" et énervés. On veut réveiller les médias qui n'ont pas couvert ces incidents quand ils se sont produits. Je me souviens qu’après le viol collectif de 19 femmes, lors du deuxième anniversaire de la révolution anti-Moubarak, on a relayé l’information sur notre page Facebook. Beaucoup d’internautes se sont indignés contre nous à ce moment-là. Ils ne nous croyaient pas car aucun média égyptien n’a raconté se qui s’est passé. Seuls des journaux internationaux ont publié l’histoire.

On appelle aujourd’hui les médias, les gouvernements et les individus. Il faut arrêter de s’inquiéter pour la réputation et l’image de l’Egypte et de vouloir cacher tout ce qui se passe. Il y a un problème. Il faut le reconnaître pour pouvoir le résoudre.

"Levez-vous en solidarité avec celles qui ont survécu la violence sexuelle et ceux qui se sont mobilisés pour y mettre fin"

Vous demandez une législation pour punir le harcèlement sexuel en Egypte. Quel contact avez-vous avec des juristes, des députés ou des dirigeants égyptiens ?

Il y a déjà un projet de loi qui n’a pas encore été traité. Le parlement est en train de repousser ça. En plus, aujourd’hui, le Conseil de la choura (conseil consultatif) a accusé les femmes d’être responsables de leur harcèlement sur la place Tahrir. C’est exactement le cœur du problème : on accuse la victime au lieu de l’auteur du crime. On attaque sa réputation, on fouille dans sa vie personnelle et on l’oblige de passer des tests de virginité. Il y a même des personnes qui, avant d’aider la victime au moment de l’agression, lui demandent si elle est vierge ou pas !

Il y a une culture générale qui ne concerne pas que le parlement. Le pouvoir en place ne réagit pas à ce phénomène et laisse les gens harceler les femmes. Et s’il réagit, il ne fait que déclarer un couvre-feu. La police attend les ordres au lieu de réagir. La société, elle, accepte ce phénomène. Les familles de victimes se taisent au lieu de dénoncer. Et puis les médias cachent tout. Et finalement, les gouvernements successifs ne font jamais passer cette loi qui punit le harcèlement.

En Egypte, le taux de l’analphabétisme atteint les 36.5% (selon la CIA - 2010). Le pays est plongé dans un conflit politique depuis la révolution. Les jeunes se plaignent de la répression sexuelle. Avec tous ces éléments, comment votre combat arrivera-t-il à ses fins ?

En arrêtant de trouver des excuses au harcèlement sexuel dans la pauvreté, l’analphabétisme et la répression sexuelle. Ce qui se passe aujourd’hui sur la place Tahrir est quelque chose d’organisé. On ne peut pas me faire croire qu’une centaine de jeunes hommes attaquent une femme parce qu’ils avaient tous ce jour-là un désir sexuel inhabituel. Tout est organisé : on regarde ces femmes dans les yeux, on les attaque, ensuite on les sépare l’une de l’autre et on les viole. Cela ne peut jamais être un simple hasard.

Concernant les cas de harcèlement quotidien, ils sont dus à l’analphabétisme, la pauvreté, la répression sexuelle, mais aussi l’éducation sociale masculine qui accentue le regard mal dirigé sur la femme. Cela est le cas dans la société égyptienne et dans le monde arabe, et je dirais aussi dans le monde entier.

Ces pratiques ont pour objectif de pousser la femme en dehors de la vie politique et même de la vie quotidienne. Ces agressions collectives, qui sont pratiquées en Syrie aujourd’hui, ne sont pas nouvelles. Elles avaient été pratiquées aussi en Algérie pendant l’occupation française. Et le but est de marginaliser le rôle de la femme et de faire taire la société.

Quelle sera votre prochaine étape après les manifestations de mardi ?

L’objectif derrière ces manifestation est d’attirer l’attention du monde sur ce qui se passe en Egypte. On veut dire que c’est une cause qui rassemble tout le monde. On aimerait bien que ces manifestations deviennent régulières.

La carte des manifestations