Mort de Warda : l'incroyable histoire de la “rose algérienne“

Plus de 300 chansons, des millions d'albums vendus à travers le monde. C'est une immense star de la musique classique arabe qui disparaît. Warda avait 72 ans. De sa naissance en région parisienne à sa dernière demeure algéroise, Warda est aussi un pan de l'histoire récente du monde arabe.

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Alger, Rabat, Beyrouth, le Caire où elle vient de s'éteindre. Warda laissera son empreinte dans les capitales arabes. Son histoire commence pourtant en France, à Paris, où elle est née en 1939. Son père est algérien, sa mère est libanaise. Elle a onze ans quand elle découvre et apprend la musique. Pas beaucoup plus quand, en pleine guerre d'Algérie, ses chansons patriotiques et son engagement pro-FLN agacent le pouvoir colonial français. La voilà contrainte de quitter Paris.

Un long passage à vide
 
Elle part alors s'installer à Rabat au Maroc, puis à Beyrouth, avant de s'installer en Algérie en 1962, lors de l'indépendance. Cette même année, elle épouse un homme qui lui demande... de ne pas chanter ! Warda se taira donc pendant douze années.

Warda avec son compositeur et mari Baligh Hamdi
Warda avec son compositeur et mari Baligh Hamdi
Warda revient sur scène à la demande du deuxième président de l'Algérie indépendante, Houari Boumediene. Au passage, elle divorce de cet homme qui voulait la contraindre au silence. 
Mais c'est en Egypte que sa carrière va littéralement exploser après sa rencontre avec le compositeur Baligh Hamdi dont elle devient l'épouse. Warda est désormais une chanteuse à succès mais aussi à l'occasion, actrice pour le cinéma égyptien.
Un président algérien l'avait faite revenir. Un président égyptien la fait repartir. Anouar el Sadate la censure. Elle est interdite sur les ondes égyptiennes. Pire, elle est sommée de quitter le pays. En cause, une chanson intitulée El Ghala Yenzad dans laquelle elle fait l'éloge de la famille du Prophète et surtout de l'ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. A l'époque, les relations entre Le Caire et Tripoli sont désastreuses. C'est par l'entremise de Jihane Sadate, l'épouse du président égyptien, que Warda obtiendra trois ans plus tard la levée de cette interdiction.
Au cours des décennies suivantes, le succès international de Warda ne sera jamais démenti. La comparaison avec l'immense diva égyptienne Oum Kalthoum est souvent faite.


Engagement
 
Il y a quelques semaines, Warda avait pris position à propos du "printemps arabe". Elle aurait notamment écrit aux dirigeants de la chaîne de télé du Qatar Al Jazeera pour leur reprocher le traitement des révolutions : « Vous avez tué des milliers de Libyens et vous continuez de faucher un grand nombre d’innocents en Syrie (…) Vous jurez n’avoir porté aucune arme, et moi je vous réponds que vous avez l’arme de destruction massive la plus puissante : les médias. Si vous faites un mauvais usage des médias, vous tuerez les fils de l’arabisme (...) Si vos maîtres touchent leur salaire du pétrole, vous touchez les vôtres du sang arabe parce que vous êtes des marionnettes dans leurs mains sales, et plus vous mentez, lancez des fatwas et faites perdre la vie aux gens, plus vous êtes payés ! ».
 
Sa dernière oeuvre, elle la dédie à son pays, l'Algérie. Un hymne intitulé "toujours debout " à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance.
 
Warda sera enterrée ce samedi 19 mai au cimetière El Alia d’Alger, là où reposent les héros du pays.

Rencontre en 2009 à Rabat

18.05.2012Journal Afrique de TV5MONDE
En mai 2009, TV5MONDE rencontrait cette grande dame de la chanson surnommée "La rose algérienne". C'était à Rabat au Maroc pour le Festival Mawazine.