Musulmanes, sexualité, diversité

Loin des clichés ou des tabous, c'est un livre d'importance qui vient de paraître outre-Atlantique : Sexuality in muslim contexts, restrictions and resistance. L'historienne new-yorkaise Anissa Hélie et l'anthropologue québécoise Homa Hoodfar ont uni leurs efforts pour un ouvrage neuf, sans a priori, qui conjugue sexualités et islam dans toutes ses diversités. Avec pour hypothèse que la sexualité est la clé de l'égalité des sexes et des droits humains.

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Les auteures Homa Hoodfar et Anissa Hélie
Les auteures Homa Hoodfar et Anissa Hélie
Difficile parfois d’enlever ses lunettes d’Occidental, surtout quand on est femme, pour se mettre à observer le plus objectivement possible une réalité qui est si loin de la nôtre… Cette réalité, c’est celle des femmes musulmanes dont les droits sont brimés par l’intégrisme religieux dans de nombreux pays musulmans mais qui auraient développé toutes sortes de stratégies de résistance pour lutter contre ces règles. C’est ce qu’affirment les deux auteures d’un livre qui vient d’être publié, « SEXUALITY IN MUSLIM CONTEXTS, RESTRICTIONS AND RESISTANCE », Anissa Hélie,  professeure à New York, et Homa Hoodfar, professeure à l’Université Concordia à Montréal, que j’ai rencontrées le 10 mai dernier à Montréal.

Pour lutter contre les stéréotypes

Les deux universitaires ont voulu briser des stéréotypes en écrivant ce livre, notamment celui, tenace en Occident, selon lequel les femmes musulmanes sont très passives face aux diverses restrictions qui briment leurs droits dans de nombreux pays musulmans. Des restrictions qui ont un impact sur leur vie de femmes, leur vie intime… Homa Hoodfar et Anissa Hélie s’alarment de la montée de l’intégrisme religieux dans le monde musulman mais elles affirment que les femmes résistent, à leur façon, à ces restrictions. Elles analysent plusieurs situations dans différents pays ( Indonésie, Iran, Inde, Pakistan, Bangladesh ) en répertoriant différentes stratégies de résistance, utilisées individuellement ou collectivement par ces femmes. La mèche de cheveux qui s’échappe du foulard, le niqab coloré, le maquillage sous la burqa, faire des exercices dans un parc public en Iran avec son niqab, autant d’exemples soulevés par les deux auteures. J’ai aussi pensé à ce film très drôle et très surprenant, « La source des femmes » où les femmes d’un village perché quelque part dans l’Atlas se mettent à faire la grève du sexe pour obliger les hommes à leur construire un système afin d’installer l’eau potable dans le village et éviter qu’elles aillent la chercher à la source, au bout d’un chemin montagneux escarpé et dangereux – plusieurs y feront des fausses couches en route – pendant que ces messieurs sirotent paisiblement leurs thés au soleil. Elles vont finir par avoir gain de cause au terme d’une chaude bataille qui remet en question bien des traditions si solidement ancrées. A voir si vous ne l’avez pas encore vu…

Soit… des gestes de résistance en effet, qui sont admirables mais qui me semble si dérisoires par rapport à la liberté dont je jouis comme femme en Occident. Ici nous résistons également remarquez, mais pas pour les mêmes raisons…  

Optimisme ?

Anissa Hélie estime très dangereuse la montée en puissance, dans plusieurs pays, des Salafistes, ce courant religieux extrême au sein des Sunnites et qui brime de plus en plus les droits des femmes. Mais elle dit rester optimiste quant à l’avenir parce que, me dit-elle, les femmes de tout temps ont toujours résisté et continueront à le faire même si le contexte politique devient de plus en plus difficile. J’aimerais partager cet optimisme car c’est vrai que la Femme dans sa nature même est une résistante née, mais j’ai du mal à croire que la situation des femmes qui vivent en Afghanistan, en Arabie saoudite ou en Iran par exemple va s’améliorer au cours des prochaines années. Sans compter l’arrivée au pouvoir, dans des pays en pleine transition après  le printemps arabe, de partis politiques qui imposent des lois de plus en plus restrictives aux femmes – je pense à l’Égypte,  la Tunisie, la Libye…

Et quid d’une vie sexuelle heureuse et épanouie pour toutes ces femmes dans ces contextes ? C’est la question que j’ai posée aux auteures. Impossible de généraliser m’a expliqué Anissa, car cela dépend du pays où elles vivent bien sûr mais aussi de leur statut social. Effectivement, une afghane n’a probablement pas la même vie sexuelle qu’une jeune libanaise ou une jeune marocaine. Dans les pays où les femmes jouissent d’une certaine liberté, la sexualité semble plus ouverte. Anissa m’a assuré que dans certains pays, les lesbiennes peuvent vivre leur homosexualité d’une façon épanouie même si on est encore loin du jour où elles pourront  s’embrasser en pleine rue.

Et, toute proportion gardée, me suis-je dit également, notre sexualité à nous, femmes occidentales, est-elle si heureuse et épanouie qu’on veut bien le croire ? Certes, nous jouissons indubitablement d’une liberté qui nous offre le choix indispensable pour assumer notre destinée intime, mais cette liberté n’est pas forcément garante du bonheur conjugal, n’est-ce-pas ? Ceci dit, je l’avoue, je préfère vivre là où je vis et ne pourrais jamais, en aucun cas, me priver de cette précieuse liberté dont je jouis tous les jours… Ce livre a toutefois le mérite de souligner les formidables actes de résistance de ces femmes musulmanes et de nous faire réfléchir sur nos conditions de vie de femmes occidentales versus les leurs…

Les femmes musulmanes sont loin d'être passives

14.05.2013reportage Catherine François, G Harvey
Musulmanes, sexualité, diversité