Najat Vallaud-Belkacem, des Droits des femmes à l'Education nationale

A une semaine de la rentrée, Najat Vallaud-Belkacem, 36 ans, a été nommée ministre de l’Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Elle devient la première femme à occuper ce portefeuille et la quatrième dans l'ordre protocolaire du nouveau gouvernement français dirigé par Manuel Valls. Une ascension fulgurante pour celle qui fut ministre des Droits des femmes et porte parole du gouvernement Ayrault, le premier de la présidence François Hollande en 2012.

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Najat Vallaud-Belkacem, des Droits des femmes à l'Education nationale

Par Sémiramis Ide avec l'AFP


Parcours sans faute pour Najat Vallaud Belkacem. Le 26 août 2014, le Premier ministre français, Manuel Valls l'a nommée ministre de l’Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche lors d'un remaniement ministériel sur fond de crise politique. Une crise qui a ouvert la voie à Najat Vallaud-Belkacem. Elle remplace ainsi Benoît Hamon, qui avait souhaité, lors de son départ, que son successeur soit une femme. Voeu exaucé, donc, avec celle qui devient à l'âge de 36 ans, la première femme à la tête de ce portefeuille jusqu'ici masculin.

Sa nomination marque une nouvelle étape dans la carrière fulgurante de cette franco-marocaine qui a adhéré au Parti Socialiste (PS) après le choc du 21 avril 2002. Née le 4 octobre 1977 dans le Rif marocain, cette deuxième d'une fratrie de sept enfants est arrivée à quatre ans dans la Somme. Mais elle refuse les clichés. Elle n'a jamais voulu être réduite au rôle de "caution de la diversité". Diplômée de Sciences Po, ex-assistante parlementaire, elle se dépeint comme un "pur produit de la République".

Ségolène Royal et Najat Vallaud-Belkacem lors de la campagne présidentielle de 2007 © AFP / Philippe Merle
Ségolène Royal et Najat Vallaud-Belkacem lors de la campagne présidentielle de 2007 © AFP / Philippe Merle
De conseillère régionale à ministre

Ancienne conseillère régionale de Rhônes-Alpes sous la houlette de Gérard Collomb, maire de Lyon, elle se fait remarquer en 2007 en tant que porte-parole de Ségolène Royal, candidate PS à la présidentielle. Par la suite, elle est maintenue à ce poste qui lui permet de faire ses armes. Maniant l'art de la communication, Najat Vallaud-Belkacem devient porte-parole de François Hollande au cours de sa campagne pour l'élection présidentielle de 2012 et du gouvernement de 2012 à 2014.

A partir de là, elle gravit les échelons en l'espace de deux ans, malgré les différentes crises qui ont secoué le gouvernement de François Hollande. Pour Arnaud Montebourg, Najat Vallaud-Belkacem "fait face aux épreuves avec intelligence et sang-froid". Elle défend la parole officielle sans couac majeur, avec la langue de bois inhérente à la fonction et une pique à l'occasion envers l'opposition. Les Français apprécient et sa popularité ne faiblit pas.

Sa parole ultra-contrôlée et son image de bonne élève, sont d'autant plus soulignées par sa dernière déclaration de patrimoine ("trois lits", "trois tables", "un canapé", "deux fauteuils"…). Des biens qu'elle partage avec son mari, Boris Vallaud, un énarque, jusqu'ici directeur de cabinet d'Arnaud Montebourg, avec lequel elle a des jumeaux de six ans.

Ses qualités professionnelles lui valent d'être nommée ministre aux Droits des Femmes. Elle devient ainsi la première à réoccuper ce poste, supprimé pendant près de trente ans, après Yvette Roudy en 1981. Elle en profite pour lancer plusieurs dispositifs en faveur de la condition des femmes en France : un plan d'action contre les violences faites aux femmes ou encore un projet de loi pour rééquilibrer les disparités hommes-femmes dont le congé parental partagé.

Lors du remaniement d'avril 2014, elle est récompensée une fois de plus par un ministère au périmètre élargi - Droits des Femmes, jeunesse, Ville et Sports, où elle n'a entrepris aucune réforme d'envergure, sans doute faute de temps. Ce gouvernement Valls 1 aura duré en tout moins de cinq mois. Elle a tout juste eu le temps d'avancer l'idée d'une "Fête du sport", sur le modèle de la Fête de la musique, pour 2015. Pour les "banlieues", elle s'est chargée de la mise en œuvre de la loi Ville, écrite par son prédécesseur.

Dossiers explosifs
              
Au printemps, elle a encaissé deux coups durs sur les droits des femmes: la suppression d'une disposition importante, celle de la pénalisation des clients de prostituées qu'elle soutenait dans le cadre de la future loi encadrant la prostitution et le retrait des "ABCD de l'égalité". Bon soldat, Najat Vallaud-Belkacem a malgré tout défendu le nouveau "plan d'action" sur l'égalité entre les filles et les garçons à l'école.

Un dossier qu'elle sera chargée de lancer en tant que ministre de l'Education nationale. Dans ce ministère, elle héritera aussi d'une autre réforme, plus explosive : celle des rythmes scolaires sur fond de malaise du corps professoral. La ministre devra ensuite poursuivre la relance de l'éducation prioritaire (20% des élèves) ou la refonte des programmes qui ont déjà un an de retard. D'autres chantiers attendent, notamment la formation continue des enseignants, en déshérence.  

Les principaux syndicats se montrent prudents après sa nomination à une semaine de la rentrée. Le SNUipp-FSU craint une situation "chaotique" les premières semaines. Un ministère aux dossiers sensibles qui vaut à Najat Vallaud-Belkacem des commentaires sexistes. Des commentateurs se sont posés la question de savoir si elle "aurait les épaules assez larges" pour gérer ce ministère. Cette interrogation n'a pas manqué de faire réagir les féministes sur la toile.



Les Droits des femmes, un ministère "rétrogradé"

Autre polémique. Les adversaires du mariage homosexuel réunis dans "La Manif pour tous" et du prétendu enseignement de la soi-disant "théorie du genre" à l'école n'ont pas manqué de voir dans sa nomination une "provocation".

Le gouvernement essuie d'autres critiques, venues des organisations féministes, celles-là : le ministère des Droits des femmes est rattaché au ministère des affaires sociales et réduit en tant que tel à un secrétariat d’État. L'association Osez le féminisme ! a exprimé sa "profonde consternation" suite à la décision de l’État de "rétrograder" le ministère des Droits des femmes au rang de secrétariat d’État. Un signal "extrêmement négatif" pour l'association. La Clef (Coordination française pour le lobby européen des droits des femmes) aussi sonne l'alerte : "Déjà fondus depuis mars dernier dans un Ministère fourre-tout avec la politique de la ville, la jeunesse et les sports, les droits des femmes aujourd'hui rétrogradés à un simple Secrétariat d'État, sont en outre affiliés à la Santé, alors que ce sujet avait été porté en transversalité jusqu'ici. Les droits des femmes ne sauraient se réduire a une question de santé.". Même réaction chez ONU Femmes qui a déploré la suppression de ce ministère et a rappelé que "les droits des femmes et l'égalité femmes-hommes restent une priorité de nos politiques publiques en France et sur la scène internationale".

Interrogée en marge de la cérémonie de passation des pouvoirs à Marisol Touraine, ministre de la Santé et à la député socialiste de la Somme Pascale Boistard, nouvelle secrétaire d’État aux Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem a réagi à la critique des féministes. "Le ministère des Droits des femmes, réapparu en 2012, est toujours là et ça, c'est déjà une réussite", a t-elle assurée tout en se félicitant des "avancées" obtenues au cours des deux dernières années pour l'égalité femmes-hommes en France.