Terriennes

A New York en tenue d'Eve

Holly Van Voast, artiste plasticienne et moustachue, se bat depuis des années pour le topless à New York
Holly Van Voast, artiste plasticienne et moustachue, se bat depuis des années pour le topless à New York

Se promener recouverte d'un voile intégral ou déambuler torse nu dans les rues de New York, une femme peut (presque) tout faire aux Etats-Unis, pays ou la tolérance et la laïcité ouverte sont consubstantiels à l'American Way of Life, en principe. Mais mieux vaut tout de même vivre en Californie ou sur la côte Est pour porter (ou pas) ses vêtements préférés. Depuis février 2013, la mémoire des policiers new-yorkais a été rafraîchie par un mémo interne, et oralement à 10 reprises, dont la dernière le lundi 3 juin 2013.

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Ce n'est pas une bataille anecdotique ni une lubie récente. Depuis des décennies, le mouvement topfreedom se bat aux Etats-Unis pour que les femmes puissent avancer dans la vie et dans l'espace publique, torse nu, comme les hommes. Les militantes ont même leurs association, au Canada, comme la TERA, l'association pour le droit égal à liberté d'être topless ou aux Etats-Unis la GoTopless qui assistent les impétrantes poursuivies pour menace à l'ordre public. Et elles ont fait des émules en Europe, en particulier au Nord du vieux continent, où il ne doit pas toujours faire bon se promener dévêtue...

Aux Etats-Unis, elles se battent Etat par Etat, et petit à petit, grignotent le droit d'enlever le haut. Ainsi ces derniers jours, certaines profitent du soleil à Central Park, d'autres se promènent simplement dans la rue : à New York, en tout cas, les femmes peuvent profiter des beaux jours seins nus, la police n'a rien à leur dire.

Elles sont l'exception, mais depuis février 2013, la mémoire des policiers new-yorkais a été rafraîchie par un mémo interne, et oralement à 10 reprises : une décision de justice du 7 juillet 1992 dans l'Etat de New York a reconnu ce droit aux femmes, au nom de l'égalité. "Aucune mesure de maintien de l'ordre" ne doit donc être prise contre "des individus, homme ou femme, qui se montrent en public sans vêtement au dessus de la ceinture", rappelle le mémo.

La police semblait en effet l'avoir un peu oublié et deux militantes se sont fait un malin plaisir de le leur rappeler. L'avocate Moira Johnston se présente sur son site comme une activiste du droit des femmes au "topless" (seins nus). Elle y raconte le fil quotidien de sa vie sans haut et les réactions plutôt sympathiques qu'elle suscite. Elle porte aujourd'hui la bonne parole à longueur de médias.

Ces dernières années aussi, Holly Van Voast, une artiste new-yorkaise de 46 ans, qui a mis  un point d'honneur à se promener dans la ville seins nus, a ainsi été arrêtée selon elle "des dizaines de fois", parfois menottée, détenue des heures, et inculpée pour "exposition indécente".

Cette artiste haute en couleur, cheveux platine et fausse moustache noire, que l'on voit régulièrement la poitrine dénudée dans les manifestations, dans la rue, dans le métro ou les bars, s'est lassée, et a finalement porté plainte le 15 mai 2013 devant un tribunal fédéral new-yorkais contre la police et la ville de New York.

Elle les y accuse de "harcèlement" et affirme qu'elle a été placée en hôpital psychiatrique pendant "environ six jours" après avoir été arrêtée devant une école primaire en mars 2012.

Elle évoque le mémo diffusé en février dernier aux responsables de la police new-yorkaise et rappelle la décision de justice du 7 juillet 1992. Mesdames Ramona Santorelli et Mary Lou Schloss s'étaient à l'époque balader dans la rue, la poitrine à l'air, ne respectant pas la limite autorisée jusque là : les femmes pouvaient ne pas "cacher ses seins que nous ne saurions voir", jusqu'à la borne alors définie, la partie supérieure de l'auréole du téton.

Holly Van Voast va plus loin. Elle demande des dommages et intérêts au montant non précisé. Sa plainte devrait avoir au moins un résultat immédiat : les (rares) New-Yorkaises qui veulent se promener seins nus pourront probablement le faire en toute tranquillité cet été.

L'avocate Moira Johnston, autre adepte et prosélyte du topless dans les rues de New York
L'avocate Moira Johnston, autre adepte et prosélyte du topless dans les rues de New York