Nike Okundaye fait revivre l'Adire et les Nigérianes

L'une des salles de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent où sont exposés des parures, des tapisseries, des tissus, des poteries. Tous produits par des femmes berbères au Maroc. ©Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / photo : Luc Castel
L'une des salles de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent où sont exposés des parures, des tapisseries, des tissus, des poteries. Tous produits par des femmes berbères au Maroc. ©Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent / photo : Luc Castel

Dans le sud-ouest du Nigeria, l'artiste Nike Okundaye remet au goût du jour l'Adire. Une technique de production textile ancestrale qu'elle enseigne aux femmes. Grâce à cet art, elle leur donne les moyens de gagner leur vie.

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Nike Okundaye fait revivre l'Adire et les Nigérianes

08.09.2014Par Sémiramis Ide
Consciencieuses et plume à la main, des Nigérianes dessinent sur un tissu des motifs abstraits ou figuratifs. La "toile", fabriquée à base de matières organiques, est ensuite teinte en bleu indigo. La couleur est obtenue grâce à un mélange de feuille et de cendres de cabosse de cacao. Le résultat : un camaïeu de bleu indigo, vendu puis confectionné pour en faire de vêtements.

Dans un atelier situé à Oshogbon à 200 kilomètre de Lagos, l'artiste nigériane Nike Okundaye enseigne à des femmes ces techniques de l'Adire. Il s'agit d'une production textile ancestrale et naturelle pratiquée dans le sud-ouest du Nigeria, l'une des rares régions d'Afrique où l'Adire a été maintenu. Cet art était réalisé autrefois par les femmes de l'ethnie Yoruba, un peuple d'Afrique très présent au Nigeria. La confection de l'Adire existe depuis des milliers d'années, portée autrefois dans les royaumes de la région.

"L'Adire, comme tout le monde le sait, vient du pays Yoruba, la société Yoruba. Donc, tout ici est fait à la main avec des matières organiques, nous utilisons la plume pour faire tous les dessins et chacune de ces conceptions porte un nom, par exemple, c'est là c'est un tam-tam parleur", explique Nike.
Les tissus de l'Adire sont reconnaissables grâce à leur couleur bleu indigo
Les tissus de l'Adire sont reconnaissables grâce à leur couleur bleu indigo

Ce savoir faire, aux vertus médicinales, mêle culture et croyances religieuses. L'artiste déclare s'inspirer d'ailleurs des traditions sacrées des Yorouba, en particulier de la rivière de la déesse Osun.

Ayant perdu très jeune sa mère et sa grand-mère, Nike Okundaye a été elle-même initiée à la broderie et à la confection de tissus par son arrière grand-mère. Une histoire qu'elle confie à CNN en 2011. Elle pratique cet art depuis plus d'une décennie dans cette région, en mélangeant technique moderne et traditionnelle.

Nike Okundaye a déjà formé près de 4.000 femmes. En leur transmettant ces secrets, Nike leur a donné les moyens de gagner leur vie, de faire vivre leurs familles …

A Osogbo, des artistes et des teinturiers se sont lancés dans la fabrique de l'Adire.
L'artiste Oyebamiji Oyeniyi a démarré son activité, après avoir été formée par Nike. La plupart des étoffes coûtent entre 2.500 nairas (12 dollars américains) à 7.000 nairas (43 dollars américains) en fonction de la complexité de la conception.

"Maintenant les choses ont évolué parce que, parfois, quand j'ai besoin d'argent pour des choses personnelles, je crée des modèles qui sont achetés rapidement, ce qui m'aide à résoudre certains de mes problèmes financiers. Je remercie Dieu que les gens apprécient mes créations et qu'ils les achètent. Cela m'encourage davantage à faire plus", explique Oyebamiji.

Nike Okundaye ©Nike Centre for art and culture
Nike Okundaye ©Nike Centre for art and culture
Mais Nike Okundaye et ces femmes rencontrent des difficultés. La société nigériane a délaissé les habits traditionnels pour adopter des styles plus occidentaux. Autre problème, leurs étoffes ne peuvent pas concurrencer les tissus bon marché provenant d'Asie. Et, certaines ont fini par abandonner l'Adire car la production de ce tissu est longue (une semaine).

Pour Nike Okundaye, seul un soutien adéquat, permettra de développer une industrie viable dans la région.

"Nous avons besoin de plus de soutien du gouvernement, par le biais de la création d'une industrie textile au Nigeria qui nous permettra de travailler et le travail de tissage à la main que nous faisons prend plus de temps et nous aimerions disposer de plus d'usines afin de moderniser notre travail afin que tout le monde puisse porter l'Adire, afin qu'avec 500 (3 dollars US), tout un chacun soit en mesure de porter l'Adire, ils adorent ça", a expliqué Nike.