Terriennes

Oscar Pistorius finalement coupable et condamné

Oscar Pistorius en novembre 2015 alors qu'il était en liberté surveillée et qu'il se rendait au commissariat de police pour un contrôle quotidien
Oscar Pistorius en novembre 2015 alors qu'il était en liberté surveillée et qu'il se rendait au commissariat de police pour un contrôle quotidien
AP Photo

Oscar Pistorius, champion paralympique, retourne donc en détention, condamné à six ans de prison pour le meurtre de sa compagne Reeva Steenkamp. La Cour suprême d'appel sud-africaine avait déclaré jeudi 3 décembre 2015 Oscar Pistorius définitivement coupable. Chapitre final d'une histoire sud-africaine.

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"La sentence que j'impose à l'accusé pour le meurtre (...) de la défunte Reeva Steenkamp est six ans de prison", en deça des quinze années requises par l'accusation, a déclaré la juge Thokozile Masipa du tribunal de Pretoria. L'inflexible juge n'aura donc pas cédé au procureur et à l'opinion publique qui réclamait la peine maximale. Elle aura juste aggravé la condamnation d'un an, après sa première décision qui avait heurté dans un pays toujours miné par les violences : contre les femmes et post-coloniales.

Pour justifier ce choix, cette magistrate issue de la lutte contre l'apartheid et connue pour son indépendance, a listé les raisons qui l'avaient guidée :

  • Pistorius était vulnérable sur ses moignons sans ses prothèses (qu'il ne portait pas au moment du meurtre)
  • Il croyait que la personne dans la salle de bain (théâtre du crime) était un intrus.
  • Il "a immédiatement pris des mesures pour tenter de sauver la vie de sa victime".
  • Il était plein de remords
Mais elle admet tout de même qu'il y avait des circonstances aggravantes :

  • Pistorius a utilisé une arme mortelle, avec des munitions de haute qualité.
  • Il a tiré quatre fois, "sachant très bien" il y avait quelqu'un dans la salle de bains.
  • Il n'a pas pris la précaution de tirer un coup de semonce.

Le frère du champion a immédiatement réagi à cette ultime rebondissement dans un procès qui a tenu en haleine l'Afrique du Sud durant trois ans. "Le dossier a été tenu droit et la justice rendue. La vérité prévaut toujours."
 


Le condamné a été immédiatement transféré de la prison vers le tribunal, hors du public, tandis que des badauds attendaient de voir la vedette de l'athlétisme sud-africain, comme le rapporte le correspondant du Guardian à Pretoria. Et la famille ne devrait pas faire appel.
 

L'image de son arrivée au tribunal ce 6 juillet 2016 au matin est hautement symbolique : le descendant d'une famille d'Afrikaners, les anciens dominants, entouré d'un cordon de policiers sud-africains noirs, gardiens de l'Afrique du Sud de l'après apartheid.
 

Le champion déchu Oscar Pistorius lors de son arrivée à la Haute Cour de Prétoria, le 6 juillet 2016, avant sa condamnation définitive.
Le champion déchu Oscar Pistorius lors de son arrivée à la Haute Cour de Prétoria, le 6 juillet 2016, avant sa condamnation définitive.
AP Photo/Shiraaz Mohamed)


L'accusé avait été reconnu "coupable de meurtre, ayant eu des intentions criminelles" au moment des coups de feu, en appel en décembre 2015. Le juge, suprême avait alors renvoyé l'affaire "à la juridiction de première instance pour revoir la sentence". En octobre 2014, Oscar Pistorius avait été condamné à 5 ans de prison pour "homicide involontaire".

Une histoire sud-africaine


Voici donc le point final à une affaire emblématique des violences faites aux femmes dans un pays champion du monde de cette sinistre catégorie, et symbolique des relations pas encore déminées entre blancs et noirs, entre les anciens dominateurs et les anciens colonisés ? Le fait divers avait secoué la planète entière, tant les protagonnistes, tous deux célèbres, jeunes, beaux, attiraient sur eux la lumière. Le 13 février 2013, Oscar Pistorius, coureur handicapé, les deux jambes amputées, et multi-médaillé, avait tiré quatre fois à hauteur d'homme à travers la porte fermée de ses toilettes, contre sa compagne Reeva Steenkamp, une top modèle qui se battait contre la violence conjugale (sic). Une troisième figure avait surgi sur la scène : la juge Thokozile Masipa, née en 1947 à Soweto, dans un milieu aux antipodes de celui où avaient grandi Oscar et Reeva, composé de vieilles familles afrikaners, toujours dominantes, malgré la fin de l'apartheid.

L'athlète ne cessait d'affirmer  qu'il croyait avoir tiré sur un cambrioleur introduit en pleine nuit dans sa maison. Ne se laissant influencer par personne et surtout pas par une opinion publique qui réclamait la perpétuité, en première instance, la magistrate avait élaboré sa décision avec rigueur : une peine de cinq ans d’emprisonnement, pour homicide involontaire qui envoya le condamné en détention en novembre 2014, d'où il était ressorti en liberté surveillée au mois d'août 2015, avant d'y retourner dans l'attente de son procès en appel.

Avec cette deuxième condamnation, assortie de la préméditation, le sportif, vedette adulée et controversée de la nation arc-en-ciel, devra encore purger quelques mois de détention.

Le crime de Pistorius s'inscrit dans la longue litanie de ces violences conjugales qui frappent dans tous les milieux sociaux, sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures. Il renvoie aux coups assenés par le footballeur américain Ray Rice à sa femme Janay, où à ceux infligés par le chanteur français Bertrand Cantat, jusqu'à la mort, à sa compagne, l'actrice Marie Trintignant.

Oscar Pistorius avait pleuré en entendant qu'il resterait en prison le vendredi 21 octobre 2014 au matin. Il a eut-être encore pleurer ce 6 juillet 2016 en comprenant qu'il lui faudrait encore patienter avant de se mouvoir en homme libre. Comme Bertrand Cantat à Vilnius, apprenant sa condamnation. Comme Ray Rice s'excusant devant les caméras du monde entier. Mais sur qui pleurent-ils ces jeunes hommes si parfaits à qui tout réussit - gloire, amour, beauté ? Sur leurs amours perdues, ou d'abord sur eux mêmes ?

Les dates clés de l'affaire Oscar Pistorius - février 2013 à décembre 2015 (AFP)


--2013--

- 14 fév: Oscar Pistorius, 26 ans, champion paralympique d'athlétisme amputé des deux jambes, est arrêté après la découverte dans sa résidence ultra-sécurisée de Pretoria du corps sans vie de son amie Reeva Steenkamp, un mannequin de 29 ans. Il avoue être l'auteur des coups de feu mortels tirés à travers la porte des toilettes dans la nuit de la Saint-Valentin, mais dit avoir cru tirer sur un cambrioleur. Il est incarcéré.

Le lendemain, il comparaît, en larmes, devant le tribunal d'instance de Pretoria et est inculpé formellement du meurtre de Reeva, crime passible de la prison à vie.

- 19 fév: Le parquet retient la préméditation, son avocat plaide l'erreur tragique.

- 20 fév: La police dit avoir découvert à son domicile des seringues et de la testostérone, produit dopant interdit aux sportifs. La défense invoque plusieurs oublis ou erreurs dans la procédure policière.

- 22 fév: Pistorius est libéré sous caution.

- 20 nov: Son dossier s'alourdit de deux infractions à la législation sur les armes à feu.

--2014--

- 14 fév: Un an après le meurtre, Pistorius brise le silence en évoquant sa "douleur" dans un message sur internet.

- 3 mars: Au début du procès, une voisine évoque des "cris à glacer le sang" d'une femme au moment du drame.

- 10 et 13 mars: Pistorius est pris de nausées et de vomissements à la lecture du rapport d'autopsie, puis à la vue d'une photo de sa victime.

- 7 au 15 avr: Comparutions à la barre de Pistorius marquées par plusieurs crises de larmes et interruptions de séance. Il reconnaît avoir tiré les coups de feu mais nie toute intention de tuer sa petite amie.

- 30 juin: Après six semaines d'interruption du procès, Pistorius est déclaré sain d'esprit et pénalement responsable par quatre experts psychiatres et psychologues.

- 12 sept: Il est déclaré "coupable d'homicide involontaire", un verdict qui surprend une partie du monde judiciaire.

- 21 oct: Le champion paralympique est condamné à cinq ans de prison ferme et incarcéré immédiatement.

- 4 nov: Le parquet annonce son intention de faire appel de la condamnation, qu'il juge "choquante de légèreté".

- 10 déc: La juge accepte un réexamen du procès en appel. Cette procédure est plus proche de la cassation française que de l'appel proprement dit, la Cour devant se prononcer sur le droit uniquement et non sur le fond.

--2015--

- 8 juin: Pistorius sera placé en liberté surveillée à partir du 21 août, indique l'administration pénitentiaire, conformément à la loi sud-africaine qui permet aux condamnés pour homicide involontaire de sortir après avoir purgé un sixième de leur peine.

- 17 août: Le parquet fait formellement appel de la condamnation, estimant que la juge a fait une erreur d'interprétation du droit en ne retenant que l"homicide involontaire" et qu'elle aurait dû condamner Pistorius pour "meurtre".

- 19 août: Le gouvernement sud-africain suspend la décision de libérer Pistorius, en demandant le réexamen de la demande du prisonnier.

- 15 octobre: La commission des libérations anticipées annonce que Pistorius pourra sortir de prison le 20 octobre.

- 19 oct: Pistorius est libéré dans la nuit du 19 au 20 octobre et assigné à résidence chez son oncle à Pretoria.

- 3 nov: Audience du procès en appel. L'accusation entend convaincre les juges de la Cour suprême d'appel que l'athlète aurait dû être condamné pour meurtre, passible d'au moins 15 ans de prison, et non pour homicide involontaire.

- 3 décembre 2015 : Oscar Pistorius déclaré définitivement coupable par la Cour suprême

- 6 juillet 2016 : condamnation finale à 6 ans de réclusion