Pari(s) d’amies : une BD de Rokhaya Diallo sur les Parisiennes d’aujourd’hui

Pari(s) d'amies, une bande dessinéee de Rokhaya Diallo et de Kim Consigny. Editions Delcourt. /TV5MONDE

Pari(s) d’amies est la première bande dessinée de Rokhaya Diallo, journaliste - réalisatrice, féministe et engagée contre le racisme. Elle y raconte, grâce aux dessins de Kim Consigny, les aventures de cinq Parisiennes aux origines différentes, en abordant avec sérieux et humour, la question de l'identité française.

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Au cœur de Pari(s) d’amies, imaginée par Rokhaya Diallo et dessinée par Kim Consigny, une histoire de cheveux, et celle de Cassandre, une jeune française métisse tout juste rentrée des Etats-Unis  après deux ans passés loin de la France. Elle revient avec une nouvelle coupe et une idée en tête : développer une marque de cosmétiques « Nappy ». En vogue outre Atlantique, le nappy hair est un mouvement qui prône le retour aux cheveux crépus, au naturel. Une façon de dire non aux codes de beauté imposés par les "Barbie" et autres poupées blanches et blondes, aux cheveux lisses et plats.



L’héroïne principale, Cassandre, est donc bien décidée à faire adopter sa nouvelle coiffure, objet de remarques et de critiques dès son arrivée. « Les cheveux sont une manière de raconter l’identité et les conflits intérieurs du personnage de Cassandre », explique Rokhaya Diallo, montrant au fil des pages les difficultés de la jeune femme au quotidien,  jamais tout à fait considérée comme Française.  
 

Révolutionner l’image de la Parisienne
Car au-delà de l’intrigue autour des cheveux, c’est surtout la question de l’identité française qui est posée dans la BD.  « J’avais envie de révolutionner l’image de la Parisienne. C’est une génération de femmes dans un contexte de pluralisme que j’ai voulu représenter ». Pour Rokhaya Diallo, la Parisienne du 21ème siècle, n’est en effet pas seulement incarnée par l’ancienne mannequin Inès de la Fressange ou par les héroïnes très "power women" (femmes de pouvoir) du film « Sous les jupes des filles », sorti en 2014.

Les Parisiennes, ce sont aussi les trentenaires de sa BD : Cassandre, Marianne, Malika, Claire Minh-Chau et Aminata. Venant d’horizons différents, l’auteure montre qu’elles ont pourtant les mêmes aspirations professionnelles et amoureuses.
 
Les jeunes femmes se racontent tout et osent même se taquiner sur leurs origines, en jouant sur les préjugés. Elles se surnomment « beurette masquée », ou « renoi en carton », n’hésitant pas à demander à Marianne (dont le vrai prénom est Mariam), quand est-ce qu’elle boira de l’alcool pour s’intégrer.

Soudées, elles n’hésitent pas non plus à défendre Malika, la sœur de Mariam, voilée, et refoulée à l’entrée d’un vernissage. « En France, les musulmanes voilées sont invisibles. Le foulard est encore considéré comme une aliénation », regrette Rokhaya Diallo, qui aurait aimé aussi représenter une femme Rom, souvent discriminée dans la société française.

Encore trop peu d’héroïnes noires dans les bandes dessinées



« J’avais envie de raconter une histoire dans laquelle je pourrais me reconnaître ainsi que mes amies », justifie Rokhaya Diallo, déjà auteure de plusieurs ouvrages sur le racisme, et qui regrette le manque de jeunes filles noires dans les livres et les films. « En tant que blonde et blanche, c’est vrai que je suis plus souvent représentée dans les bandes dessinées », ajoute Kim Consigny, la jeune dessinatrice, soucieuse de réaliser des traits réalistes des personnages, sans les caricaturer.

Rokhaya Diallo et Kim Consigny, à la présentation de leur bande dessinée. /TV5MONDE



Dans Pari(s) d’amies, les filles imaginées par les auteures, veulent vivre avec leur temps, se faire une place dans la société, mais sans renier leurs origines. La bande dessinée aborde des sujets tabous mais sur un ton léger, dans laquelle on y retrouve  histoires de cœur, petits tracas personnels et professionnels, des femmes de nos jours...

Rokhaya Diallo, intellectuelle iconoclaste


Le dernier ouvrage de Rokhaya Diallo ne devrait pas faire polémique. Un moment de calme et de consensus dans la jeune carrière de la journaliste, essayiste et militante. Certaines prises de position ont valu de violentes attaques à la fondatrice des Indivisibles, une association destinée à faire cesser une "partition de la nationalité française selon une apparence physique". De nombreux intellectuels n'ont pas pardonné sa tribune, consignée avec consignée avec la dirigeante des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, « Pour la défense de la liberté d'expression, contre le soutien à Charlie Hebdo », au lendemain d'un premier attentat en janvier 2011 contre l'hebdomadaire satirique. Un texte inspiré par son combat contre l'islamophobie. Féministe, favorable au mariage pour tous, hostile à la pénalisation des clients des prostituées, elle s'est également aliéné une partie des féministes, en s'élevant contre l'interdiction du port du foulard à l'école, et contre la stigmatisation des femmes voilées. Ce qui lui a valu une interdiction de parole, lors de la Semaine pour l'égalité femmes-hommes en mars 2015 par Frédérique Calandra, maire PS du 20e arrondissement de Paris, qui lui a refusé le droit de venir parler des violences contre les femmes. Sur son compte twitter elle avait aussitôt réagi : "La liberté d'expression est à géométrie variable en France".

Editions Delcourt.