Photographie : l'exil des femmes

femmes en exil
"On claque la porte à ces gens!", nous confie la photographe Marie Dorigny, auteure de l'exposition "Displaced-femmes en exil" lors du festival international Visa pour l'image, août 2016 à Perpignan (France).
©TV5monde, reportage P. Achard, C.Alliot, S.André

Elles ont tout laissé derrière elles. Leur but : offrir un avenir à leur famille. Elles, ce sont ces milliers de migrantes ou réfugiées qui ont rejoint l'Europe au cours de ces derniers mois. Des femmes, anonymes, auxquelles la photographe Marie Dorigny a voulu donner un visage, une identité, une réalité... une humanité.

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De décembre 2015 à janvier 2016, la photojournaliste Marie Dorigny s'est rendue en Grèce, en ancienne République yougoslave de Macédoine et en Allemagne à la demande du Parlement européen pour rendre compte du sort des femmes réfugiées.

En 2015, près de 850 000 migrants, principalement des Syriens, Afghans et Irakiens, ont tenté de gagner la Grèce depuis les côtes turques, le plus souvent entassés dans des canots pneumatiques.

© Marie Dorigny / European Union 2015


Phénomène nouveau : les femmes et les enfants représentaient plus de la moitié de ces candidats à l'exil. Avec des raisons communes à tous et propres à leur condition de femme.

Chaque jour, des dizaines de familles, quatre générations parfois, fuyant ensemble la guerre, la violence, la terreur, ont ainsi abordé les plages des îles grecques avant de continuer leur route vers le nord de l'Europe, à travers les Balkans.

"Le visage de la migration a changé, il y a de plus en plus de familles qui fuient la guerre" Marie Dorigny
La photographe Marie Dorigny
La photographe Marie Dorigny
©Parlementeuropéen

Dans un entretien publié sur le site du Parlement européen, la photographe Marie Dorigny explique : "le visage de la migration a changé au cours de ces six derniers mois. Il y a de plus en plus de familles qui fuient l'Irak, l'Afghanistan et la Syrie. Parmi ces familles, la moitié des personnes sont des femmes avec leurs enfants. Elles sont en quelque sorte mieux protégées qu'auparavant, car elles voyagent avec l'ensemble de la famille : un père, des frères, des fils…"


Depuis la fin des années 90, la photographe a régulièrement signé des reportages sur les réfugiés, les migrants, les trafics de femmes, les violences, les mafias aux frontières. Depuis vingt-cinq ans, ses sujets sont beaucoup liés aux droits des femmes et à leur condition.

"Parmi les femmes que j'ai photographiées qui venaient d'arriver de Turquie par bateau, beaucoup étaient enceintes. Un grand nombre d'entre elles s'évanouissaient à leur arrivée sur la plage à cause de la peur et du stress. D'autres portaient de jeunes enfants dans leurs bras", ajoute la reporter dans ce même entretien.

Elles me rappellent ce que me racontait ma mère de son exode pendant la Seconde Guerre mondiale en France
Marie Dorigny

Sur le site de Polkamagazine, la photographe commente : "On réalise que la Syrie, l'Irak, le Kurdistan, certaines régions se vident entièrement. Il y a donc sur ces routes beaucoup de femmes avec leurs enfants. Elles me rappellent ce que me racontait ma mère de son exode pendant la Seconde Guerre mondiale en France. Sous les bombardements, jetée sur les routes, sur son vélo chargé de bagages. Eh bien, c'est exactement la même chose...".

©MarieDorigny/ Parlement européen
"Displaced- femmes en exil", Marie Dorigny, exposition au Couvent des minimes (Perpignan) jusqu'au 11 septembre 2016, dans le cadre du festival Visa pour l'image.