Princesses abusées, princesses frappées - la campagne choc de Saint Hoax

La petite sirène avec un oeil au beurre noir, Cendrillon avec le nez en sang ou la Belle au Bois Dormant embrassée de force par le roi, son père... Les campagnes de l'artiste Saint Hoax contre les violences domestiques et les abus sexuels détourne les personnages qui font rêver les enfants pour mieux toucher les femmes et les jeunes filles, et les inciter à dire stop. Comment est née cette idée iconoclaste ? Qui est Saint Hoax ? Comment ses campagnes choc ont-elles été accueillies ? Entretien avec l'artiste.

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Quand le rêve vire au cauchemar. L'immuable conclusion des contes de fées, Happy ever after ("Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants"), devient Happy never after ("Ils vécurent sans jamais plus être heureux") sous la plume de Saint Hoax, dont les illustrations s'inspirent des personnages des dessins animés de Walt Disney. "Quand a-t-il arrêté de vous traiter comme une princesse ?" interrogent les affiches, rappelant qu'il "n'est jamais trop tard" pour mettre fin aux violences conjugales. Même principe pour la campagne Princest Diaries (journal d'une princeste), signée du même artiste, qui précise que "46 % des mineures violées le sont pas un membre de leur famille" et qu'il n'est "jamais trop tard pour le dire".



Entretien avec Saint Hoax, le “saint canular“

Qui êtes-vous ?

Un artiste au Moyen-Orient. Contrairement à ce que je lis souvent à mon sujet, je suis un homme. Mais homme ou femme, peu importe, du moment que mon message passe. Je conçois des montages visuels qui expriment une certaine vérité, la mienne - voilà pour le "saint". Quant à "hoax" (canular, tromperie, ndlr), le terme fait référence au montage. Au début, je ne publiais que sur mon site. Maintenant, les journaux, les magazines et la presse en ligne me sollicitent de plus en plus.

J'en dis le moins possible sur moi-même pour me protéger. Voici six mois de cela, par exemple, j'ai publié un projet intitulé "War drags you out", dans lequel certains leaders politques et religieux, dont le roi Abdallah d'Arabie saoudite, sont représentés en drag queen. Cette campagne m'a valu tant de menaces, notamment de Saoudiens, que j'ai renoncé à révéler mon identité et que je préfère vivre caché. En ce moment, je suis installé à Beyrouth, mais je ne suis pas Libanais.


Comment sont nés les projets Princest Diaries et Happy never after ?

J'ai commencé avec Princest Diaries, le jour où l'une de mes amies proches m'a confié qu'elle avait été victime d'inceste dans son enfance, mais qu'elle n'avait jamais osé en parler tant elle avait honte. Son histoire m'a bouleversé et j'ai cherché une façon de m'attaquer au problème à travers une campagne visuelle. Une fois les illustrations faites, j'ai essayé de m'associer à des organismes de protection de l'enfance pour aposer leur numéro d'écoute sur les affiches, mais aucune n'a réagi. Alors j'ai publié les affiches telles quelles sur mon site. Et à ce moment-là, lorsque mes affiches ont commencé à faire parler d'elles, ce sont les organismes qui m'ont contacté pour être partie prenante.

Pourquoi avoir détourné l'univers de Walt Disney ?

Ma première campagne, contre l'inceste, ciblait les mineures de moins de 18 ans. J'ai choisi les princesses pour utiliser un langage qui leur parle. Or Disney parle aussi aux adultes, c'est un langage universel. Ses personnages sont tellement connus que n'importe qui peut comprendre le message. Alors pour la campagne contre la violence conjugale, je suis revenu à la même idée, en jouant avec l'image de la princesse : "Quand a-t-il cessé de vous traiter en princesse ?" Je voulais m'adresser à la petite fille innocente qui sommeille en chaque femme victime de violences, et lui dire de ne pas tolérer ce qui lui arrive.


Quelles ont été les réactions à vos campagnes ?

J'ai eu des réactions à la fois très positives et très négatives. Du moment que l'impact n'est pas neutre, je m'estime satisfait de l'effet obtenu. Les gens sont marqués. Ils en discutent ? Alors "mission accomplie" !


Y a-t-il dans votre travail une critique sous-jacente de l'univers Disney ?

Non, je suis moi-même un grand fan de Walt Disney. Je ne suis pas contre vendre du rêve aux enfants. Je ne suis pas du genre à dire que ce ne sont que mensonges et illusions. Ce n'est pas grave, c'est même bien de dire aux petites filles et aux petits garçons que l'on va vivre heureux pour toujours. Je ne fais qu'extraire les contes de fées de leur contexte d'origine et les restituer dans un univers moderne. Et c'est ce décalage qui nous interpelle sur la réalité de notre quotidien.


Avez-vous eu des ennuis juridiques avec la société Disney ?

Non, pas avec la compagnie, mais j'ai reçu des menaces de fans de Disney qui se faisaient passer pour des avocats. Ils me menaçaient de poursuites en utilisant de faux comptes de messagerie, et puis je découvrais la supercherie... 


Envisagez-vous une même campagne, mais adressée aux petits garçons ?

C'est précisément sur ce projet que je suis en train de travailler. Les petits garçons aussi sont concernés par l'inceste, c'est une évidence. Mais une partie des réactions à Happy never after me signalaient que les hommes aussi sont victimes de violences conjugales. J'ai fait des recherches et je me suis aperçu que c'était vrai. Alors j'ai attaqué le deuxième volet de la campagne.