Promotion et médiatisation du sport féminin : ça bouge !

Campagne britannique This Girl Can. “Je nage parce que j'aime mon corps, pas parce que je le déteste“.
Campagne britannique This Girl Can. “Je nage parce que j'aime mon corps, pas parce que je le déteste“.

En Angleterre, une nouvelle campagne appelée « Ces filles peuvent le faire », encourage les femmes à faire du sport malgré leurs complexes. En France, au même moment, se déroule la deuxième édition des 24h du sport féminin impulsée par le CSA, à laquelle TV5MONDE est associée, pour améliorer la visibilité des sportives dans les médias. Les retransmissions de compétitions sportives à la télévision ont doublé en trois ans. Mais les efforts doivent se poursuivre dans d’autres domaines.

dans
En Angleterre, les femmes âgées de 14 à 40 ans seraient deux millions de moins que les hommes à pratiquer une activité sportive. Une disparité beaucoup plus importante entre les hommes et les femmes au Royaume-Uni, que dans les autres pays européens. 

C’est le constat de Sport England, à l’origine d’une nouvelle campagne « These Girls can », (Ces filles peuvent le faire), invitant les femmes à faire du sport. Pour cela, des slogans tels que « Danser, ce n’est pas juste le week end » ou « Je nage parce que j’aime mon corps, pas parce que je le déteste ». Le site « thisgirlcan », propose aussi des histoires de femmes qui font du sport et disent en tirer de nombreux bénéfices. 
« Nous voulons raconter les histoires de femmes qui font de l’exercice à différents niveaux, quel que soit leur poids ou leur forme physique », rapporte à la BBC Jennie Price dirigeante de Sport England.

Selon la chaîne d’information, 75% des Anglaises souhaiteraient être physiquement plus actives.  Mais leur frein principal, seraient leurs complexes et le jugement des autres sur leur corps. 
Mais qu’importe dit la campagne, « La chose la plus importante est que tu es une femme, tu fais une activité, et cela mérite d’être célébré ». 

La campagne est diffusée au niveau national. A la télévision, dans les cinémas, et sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ThisGirlCan, des vidéos sont actuellement diffusées.

 

 

Au même moment en France, le sport est lui aussi à l'affiche, sur les écrans, à l’occasion de la deuxième édition des 24h du sport féminin, qui vise à une meilleure diffusions des compétitions sportives féminines dans les médias. A la radio, à la télévision, comme sur TV5MONDE, les programmes ou reportages axés sur le sport féminin sont à l’honneur. A Paris, un flashmob est prévu au pied de la Tour Eiffel, ainsi que des événements sportifs féminins dans toute la France.  

En 2012, les compétitions sportives féminines ne représentaient que 7% du volume horaire global des retransmissions sportives. 
Aujourd’hui, le pourcentage a atteint les 15% selon Pascale Boistard, secrétaire d’Etat aux Droits des femmes. 
« Les marges de progression sont importantes pour ne pas dire gigantesques », s’est-elle félicité.

Signature de la déclaration Brighton-Helsinki sur les femmes dans le sport

Pourtant d’autres défis sont à relever. Pascale Boistard veut s’attaquer à la féminisation des instances dirigeantes du sport. 
« Comment accepter qu’il n’y ait seulement que 26,47% de femmes élues dans les comités directeurs des fédérations sportives ? », a-t-elle déclaré. La loi du 4 août 2014 pour l’égalité, stipule en effet que lorsque la proportion de licenciés des deux sexes est supérieure ou égale à 25%, les fédérations sportives devront respecter la parité dans les instances dirigeantes. 

Or en 2013, seules 13 femmes étaient présidentes de fédérations sportives contre 118 hommes.
Pascale Boistard et Thierry Braillard, à la signature de la déclaration Brighton-Helsinki le 21 janvier 2015. /Twitter
Pascale Boistard et Thierry Braillard, à la signature de la déclaration Brighton-Helsinki le 21 janvier 2015. /Twitter

Thierry Braillard, secrétaire d’Etat aux Sports et Pascale Boistard ont également signé le 21 janvier 2015, la déclaration de Brighton-Helsinki sur la place des femmes dans le monde du sport. Cette convention internationale contient plusieurs objectifs : veiller à ce que toutes les femmes puissent accéder à des activités sportives (elles représentent aujourd’hui un tiers des licenciées), encourager leur participation, leur assurer un environnement sûr et une meilleure représentation dans le domaine sportif. 
Des améliorations qui passeraient notamment par l’école, pour « lutter contre le décrochage de certaines adolescentes dans l’accès au sport ». Elles seraient aujourd’hui 45% à ne pas renouveler leur adhésion à une pratique sportive, contre 35% des garçons.
 
Dans une tribune sur Médiapart, Annie Sugier et Linda Weil-Curiel, membres du réseau "Femmes et Sport" et du Think Tank Sport et Citoyenneté, suggèrent pour leur part, de réaffirmer la laïcité dans le sport et dès l'école, pour contrer les pressions religieuses qui imposent à certaines sportives des tenues spécifiques. "Les 24h du sport féminin devraient être l'occasion pour les pouvoirs publics et les instances de sport de lancer un programme d'action pédagogique dans les écoles et les clubs sportifs, destiné à expliquer en quoi une règle commune à tous prévient la discrimination", écrivent t-elle.

« Il n’y a pas une sous-médiatisation du sport féminin mais une « mal-médiatisation »

Entretien avec Christophe Lemaire, journaliste à Sportiva Infos, un site d'information sur le sport féminin. 
 
-Quand est-ce que le site Sportiva Infos a-t-il  été créé et quel est sa ligne éditoriale concernant le sport féminin ? 

Ce site professionnel a été lancé en mars 2012. Il n’y en a pas d’autres en France sur le sport féminin. Il y a des blogs, des sortes de sites sur le sport féminin mais se sont des bénévoles qui les gèrent. Notre but est de proposer une couverture du sport féminin qui n’existe nulle part ailleurs. Les gros médias traditionnels en parlent, mais le constat qui avait été fait à l’époque est qu’il y avait, non pas une sous-médiatisation du sport féminin mais une « mal-médiatisation ». C’est-à-dire que beaucoup véhiculaient des clichés du type: « C’est une fille ! C’est exceptionnel qu’elle réussisse ». A Sportiva on n’est pas féministes, notre seule ambition est de parler de sport féminin.  On parle de toutes les pratiques sportives féminines. Que ce soit du sport de haut niveau, des sports collectifs, et ceux dit « anonymes » vis-à-vis du grand public. On relate également les évènements dont il n’y a peu d’échos dans les grands médias. On publie aussi un livre tous les ans qui retrace l’année du sport féminin et dans lequel on met en avant les initiatives en sa faveur. Enfin on organise la nuit du sport féminin chaque mois de décembre, où l’on met notamment en avant les championnes. 

-Que pensez-vous de la décision du CSA de diffuser pendant 24h du sport féminin à la télévision ?

Pour moi, cela n’a pas de sens d’être attentionné envers les femmes seulement 24h par an. C’est comme si c’était la seule façon de développer la médiatisation du sport féminin. De plus, ces 24h concernent seulement les médias télévisés et radiophoniques alors que pour moi, le sport féminin vit surtout à travers deux médias : internet et la presse quotidienne régionale. 

-Comment expliquez-vous le manque de place des sportives dans les médias ou le désintérêt du public ?

Il y a un manque d’histoire et de réalité économique. Il y a cent ans il y avait un désintérêt pour le sport féminin, mais aujourd’hui les femmes sont complètement intégrées. J’entends parler de machisme, de mépris, mais pour moi c’est faux. Par exemple, l’équipe de basket féminine française n'est diffusée sur France 3 ou France 2 seulement qu’en demi-finale et finale du championnat d’Europe. Mais on peut faire le même constat pour le basket masculin qui est aussi méprisé. On doit se battre pour voir des matchs de championnat. 

-Qu’est-ce qui est ressorti de la dernière étude que vous avez réalisé, portant sur la part du sport féminin à la télévision ?

On s’intéresse pour nos études annuelles aux événements sportifs diffusés en direct sur toutes les chaines en France. On a regardé leurs grilles, leurs programmes et nous avons fait émerger un chiffre : il y a eu 15,5% de diffusion de sport féminin en direct sur six mois contre 11% en 2013. Ce n’est pas si mal en réalité, sachant qu’à la télévision il y a presque 70% de diffusion qui concerne uniquement le football masculin. Le foot ‘vampirise’ la quasi-totalité des canaux télévisés. 

-Quels sont selon vous les efforts encore nécessaires pour mieux médiatiser le sport féminin ?

Il y a du sport féminin à la télévision mais il n’y a pas d’histoire de ce sport. Il faut donc habituer le public à des visages. Dans la rue, si on montre la photo de la capitaine de l’équipe féminine de basket, Céline Dumerc, peu de gens sauront dire qui elle est. Il faut faire connaître ces championnats, ces femmes au public, pour que progressivement au niveau médiatique on arrive à proposer des diffusions plus régulières et que le pourcentage augmente. Mais le plus important d’abord, c’est d’encourager la pratique du sport féminin. Il faut s’occuper de l’accès aux structures, du nombre de licenciées dans les fédérations et ce dans toutes les régions. 

-Et quels sont les préjugés à faire reculer ?

Quand on regarde un match de football féminin par exemple, il y a peu de public, peu de « show », ni d’environnement festif qui le rend attractif. Au niveau de la pratique aussi, le foot féminin n’est pas pareil que le masculin. Il existe d’ailleurs depuis les années 70 en France mais cela fait seulement quatre ou cinq ans qu’on le diffuse. Il faut donc apprendre à l’apprécier et dépasser ses préjugés. Le foot féminin commence à se professionnaliser depuis dix ans. D’ici une vingtaine d’années, il devrait être mieux couvert médiatiquement.
 

3 idées reçues sur le sport féminin

Wikicommons.
Wikicommons.
Les femmes ne feraient pas de sport…
-40% des médailles internationales (toutes disciplines confondues) remportées en 2012 par la France l’ont été par des femmes, qui représentent 51% des pratiquants de sport.

Le sport féminin ne serait pas regardé à la télévision…
-Parmi le Top 20 des meilleures audiences sportives de l’année 2012, six sont liées au sport féminin.

Le sport féminin ne serait pas intéressant…
-70% des Français de 18 ans et plus trouvent le sport féminin tout aussi intéressant que le sport féminin et 64% en regarderaient davantage s’il était plus régulièrement diffusé à la télévision. 


Source : étude Havas 2012. 

Reportage dans un club de sport entièrement féminin à Bordeaux

24.01.2015Reportage France 3 Aquitaine. L.Pourtau / L. Cagnato / S. Paulin
750 femmes se rendent chaque semaine dans ce club de sport féminin bordelais où les hommes ne sont pas autorisés. Un concept venu du Canada avec des techniques adaptées à la morphologie féminine.
Reportage dans un club de sport entièrement féminin à Bordeaux

Sport, femmes, émancipation, dans Terriennes