Quand l’armée française tait les violences sexuelles faites aux femmes

Une enquête publiée par deux journalistes françaises met en lumière l’omerta qui existe dans l’armée française autour de violences sexuelles subies par les femmes. Hasard du calendrier, le tribunal de Nantes a suspendu le 10 mars 2014 la démission d’une militaire contrainte de quitter l’armée après avoir été filmée à son insu sous la douche. Et face aux révélations de l'enquête, le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a diligenté en mars une enquête interne dont le bilan lui a été remis le 15 avril 2014. Il a alors annoncé que le ministère de la Défense autorisait, à titre expérimental, trois femmes officiers à intégrer l'équipage d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins. Le début d'une lente évolution ?

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« La grande muette ». L’armée n’aura jamais aussi bien porté ce surnom. Dans ses rangs, au sein de la hiérarchie et jusqu’au ministère de la Défense français : motus et bouche cousue sur les humiliations, les insultes, les allusions sexuelles récurrentes et les viols. C’est pour briser ce silence, cette omerta, que les journalistes Leila Minano et Julia Pascual ont publié (coédition Causette et les Arènes) le 27 février 2014 une enquête-livre « La Guerre invisible » menée pendant deux ans sur les violences sexuelles subies par les femmes dans l’armée française et ainsi appelée en référence à un documentaire éponyme américain sur les sévices subies par les femmes dans l’armée américaine.

La lecture en est redoutable, consternante, quand on lit que les victimes doivent souvent quitter l’armée, ou sont mutées, mais restent toujours humiliées, affaiblies psychologiquement alors que les agresseurs, eux, restent en poste ou en trouvent parfois un autre toujours au contact des femmes ! Les forces militaires françaises sont donc éclaboussées après celles des États-Unis ou de l’Allemagne, où la Bundeswehr est pourtant aujourd’hui sous le contrôle d’une femmes, la ministre de la Défense Ursula von der Leyen.

L’enquête de ces deux journalistes a provoqué une réaction du ministre des armées Jean-Yves Le Drian. Il a demandé le 27 février 2014 l’ouverture d’une enquête interne. « On sait que cette déclaration est un premier pas, certes, mais il trouve très très vite ses limites, nuançait alors Leïla Minano, l’une des deux auteures de l’enquête La Guerre invisible. C’est une investigation qui est menée en interne par des militaires en trois semaines pour traiter d’un sujet sur lequel l’armée n’a jamais travaillé…ça nous pose question. » (Lire l’interview complète des deux auteures ci-dessous)

Le rapport de cette enquête a été remis au ministre mardi 15 avril 2014. A cette occasion, Jean-Yves Le Drian a annoncé un plan d'action dans lequel figure des avancées notoires (si elles prennent effet) : produire des statistiques (inexistantes jusqu'à présent en France) et inscrire le harcèlement dans le Code de la défense et le Code du soldat. Le ministère de la Défense a également publié une annonce phare dans un communiqué sur les perspectives de la politique d'égalité dans les armées : trois femmes officiers (dont un médecin) vont être affectées à bord d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins à titre expérimental. Elles devront attendre début 2017 pour embarquer après la sélection des volontaires en 2014 puis leur formation qui commencera en 2015. "Cette expérimentation pourra à terme conduire à l’ouverture pérenne de la filière « sous-marin» au personnel féminin", lit-on dans le communiqué. Rien n'est encore acquis.

Féminisation forcée

Le travail des deux journalistes qui traite d’une cinquantaine d’affaires vient combler une lacune en France : aucun rapport n’existe sur les agressions sexuelles subies par les femmes alors que les « féminines », comme elles sont appelées dans l’armée, forment 15 % des effectifs militaires français. Le taux le plus important d’Europe en 2013 devant le Royaume-Uni (9,7%) et l’Allemagne (9,1%), comme le soulignent les auteures.

Une féminisation à marche forcée que l’on doit à la professionnalisation de l’armée sous le mandat présidentiel de Jacques Chirac en 1997. La disparition des conscrits ouvre les portes de l’armée aux femmes. Seul un corps leur est encore fermé : la gendarmerie mobile.

La mixité fait son entrée dans une armée très (très) conservatrice, machiste où les femmes sont souvent réduites aux « métiers de la santé et du soutien administratif », écrivent les auteures de « La Guerre invisible ». A ces postes loin du front, ces « femmes-mères incapables de tuer », dépourvues de la « force physique » de leurs collègues masculins ne menacent pas l’identité professionnelle et personnelle des hommes.

La clé pour s’intégrer : ne pas se faire remarquer. “J’en arrivais au point où moins je ressemblais à une fille, mieux je me sentais”, confie Alice, premier témoin de ce livre. A l’armée être une fille c’est une punition”. Se fondre dans le groupe, ne pas faire de vague, passer aussi inaperçu. Tout le poids de l’intégration des femmes repose sur leurs épaules.

« Viol numérique »

Dans les régiments, la promiscuité, la sexualisation de l’environnement, l’alcool forment le terreau des violences subies par les femmes. Outre les brimades, les allusions vulgaires, certaines deviennent objets de photo-montages pornographiques diffusées dans les rangs. Une humiliation qui tourne au “viol numérique” comme le souligne un avocat.

Pour d’autres, l’agression va jusqu’au viol bien réel, parfois subi sous emprise de GHB (un psychotrope puissant aussi appelé « la drogue du violeur ») ou d’autres cocktails non identifiés. Les collègues de même rang sont parfois en cause, souvent ce sont aussi les supérieurs qui prennent les jeunes recrues pour cible, leurs référents en principe auxquels elles devraient pouvoir se confier.

Mises au ban, les victimes sont très peu soutenues par l’Institution qui, comme le montrent les auteures, vise à étouffer toutes notes discordantes dans ses rangs.

Est-ce une spécificité française ? Pas vraiment. Ailleurs aussi, les femmes payent le prix fort de leur engagement dans l’armée. Aux Etats-Unis, une députée californienne Jane Herman frappait en déclarant en juillet 2008 : « Les femmes qui servent dans l’armée américaine aujourd’hui risquent davantage d’être violées par un compagnon d’armes que d’être tuées par le feu ennemi en Irak » Un rapport de 2011 avançait le chiffre d’un viol toutes les trois heures. Selon les derniers chiffres publiés par le Pentagone : le nombre d’agressions sexuelles a augmenté de 60% en 2013 passant de 3 374 agression en 2012 à 5400 cas l’année dernière. Le porte-parole du Pentagone américain a souligné que « cette augmentation des cas est liée à un niveau de confiance plus important des victimes » qui osent davantage dénoncer leurs agresseurs sans craindre de mettre leur carrière en péril.

Les armées australienne, suédoise, anglaise, israélienne et canadienne comptent aussi de nombreux cas d’agressions dans leurs rangs. Mais dans ces pays, ces violences ont fait l’objet de rapport, contrairement à la France, et des sanctions ont été prises, dans certains cas.

Etat des lieux en France avec Leila Minano et Julia Pascual, auteures de La Guerre invisible

11.03.2014Propos recueillis par Léa Baron
AFP
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Quelles difficultés avez-vous rencontrées au cours de votre enquête menée pendant deux ans ?
 
Julia Pascual : Travailler sur un sujet qui n’a jamais été traité. Il faut identifier des interlocuteurs qui n’existent pas vraiment. Et puis, il est difficile de faire parler des militaires. Même si ces femmes ont été victimes de violence sexuelles quelles qu’elles soient, en tant que militaires, elles n’ont pas le droit de parler car leur droit de réserve est très fort tout comme leur devoir de loyauté. Prendre ses distances par rapport au groupe militaire pour dénoncer des choses qui se sont passées au sein de l’armée, c’est très délicat. Donc il a vraiment fallu protéger les témoignages de ces personnes par l’anonymat. Et puis l’autre difficulté était de retrouver celles qui ont quitté l’Institution, que sont-elles devenues, où sont-elles, en France, à l’étranger ? C’est un travail de fourmis.
 
Leïla Minano : Le silence de l’Institution pendant deux ans a été un obstacle. A aucun moment, nous n’avons eu la parole des états major ou du ministère de la Défense. Il n’y a qu’un général, directeur des personnels qui a parlé. Il nous a dit en toute sincérité que c’était une vraie question et qu’il avait reçu des coups de fil de jeunes femmes qui dénonçaient du harcèlement.
 
A la sortie de votre livre, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a réagi en annonçant une enquête interne pour envisager les suites professionnelles, disciplinaires et judiciaires données aux agresseurs… Est-ce une bonne chose ?
 
JP : Pour les femmes qui témoignent dans le livre, on sait que cette annonce a été très forte. Cela a été ressenti comme une première forme de reconnaissance par les victimes qu’elles soient toujours militaires ou qu’elles aient quitté l’Institution depuis des années. Mais pourquoi se contenter d’une enquête interne menée en moins d’un mois et pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette reconnaissance ? Pourquoi les parlementaires ne se saisissent-ils pas du sujet ?
 
Il y a une commission parlementaire de la Défense qui est présidée pour la première fois dans l’histoire par une femme : la députée Patricia Adam. Pourquoi ne décide-t-elle pas d’une commission parlementaire sur le sujet avec un gage d’indépendance beaucoup plus fort ?
 
D’autres choses pourraient aussi être attendues : le harcèlement sexuel est inscrit dans le code de la fonction publique, le code du travail mais les militaires n’en relèvent pas celui de la Défense qui s’applique à eux ne prévoit rien qui concerne le harcèlement sexuel.
 
Au-delà de la déclaration d’intention, quel gage donne-t-on à ces femmes là ? Quels interlocuteurs leur propose-t-on au delà de la hiérarchie qui est le problème de l’armée ?
 
LM : La déception de ces femmes sera à la hauteur des espoirs qu’elles ont mis dans cette déclaration du ministre. Encore hier, j’ai reçu des messages de femmes qui me disaient « on croise les doigts pour la fin du mois de mars (fin de l’enquête interne, ndlr) ». Mais ce n’est pas dit qu’ils aillent jusqu’au bout. Maintenant que le ministère a mis le doigt dans l’engrenage, il y a une vraie attente !

Leïla Minano et Julia Pascual, à Causette, lors de l'entretien avec Terriennes  © Léa Baron
Leïla Minano et Julia Pascual, à Causette, lors de l'entretien avec Terriennes © Léa Baron
JP : La déception  de ces femmes sera à la hauteur des espoirs qu’elles ont mis dans cette déclaration du ministre. Encore hier,  j’ai reçu des messages de femmes qui me disaient « on croise les doigts pour la fin du mois de mars (fin de l’enquête interne, ndlr) ». Mais ce n’est pas dit qu’ils aillent jusqu’au bout.  Maintenant que le ministère a mis le doigt dans l’engrenage, il y a une vraie attente !

Vous l’expliquez au début de votre livre, la France semble être très à la traîne sur ces violences sexuelles subies par les femmes dans les rangs de l’armée. Comment cela se passe-t-il ailleurs ?

LM : C’est sûr que l’on est à la traîne parce qu’on est la seule armée puissante à ne pas avoir émis de rapport sur le sujet. On parle beaucoup des Etats-Unis mais au Canada, en Israël, en Grande-Bretagne, en Belgique, en Allemagne, toutes ces armées ont fait des enquêtes et à chaque fois les résultats ont été extrêmement alarmants.

Dans la Bundeswehr,  l’armée allemande,  55% des soldates se disent victimes de harcèlement sexuel. Aux Etats-Unis, c’est un viol qui est commis toutes les 3 heures. On passe à un cap au-dessus.

JP : Même en Grande-Bretagne, une enquête a été menée en 2005/2006, c’était deux tiers des femmes qui disaient avoir été victimes de harcèlement sexuel.  A chaque fois, ce sont des chiffres très alarmants. On n’est pas dans des phénomènes à la marge, ou sur des cas isolés.

LM : Mais aux Etats-Unis, ils ont un système judiciaire militaire, des cours martiales, une police militaire.  Tout est géré en interne.

JP : Le système américain est aussi un frein supplémentaire à la dénonciation. Pour une femme victime de violence sexuelle dans l’armée américaine, c’est son chef qui décidera si sa dénonciation sera l’objet d’un procès. Ce n’est pas le même système mais il y a quand même beaucoup de similitudes avec la France.

Ici, c’est le chef qui est garant de ses subordonnés, du bien être de ses soldats. Si l’un d’eux à un problème, il va s’adresser à son chef. Alors on voit que ce système très hiérarchisé a ses limites dans le cadre de dénonciations des violences surtout si c’est le chef qui est lui-même l’auteur des agressions, des brimades etc.

Dans d’autres pays en Europe, beaucoup de pays ont compris qu’il fallait permettre aux militaires de trouver d’autres relais que celui du chef.

Aujourd’hui, il existe un vrai déséquilibre entre l’agresseur et la victime qui se retrouve souvent mutée, en proie à des problèmes psychologiques…

JP : Il n’y a pas de politique de sanction, de gestion de ces cas ou, s’il y en a une, elle est désastreuse. On va écarter le mouton noir qui va jeter l’opprobre sur le régiment. C’est une double peine pour la victime.  Ce qu’on montre au cours des différentes affaires, c’est qu’un militaire qui va harceler sexuellement sa subordonnée va  recevoir 10 jours d’arrêt, l’équivalent d’une sanction  pour ne pas avoir ciré ses chaussures. C’est l’absence totale de politique de sanction claire.

A Castres - AFP
A Castres - AFP
Qu’est-ce qui impose aux femmes cette chape de silence ?

LM : Une étude américaine montre que si la parole de la victime ne se libère pas c’est qu’elle a honte. Chose qui peut exister dans la vie civile aussi. Aux Etats-Unis, 70% des victimes ne portent pas plainte parce qu’elles ont honte ou qu’elles ont peur qu’on leur reproche d’avoir bu, de s’être retrouvée seule avec un homme. La deuxième raison c’est qu’il n’y a aucune alternative.

JP : Il y a aussi une peur des représailles par rapport à leur carrière ou aux reproches qu’elles peuvent subir de leur hiérarchie. Cette peur est très forte et est un frein à la dénonciation.

Quel cocktail engendre ces violences dans l’armée ?

LM : C’est justement le cocktail : l’alcool qu’on retrouve au fil des histoires.  Il a une ambiance de sexualisation très forte avec des films porno, le recours à la prostitution en opération extérieure (à l’étranger, ndlr), les blagues graveleuses, les brimades parfois les menaces contre les femmes, etc. Mais souvent ce qui va faire passer le cap c’est l’alcool. A la faveur d’une soirée alcoolisée. L’agresseur va rentrer dans la chambrée, dans la caserne, dans la tente et agresser, peloter voire  violer, droguer. Toutes les catégories de femmes victimes sont représentées : cela va de la femme du rang à la femme officier. Pareil pour l’agresseur, du soldat du rang à l’officier. Il n’y a pas non plus de profil particulier.

JP : Il y a aussi ce contexte de promiscuité, de confinement que ce soit en opération extérieure ou en caserne, sur une base, dans un bateau, une frégate, etc. Ils travaillent, vivent et dorment ensemble dans des chambrées qui ne sont, certes, pas mixtes mais du coup il y a des allers retours dans les chambrées des filles et des garçons. Ils sont tous ensemble, reclus, et cela favorise ce passage à l’acte.

Cette mixité existe dans tous les corps sauf dans les sous-marins et la gendarmerie mobile. Pour les sous-marins, l’excuse avancée par l’armée relève des aménagements à faire. Est-ce la vraie raison ?

JP : Les aménagements pour les sous-marins sont faits dans la nouvelle génération : les barracudas qui seront disponibles en 2017. Ils sont donc aménagés pour la mixité mais on ne forme pas les femmes de la marine nationale pour intégrer ces sous-marins parce qu’on n’a toujours  pas décidé de les intégrer. Après avoir écarté les risques pour les femmes enceintes, le seul risque qui subsiste ce sont les dérapages. C’est ce que nous disent en off des officiers de la marine. Vous partez trois ou quatre mois en mer, dans un espace confiné, il y a un risque réel qu’ils ne peuvent pas prendre. Cela signifie aussi qu’ils en sont conscients.

LM : On pense aussi que ce verrou comme celui de la garde mobile pourrait être levé. Mais le fait de lever un verrou ne veut pas dire que les femmes vont vouloir y aller. Aujourd’hui, les femmes peuvent entrer officiellement dans la légion étrangère, mais aucune n’y va. On décourage aussi les femmes d’y entrer.

Existe-t-il une solidarité et une communication entre les femmes militaires au sujet de ces agressions sexuelles ?

LM : iI n’y a pas de solidarité féminine a priori dans l’armée. Il y a des femmes officiers qui se sont rendues coupable de gestion calamiteuse de certaines situations. En revanche, il y a une transmission, une éducation quand les jeunes EVAT arrivent. En général, on leur attribue une marraine qui va leur expliquer les règles, lui dire fais attention avec qui tu vas, où tu sors, ne bois pas trop, etc.

JP : C’est ce qui est intéressant. Les règles que l’on va transmettre c’est : tu te fais discrète, tu dois t’intégrer. Ta place n’est pas acquise donc tu dois être irréprochable. Tu vas faire l’objet de sollicitations, tu n’as pas intérêt à y répondre favorablement parce que ça te discréditeras. On fait vraiment reposer sur la femme, la responsabilité de ces dérapages.

LM : En revanche quand une agression se produit, la solidarité  féminine n’est pas du tout de fait. Des femmes nous ont dit qu’elles ne  savaient pas qu’elles n’étaient pas toutes seules à vivre ça. Des femmes se rendent comptent  après qu’il y a d’autres victimes parce que cela arrive dans la même unité, la même brigade. Ce ne sont pas des cas isolés, l’Institution qui favorise ces violences se rend alors responsable d’une seconde violence en les isolant.

La mixité est-elle finalement possible ?

LM : Le meilleur exemple pour répondre à cette question est celui de la Suède. L’armée suédoise a aussi été confrontée à ce type de problème, il y a 4/5 ans et a pris le sujet à bras le corps : commission d’enquête parlementaire, un an après plan d’action et de sanction draconien, un fort soutien psychologique des victimes. Aujourd’hui, ils ont réussi à renverser la vapeur.

JP : Pour que cette mixité soit vécue de manière la plus sécurisée possible, il faut mettre en place une vraie politique de prévention (sensibilisation, vraie politique d’intégration, …) et de sanction. Même les agents de mixité a été un geste timide. Ils ne sont pas connus de tous, ils n’existent pas partout et ils sont toujours reliés à la hiérarchie donc comment peuvent-ils faire l’objet de sollicitation.

Quel témoignage vous a le plus émue ?

LM : L’affaire Isabelle D. m’a  marquée parce que cela montre que la hiérarchie au plus haut niveau était au courant.  Dans cette affaire, on fait état de plusieurs mails de l’état major, du cabinet, des services de communication. Ces mails montrent comment l’état major veut se débarrasser d’une victime qui dénonce des faits de harcèlements sexuels. C’est intéressant parce que ce n’est pas le sous fifre, c’est le sommet de la hiérarchie qui va mettre au ban cette jeune femme qui va être mutée à 300km de chez elle alors qu’elle est en plein arrêt maladie. C’est une histoire qui pour moi est importante car il y a une implication de la hiérarchie donc ils ne peuvent pas dire qu’ils ne sont pas au courant.

Si elles ne sont pas prises en considération dans l’armée, les femmes font l’objet de la communication de l’armée…

JP : La femme est systématiquement mise en avant dans les campagnes de communication et de recrutement des armées. On les voit dans les campagnes d’affichages, les spots publicitaires. Ceci pour une raison simple c’est que l’armée  a de vrais besoins de recrutements malgré les plans sociaux qu’elle met par ailleurs en œuvre. L’armée a en moyenne deux candidats pour un poste. Elle a peu de choix de la sélection dans ses nouvelles recrues donc elle ne peut pas se priver des femmes donc elle communique à leur attention.
A la faveur de l’élection de François Hollande, du ministre des droits des femmes, il y a toute une politique de communication autour des femmes y compris au sein du ministère de la Défense qui a abrité une exposition de photos e femmes dans l’armée.

LM : On appelle ça le syndrome Lara Croft  (personnage de jeux vidéos, ndlr) parce que ça plait dans l’opinion  publique : une femme au milieu d’hommes. Mais ils vont montrer des portraits héroïques pour montrer qu’elles sont exceptionnelles. Ce ne sont pas toutes les femmes qui peuvent être comme elles.

Au vue de toutes ces violences dévoilées dans l’armée, n’y a-t-il pas une crise des vocations ?

JP : Le chiffre de la proportion de femmes dans l’armée stagne depuis 2007. Certains comme un ancien général de l’armée de terre nous dit qu’on a atteint l’équilibre naturel avec ces 15% de femmes dans les rangs. Mais ce n’est quand même pas anodin d’intégrer un milieu d’hommes. Et on sait d’après des études que les femmes qui vont au centre de recrutement des armées, on les dissuade d’intégrer des filières de combats.  On va leur proposer d’aller dans l’administration, le domaine de la santé, la restauration. Quand il s’agit du front on ne les recrute pas. On ne les veut pas à cet endroit là.

LM : Sur ce point là on est encore plus en retard par rapport aux Etats-Unis, Israël ou le Canada. Les femmes à l’avant c’est une question qui se pose depuis peu de temps.

Filmée nue à son insu, une stagiaire de l'armée française contrainte à partir. La justice suspend sa démission

11.03.2014AFP
Filmée nue à son insu, une stagiaire de l'armée contrainte à la démission
Le tribunal administratif de Nantes a suspendu en référé la démission d'une stagiaire de l'armée, contrainte au départ après avoir porté plainte contre un sergent qui l'avait filmée nue sous sa douche. La jeune femme, qui suivait une formation d'agent de restauration au Centre militaire de formation professionnelle de Fontenay-le-Comte (Vendée), avait porté plainte le 20 novembre 2013. La jeune femme de 25 ans, originaire de la Martinique et stagiaire volontaire du service militaire adapté, soutient avoir été contrainte de demander la résiliation de son contrat de dix mois au sein de l'armée pour convenances personnelles en représailles à son dépôt de plainte, note le tribunal administratif dans son ordonnance du 28 février 2014, rendue publique le 11 mars.

Le sénat américain à l'assaut des agressions sexuelles dans l'amée, mais modestement

11.03.2014AFP
Le Sénat américain a adopté lundi 10 mars 2014 à l'unanimité un texte visant à lutter contre les agressions sexuelles chez les militaires, une semaine après avoir rejeté une réforme bien plus ambitieuse sur ce problème endémique dans l'armée. Le "Victims Protection Act" , rédigé par une ancienne procureur spécialisée dans les affaires d'agressions sexuelles, la sénatrice Claire McCaskill, vise à limiter le pouvoir de la hiérarchie militaire, à assurer le droit des victimes à consulter un avocat indépendant de l'armée et rend passible de poursuite toute tentative de vengeance contre des victimes ayant dénoncé les agressions. Le texte doit maintenant être validé par la Chambre des représentants pour pouvoir devenir une loi. Si une telle loi est adoptée, un militaire ne pourra plus faire valoir devant une cour martiale son bilan professionnel pour plaider sa cause. Ce texte présente néanmoins des solutions beaucoup moins révolutionnaires que la dernière réforme rejetée la semaine dernière par les sénateurs américains. Le texte prévoyait que les auteurs de crimes sexuels soient traduits devant la justice civile et non plus militaire.