Quand Mariama Moussa osa transgresser le tabou des violences conjugales

Mariama Moussa au siège de son association qui veut “lutter contre toutes les formes de discriminations et de violences à l’égard des femmes et des enfants et contribuer au développement socio-économique des femmes et des enfants.“ © Mina Kaci
Mariama Moussa au siège de son association qui veut “lutter contre toutes les formes de discriminations et de violences à l’égard des femmes et des enfants et contribuer au développement socio-économique des femmes et des enfants.“ © Mina Kaci

Etudiante en sciences sociales à Niamey, capitale du Niger, Mariama Moussa s'était mariée par amour. L'union s'est vite transformée en cauchemar, jusqu'aux violences et à la répudiation. La jeune assistante sociale refuse cette destinée et décide alors de défendre les Nigériennes victimes, comme elle, de sévices conjugaux, un sujet interdit de cité dans cet immense pays de l'Afrique occidentale.

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En déchirant ses habits de victime, Mariama Moussa s’est métamorphosée en actrice de sa vie. D’épouse battue, elle est devenue une battante qui porte secours aux femmes en grande souffrance physique et morale. Fondée en 1998, son association SOS femmes et enfants victimes de violences familiales (SOS FEVVF), située en plein cœur de Niamey, capitale du Niger, fait figure de pionnière, brisant les chaines d'un sujet resté longtemps tabou dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. « Notre ONG était à l’époque la seule à oser en parler et a su briser le silence autour de ce phénomène caché », dit-elle, dans un large sourire qui éclaire son visage poupin.

L'association s'occupe aussi des enfants victimes de violences familiales © Mina Kaci
L'association s'occupe aussi des enfants victimes de violences familiales © Mina Kaci
La face méconnue du mariage

« Les gens pensaient que j’étais folle en choisissant comme sujet de mémoire la violence conjugale, se remémore Mariama Moussa. Mais moi, j’étais dans le doute, je voulais savoir si j’étais la seule à subir des coups, des humiliations, des insultes. » A la fin de ses études d’assistante sociale, elle réalise un mariage d’amour avec un diplomate, enfante au bout de neuf mois, comme le veut la tradition. Et découvre la face méconnue de l’époux. « Il voulait que j’arrête de travailler. Or, je n’ai pas étudié pour rester cloîtrer à la maison. Il m’a alors répudiée. »

Mariama Moussa  ne se laisse pas abattre. Elle continue son chemin et rencontre sur sa route des victimes, nombreuses, de tout âge, de tout milieu social. Des femmes soutenues par son association, guidées vers le centre de santé, le commissariat et le tribunal. « J’étais bouleversée à chaque récit. Je me voyais en elles. Elles me comprenaient quand je leur disais qu’il ne fallait pas accepter ces violences. Que ce n’était pas normal ».

© Mina Kaci
© Mina Kaci
Un manuel de résistance

Des séminaires sont organisés, puis un guide sur « la vie de famille sans violences » est publié, en français, en haoussa et en zarma, les principales langues du Niger. L’association se fait vite connaître, grâce à son efficacité : « Chaque année, on arrive à sauver pas moins de vingt jeunes filles du mariage précoce », indique  cette femme engagée de quarante-trois ans.    

Tracts, affiches ou brochures contre toutes les formes de violence trônent sur la table à l’intérieur du local de SOS Femmes, que l’on ne peut pas louper tant le logo, à l’extérieur, attire l’œil. Mariama Moussa est fière en montrant et en commentant les photos accrochées aux murs où elle figure parmi des personnalités, telle Hillary Clinton, alors à la tête du Département d’Etat américain. Elle est fière, aussi, que son organisation ait été choisie par le gouvernement nigérien pour postuler à un prix international décerné prochainement par les Nations-Unies.

Sur le même thème : des Nigériens à l'école des maris, un autre reportage de Mina Kaci

Corvée d'eau au village, Zender © Mina Kaci
Corvée d'eau au village, Zender © Mina Kaci
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