Quand Sarah Levy, artiste américaine, refait le portrait de Donald Trump avec son sang

Donald Trump vu par Sarah Levy, dessin en sang menstruel
Donald Trump vu par Sarah Levy, dessin en sang menstruel
Capture Facebook Sarah Levy

Une activiste américaine, artiste, journaliste, féministe et homosexuelle répond par une 'performance' à une sortie sexiste du candidat à la primaire républicaine Donald Trump : un portrait du milliardaire réalisé avec son sang menstruel. Buzz et polémique

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Pour les uns, elle est une folle, une "salope" ou encore une "putain de chatte écoeurante". Pour les autres, elle est géniale, courageuse, héroïque. En postant le 12 septembre 2015, sur sa page Facebook, un portrait rouge, vif et sépia, de Donald Trump, candidat controversé à la primaire républicaine américaine en vue de la présidentielle de 2016, Sarah Levy savait sans doute qu'elle allait provoquer des réactions en chaîne. En légende de l'image de son tableau, l'artiste mentionnait le nom et les caractéristiques de l'oeuvre : "'Peu importe' - menstrues sur toile à bord mat."

Les dessin de Sarah Levy qu'elle réalise habituellement au charbon de bois
Les dessin de Sarah Levy qu'elle réalise habituellement au charbon de bois
DR

Ce n'est pas la première fois que des peintres, hommes ou femmes, utilisent leur sang, voire d'autres fluides humains, comme matière première. L'arrière goût de provocation permet de donner un autre sens à leur oeuvre. Parfois des discours artistiques pompeux accompagnent ces entreprises. Parfois les démarches sont talentueuses. Mais pour Sarah Levy aucun prétexte artistique dans cette réalisation, finalement assez ressemblante au modèle, qui se veut avant tout un geste politique. Une réponse de la bergère au berger, la colère d'une jeune peintre de Portland (Nord-Ouest des Etats-Unis), journaliste, féministe, "artiviste", après une saillie de trop du milliardaire qui fait peur jusque dans son propre camp. Et un joli coup médiatique sur les réseaux sociaux autour du mot dièse #BloodyTrump, et même désormais un compte tweeter @bloody_trump …    

"On pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son... où que ce soit", avait lancé Donald Trump le vendredi 7 août 2015, à propos de Megyn Kelly, journaliste vedette de la très conservatrice Fox News, qui avait co-présenté le premier débat télévisé des primaires républicaines la veille. La remarque avait provoqué une vague d'indignation au sein même du camp républicain.

Ce portrait lui est venu d'un seul coup, comme une évidence, au retour d'un cours d'art, ainsi qu'elle l'a expliqué dans un long texte publié le 16 septembre 2015, après les réactions d'approbation énergique ou de rejet haineux que cette oeuvre avait suscitées. Elle, qui d'ordinaire utilise le charbon de bois pour dessiner, a recueilli son sang dans une coupe menstruelle, et s'est mise au travail.

La puissance de l'art conjugué à l'humour

"Cela semblait une évidence. Cela m'est venu la première fois le dernier jour de mes règles. Il me fallait peindre la tête de Donal Trump avec mon sang menstruel, en réponse à son commentaire à l'encontre de Megyn Kelly de Fox News, lors d'un débat télévisé, demandant qu'elle se tienne loin de lui, parce qu'il pouvait voir le sang sortir par ses yeux, sortir d'elle par tous les endroits possibles.

Cela me paraissait scandaleux que quelqu'un aspirant à devenir président des Etats Unis - pas seulement petit gouverneur régional ou milliardaire comme tant d'autres, mais président - pouvait avoir dit cela et continuer à être dans la course. Penser qu'il pouvait ainsi parler de l'une des fonctions de base du système de reproduction des femmes, pas pour évoquer des questions politiques, mais pour insulter l'intelligence de Megan Kelly, et au delà celle de toutes les femmes, était une insulte et devait être rappelé à l'ordre.

Pensez à cela : si l'animateur de Fox avait été un homme, Trump aurait-il dit 'Oh peut-être que ce monsieur à besoin d'une coloscopie ?'. Bien sûr que non.

Les femmes ont réagi en tweetant à propos de leurs règles avec le hashtag #periodsarenotaninsult (les menstruations ne sont pas une insulte), ce qui était un bon début. Mais pour moi, on pouvait décupler la puissance de la riposte avec encore plus d'humour. Je pense que l'on peut se servir de l'art, surtout s'il est drôle, pour commencer à dégonfler l'arrogance de Donald Trump et redonner confiance à tous ceux qui sont terrifiés à l'idée de voir leur pays dirigé par un crétin raciste comme lui.

Cela pouvait sembler une petite chose, mais je pense que cette honte portée au sang menstruel fait partie de cette honte générale du corps que l'on veut faire peser sur les filles et les femmes de nos sociétés. Lutter contre cette honte est un petit pas pour redonner confiance aux femmes qui ont le courage de se battre pour l'égalité.

(.../...) De nombreuses réactions, à mon portrait de Trump, qui ont circulé sur Internet, émanent de personnes qui se sont senties outragées, dégoûtées par cette oeuvre, et me trouvent donc moi aussi dégoûtante. Mais ce qui est vraiment dégoûtant, ce sont les propos racistes de Donald Trump contre les Mexicains (
ils les avaient traités de violeurs, ndlr) ou d'autres migrants, et son sexisme affiché. Ce qui est vraiment outrageant ce sont ces milliers de réfugiés venus d'Amérique centrale, et parmi eux beaucoup de femmes et d'enfants, qui espèrent une meilleure vie aux états Unis et que l'on parque dans des centres de détention.

Il y a plein de choses outrageantes dans ce monde, et ma petite oeuvre d'art ne peut que se trouver tout en bas de la liste.
"

Sarah Levy, cohérente jusqu'au bout, a annoncé que l'argent tiré de la vente de son oeuvre sur le site ebay irait à une association s'occupant des réfugiés et autres migrants.

Et voici "comment peindre Donald Trump, en cinq étapes faciles", propose avec un humour qui plairait à l'auteure, un internaute.