Raymonde Tillon, éternelle résistante

Raymonde Tillon dans son appartement
Raymonde Tillon dans son appartement
(DR)

Raymonde Tillon est décédée, dimanche 17 juillet, dans un silence médiatique assourdissant. Communiste, résistante, combattante pour toutes les libertés, Raymonde Tillon-Nédélec avait connu les camps de la mort avant d'être élue députée des Bouches-du-Rhône. Elle faisait partie des 33 premières femmes élues en France. Un vie semée d'épreuves. 

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Quelques articles dans les journaux, aucun sujet dans les JT, un communiqué lapidaire de l'Elysée, c'est ainsi : la hiérarchie de l'information, avec l'effroyable carnage de Nice, a occulté la disparition d'une grande dame, Raymonde Tillon.

Née le 22 octobre 1915 à Puteaux (Hauts-de-Seine), Raymonde Tillon est orpheline à 4 ans. Pensionnaire à l'orphelinat d'Arcueil, elle ne supporte guère l'autorité des soeurs qui gèrent l'établissement. 

(DR)

Plus tard, elle s'enfuira de son pensionnat pour rejoindre sa soeur et son frère, militant communiste et syndicaliste. Elle rencontre ainsi les chefs du mouvement ouvrier. Elle s'engage dans le Parti communiste.
Son combat ? L'injustice sociale. 
Il y a du travail.

Elle épouse en 1935 Charles Nédelec, militant communiste, avant de s'installer avec lui à Marseille.

Un an plus tard, après les accords de Matignon, elle exulte après la promulgation des lois sociales : "On allait vers des libertés qu'on n'avait jamais obtenues jusque-là. Depuis qu'on avait quitté l'école, on n'avait pas de congés payés. Et tout d'un coup, on avait quinze jours !"

Après le pacte germano-soviétique, elle doute du Parti communiste et entre dans la résistance. Elle distribue des tracts, placarde des affiches, offre l'abri à des clandestins.


Raymonde est arrêtée le 31 mars 1941 sur dénonciation. Elle est condamnée aux travaux forcés à perpétuité par une section spéciale de Vichy. Elle passe trois ans dans les prisons françaises. Quand les SS viennent la chercher à la prison de Rennes, bravache, elle chante avec ses compagnes d'infortune La Marseillaise et le Chant du départ.

Des femmes travaillant dans le camp de Ravensbruck situé <span class="nowrap">80 km</span> au nord de Berlin
Des femmes travaillant dans le camp de Ravensbruck situé 80 km au nord de Berlin

Ravensbrück, parmi des femmes-cobaye


Nous sommes début 1944.
Direction Ravensbrück, dans l'un des derniers convois qui partaient pour l'Allemagne. Il s'agit d'un camp de concentration presque exclusivement réservé aux femmes : "Des SS avec la schlague (coups de baguette sur le dos, ndlr), tout le temps ! Les femmes étaient pires que les hommes. Elles se vengeaient d'avoir un pouvoir sur les autres". 

Dans ce camp, les femmes servent de cobaye à des firmes pharmaceutiques allemandes, telle Bayer. Pour tenir, elle chante avec d'autres femmes, récite des poèmes. Crevant de faim, les détenues s'échangent des recettes de cuisine. Elle travaillera aussi dans des ateliers d'armement. Au risque de sa vie, au gré de ses moyens, elle résiste  encore et toujours: "On a saboté dans tous les ateliers. Nous sommes restées un an à Leipzig et pendant un an, nous avons saboté. Dans tous les ateliers."

130 000 femmes sont passées à Ravensbrück. 90 000 y ont été assassinées.
En majorité, des femmes de confession juive. Elle s'évade le 20 avril 1945, peu de temps avant l'armistice du 8 mai 1945. Elle  rentre à Marseille : "Quand je suis revenue à Paris, pesant à peine 35 kg, j'ai appris le décès de mon mari, mort d'épuisement dans la Résistance."
 

"Les femmes étaient reconnues comme des citoyennes"


La guerre finie, Raymonde Tillon rentre à la CGT des Bouches-du-Rhône et devient responsable de la Commission féminine, chargée de défendre les intérêts des femmes syndiquées.

En septembre 1945, elle est élue conseiller général du 6e canton de Marseille, peu avant d'être élue à l'Assemblée constituante, le 21 octobre, en 3e position dans la première circonscription des Bouches-du-Rhône sur la liste communiste conduite par François Billoux . 60 ans plus tard, elle se souviendra : "On était émues. Les femmes étaient reconnues comme des citoyennes, en tenant compte de leur travail dans la Résistance. Nous étions de partis différents. Mais nous nous disions: enfin ! ".

L'Assemblée nationale. RAymonde Tillon, en septembre 1945,  fut élue conseillère générale du 6e canton de Marseille, peu avant d'être élue à l'Assemblée constituante, le 21 octobre.
L'Assemblée nationale. RAymonde Tillon, en septembre 1945,  fut élue conseillère générale du 6e canton de Marseille, peu avant d'être élue à l'Assemblée constituante, le 21 octobre.
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En 1951, elle se remarie avec Charles Tillon, ministre et dirigeant du PCF, ancien commandant des F.T.P et avec qui elle aura deux enfants.

En 1970, Raymonde et Charles sont exclus du PC, après les événements de Prague qu'ils condamnent. Elle prend sa plume qu'elle trempe dans l'acide pour rédiger une lettre à la cellule d'Aix-en-Provence où elle explique les motifs de son départ : "Si je suis restée communiste dans les camps de la mort, je demeure solidaire de tous les communistes qui, en Tchécoslovaquie comme en France, luttent pour l'union de toutes les forces dont le combat vaincra le nouvel esprit de démission ou de résignation qui sert sournoisement toutes les formes de réaction hostiles à la liberté de chaque peuple à devenir maître chez lui pour assumer l'avenir. " 

Pierre Laurent, du journal  L'Humanité,  tient à préciser : "Son exclusion du parti en 1970 pour protestation contre l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie, fut déclarée comme nulle et non avenue en 1997 par nos instances, quand le PCF décide de mettre un terme à cette pratique de l'exclusion politique"

Les larmes de l'indignation

Indignation mouillée de larmes quand Maurice Papon est remis en liberté pour raison de santé après moins de trois ans de prison. L'ex-secrétaire général de la préfecture de Gironde avait été condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité.

Maurice Papon à la préfecture de Bordeaux, en avril 1945.
Maurice Papon à la préfecture de Bordeaux, en avril 1945.
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Il avait mis en place l'organisation de la déportation vers les camps de la mort des Juifs de la région.

Raymonde Tillon se confie alors, particulièrement émue, à une équipe de France 3 Rennes : "Il savait où il les envoyait. Si les gens ne savaient pas à ce moment-là, lui savait que ces gens partaient en fumée. Un être ignoble. On le libère parce qu'il est âgé, parce que la prison ne correspond pas à sa santé ! J'ai honte pour mon pays."

Le détenu Papon, incarcéré au quartier des VIP de la Santé, a bénéficié jusqu'au bout d'un traitement de faveur. Le Journal Le Parisien précisera : "Seules quelques injures hurlées par une poignée d'anonymes sont venues troubler la sortie de prison du condamné. La silhouette à peine voûtée, Maurice Papon s'est installé sans peine à l'avant de la berline conduite par son avocat, sans réagir aux « Assassin, collabo, facho » qui fusaient. La rue est restée calme.."

Veuve en 1993, Raymonde Nédélec-Tillon publie en 2002, J'écris ton nom, Liberté, sorte de récit autobiographique. Ultime hommage, la comédienne et auteure Sylvie Gravagna s'est inspirée de sa vie pour créer l'un des personnages de sa pièce  "Une vraie femme", jouée en ce moment dans le cadre du festival off d'Avignon.
Il n'est donc pas trop tard pour lui rendre hommage...