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RDC : Leila Zerrougui, nouvelle cheffe de la Monusco, la mission la plus importante des Nations Unies

<div>Leila Zerrougui a plus de trente ans d’expérience en droit international et en protection des civils. Sur ce cliché, elle intervient comme rapporteure du groupe de travail sur les détentions arbitraires à Guantanamo Bay, à Genève en juin 2005</div>
Leila Zerrougui a plus de trente ans d’expérience en droit international et en protection des civils. Sur ce cliché, elle intervient comme rapporteure du groupe de travail sur les détentions arbitraires à Guantanamo Bay, à Genève en juin 2005
AP Photo/Keystone, Martial Trezzini

Algérienne, juriste de formation, Leila Zerrougui, spécialiste de la défense des  femmes et les enfants,  vient d'être nommée cheffe de la Monusco, la mission de paix en République démocratique du Congo (RDC). Un nouveau défi pour cette  infatiguable défenseure des droits humains, première Africaine, et deuxième femme, nommée à la tête d'un corps expéditionnaire de l'ONU.

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" J'aime bien aller sur le terrain. J'ai passé quatre ans au Congo à travailler dans une zone de conflit. Rencontrer les enfants est toujours une chose qui me touche énormément" confiait-elle en 2014 devant un public de jeunes filles.

Leila Zerrougui va donc  retrouver ce pays martyrisé par d'incessantes violences où les personnes les plus vulnérables, les femmes et les enfants, sont d'abord les premières victimes.
Leila Zerrougui en 2013
Leila Zerrougui en 2013
(capture écran)


Elle connaît bien la République démocratique du Congo (RDC), elle qui fut adjointe de la mission de l'ONU  entre 2008 et 2012 avant d'être nommée "Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés" au sein des Nations unies.

En la nommant cheffe de la Monusco (acronyme de "Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo"), la mission de paix en RDC, Antonio Guterres, le patron (secrétaire général) des Nations unies, impose une femme de caractère, fine juriste, qui a à son actif plus de trente ans d’expérience en droit international et en protection des civils. 

Il y avait deux candidats finalistes à ce poste à haut risque. Leila Zerrougui et le Sénégalais Abdoulaye Bathily, un profil jugé " consensuel ", contrairement à celui de la  diplomate algérienne, jugée,  curieusement, "moins opérationnelle".
Leila Zerrougui succède ainsi au nigérien Maman Sidikou.

La Monusco
Présente depuis 1999 en RDC, elle compte 18 000 militaires et policiers, plus de 4 000 civils, un budget annuel de 960 millions d’euros. Il s'agit de la mission de l’ONU la plus importante et la plus onéreuse des Nations unies.
MONUSCO
©TV5MONDE / Commentaire : M. Roubeaud - Montage : S. André

Une juriste de haut rang

Née en 1956 à Souk-Ahras, tout au Nord-Est de l'Algérie, diplômée de l’École nationale d’administration d’Alger en 1980, elle a d'abord été juge des mineurs et juge de première instance de 1980 à 1986, ainsi que juge près la Cour d’appel de 1986 à 1997.
L'année suivante et jusqu'en 2000, elle entre au cabinet du ministre de la Justice en qualité de conseillère juridique. Avant d'être nommée à la Cour suprême algérienne, une autre fonction prestigieuse. "Elle laisse le souvenir d'une juriste pas du tout politisée, plutôt une technicienne du droit. Elle s'est spécialisée dans la protection des femmes et des enfants, c'est à dire des catégories les plus faibles et les plus fragilisées, notamment vis à vis de la législation algérienne. C'était une des très très rares femmes dans ce créneau-là,  en Algérie. On peut imaginer qu'elle a dû lutter contre les préjugés et contre son milieu d'origine : elle est de l'Est algérien, d'une région extrêmement conservatrice " précise Slimane Zhégidour, éditorialiste à TV5Monde.

Elle était sur notre chaîne le 20 mars 2013, au musée du quai Branly,  lors du Forum mondial des femmes francophones :

(a)TV5Monde

Un an plus tard, à l'occasion  la Journée Internationale de la Femme,  Leila Zerrougui, alors Représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU pour les enfants et les conflits armés est interrogée par quatre enfants,  élèves au lycée pour filles de Blackheath (Londres).
Claire, concise, adaptant au mieux ses réponses à son jeune public, elle revient, encore et toujours, sur ce qui lui tient  à coeur : la défense des plus faibles dans les conflits armés :

Auditionnée par le Conseil de sécurité, en septembre 2014, elle se disait "consternée par le mépris total pour la vie humaine dont a fait preuve l'Etat islamique lors de son avancée rapide en Syrie et en Irak." Elle décrivait pour la première fois l'utilisation d'enfants soldats dans les rangs du groupe djihadiste qui " utilise des garçons âgés d'à peine 13 ans pour transporter des armes, garder des endroits stratégiques et arrêter des civils.", tout en rappellant que d'autres enfants " participent à des attentats suicide ".

Il faut protéger les enfants des gangs

Leila Zerrougui, qui est née pendant la guerre d'Algérie (1954-1962)  sait qu'un accord de paix, quand il est signé, ne résout pas tous les problèmes, loin s'en faut. Se pose alors la question de la réadaptation des enfants dans la vie civile.
En novembre 2013, elle confiait à Valentin Guinel : "Les enfants restent très vulnérables. Déracinés, traumatisés, entraînés à détruire, il faut maintenant les aider à réintégrer leurs communautés.  Pas si simple quand on a tué et violé ou quand on est une jeune fille et que l’on revient, mère d’un enfant né du viol commis par l’ennemi. Il faut aussi les protéger des gangs qui voient en eux des membres déjà formés aux armes et prêts à servir. Encore."

Des soldats de la paix de l'ONU se tiennent derrière des cercueils des soldats de leurs camarades tanzaniens tués par des rebelles, lors d'une cérémonie commémorative à Beni, dans l'est du Congo, le  lundi 11 décembre 2017.
Des soldats de la paix de l'ONU se tiennent derrière des cercueils des soldats de leurs camarades tanzaniens tués par des rebelles, lors d'une cérémonie commémorative à Beni, dans l'est du Congo, le  lundi 11 décembre 2017.
(Photo AP / Al-Hadji Kudra Maliro)
C'est la deuxième fois qu'un corps expéditionnaire de maintien de la paix et de l'ONU, qui est un univers hyper masculin de part sa vocation militaire, est dirigé par une femme, qui plus est une africaine, qui plus est une "musulmane". 
Slimane Zeghidour, TV5MONDE

En RDC, la situation  connaît toujours une tension extrême. 
Le second mandat du président congolais Joseph Kabila a expiré en décembre 2016.
Selon le dernier  rapport de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), le pouvoir serait à l'origine des violences commises dans le Grand  Kasaï. L'ONG parle de "chaos organisé" dans cette province située au coeur de  la République démocratique du Congo. La manoeuvre consisterait à retarder ainsi le processus du cycle électoral.
Slimane Zeghidour, quand il évoque Leila Zerrougui à la tête de la Monusco, remarque le bouleversement qu'entraîne cette nomination :
"C'est la deuxième fois qu'un corps expéditionnaire de maintien de la paix et de l'ONU, qui est un univers hyper masculin de part sa vocation militaire, est dirigé par une femme, qui plus est une africaine, qui plus est une "musulmane".  Tout cela est un message pour une gestion plus moderne de ce type de crise". 
Leila Zerrougui avait été précédée à une telle fonction par Sandra Honoré à la tête de la MINUSTAH - Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti. Originaire de Trinité-et-Tobago (Caraïbes), elle occupe ce poste depuis 2013.

Leila Zerrougui prendra, elle, ses fonctions le 1er février 2018.
Elle sera au coeur du chaos. Même si certains doutent de l'efficacité de son action...