Première femme candidate à la présidentielle nigériane

Affiche de campagne de Remi Sonaiya, candidate à la présidentielle nigeriane.

Elle est l'unique nigériane à se présenter à l’élection présidentielle du 28 mars 2015. Remi Sonaiya, qui fait face à deux importants rivaux, a choisi de faire campagne en jouant sur la vérité et la transparence, des valeurs prônées par son parti. 

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« Nous avons assez joué les pom-pom girls ! Les femmes ne peuvent continuer à n’être que des supportrices dans ce pays ! », s’écrit Remi Sonaiya, à un débat à Lagos, en compagnie de femmes d’affaires (du Cosmopolitan Women’s Club) venues discuter de la place des femmes dans le débat politique nigerian. 

9% de candidates Nigerianes aux dernières législatives

Remi Sonaiya, universitaire, est la seule candidate à l’élection présidentielle du Nigeria du 28 mars 2015. Ses adversaires : le président sortant Goodluck Jonathan et l’ancien général Muhammadu Buhari. A 60 ans, Remi Sonaiya a osé s’aventurer dans un monde d'hommes.

Des femmes sont à la tête de grandes entreprises ou dans des postes clés de l’administration comme Arunma Oteh, à la tête de la Commission de régulation des marchés, où elle a tenté, non sans mal, de lutter contre la corruption. Mais les femmes sont encore rares en politique.

Deux femmes sont à des ministères stratégiques : Ngozi Okonjo-Iweala, ministre des Finances et ancienne directrice générale adjointe de la Banque mondiale ainsi que Diezani Alison-Madueke chargée des questions liées au pétrole, et première femme à avoir accédé à la présidence de l’Opep. Mais les femmes ne représentaient seulement que 9% des candidats aux dernières législatives. 

Une campagne basée sur la transparence

Remi Sonayia, fait campagne avec le parti KOWA, composé de 10 à 15 000 membres, tous des technocrates. Pas de jet privé, de meetings gigantesques ou de distribution de cadeaux. La candidate entend montrer qu’il est possible de faire campagne avec un petit budget et une équipe réduite. Elle a choisi également de voyager en classe économique, en accord avec les valeurs de son parti : « l’honnêteté, la vérité, l’efficacité, le dur labeur et la transparence »

« La politique a mauvaise réputation au Nigeria. Encore récemment, un gouverneur a déclaré qu’on ne pouvait pas faire de politique sans être un menteur », regrette la candidate. 

"Des mains propres et compétentes", affiche de campagne de Remi Sonayia.

Remi Sonayia a fait des études de français au Nigeria et aux Etats-Unis, où elle a été diplômée en littérature à Cornwell. Elle a également enseigné la linguistique à l’Université Obafemi Awolo au Nigeria. 

Mariée à un professeur en Sciences vétérinaires, elle est mère de deux enfants et grand-mère. A la retraite, elle aime chanter, cuisiner, écrire et voyager. Elle est aussi l’auteure de trois livres sur le Nigeria.

Une femme à la tête du pays le plus peuplé d’Afrique ? 

Remi Sonayaia a également un site internet, où elle se dit particulièrement sensible aux victimes d’injustices : les enfants, les femmes, les pauvres, les handicapés ainsi que les jeunes, qui supportent le poids de la corruption très répandue dans le pays et qui doivent faire face à des taux de chômage importants.  « Je fait campagne, car j’ai l’intime conviction que quelqu’un doit le faire. Je veux dire quelqu’un d’ordinaire, un réel représentant du peuple », écrit-elle sur son site. 

Remi Sonyaia, se considère d'ailleurs parfaitement légitime à ce poste. « Je suis compétente pour me présenter à la présidentielle du Nigeria. Comme l’a dit Barack Obama, qui pensait qu’il y avait une place pour un homme noir comme lui en Amérique et bien il y a une femme comme moi qui pense que le Nigeria a une place pour elle, et même en tant que dirigeante », a-t-elle déclaré en janvier dernier à la télévision nigeriane.

Pour  Ebere Ifendu, dont l’ONG milite pour la mise en place de quotas afin de faciliter l’accès des femmes à des fonctions électives, des étapes restent encore à franchir avant qu’une femme puisse diriger le pays le plus peuplé d’Afrique (173 millions d’habitants). Remi Sonayia a en effet encore peu de poids face aux énormes machines électorales des deux autres candidats.

Mais Ibere Ifendu garde espoir. « Si nous arrivons à rompre ce cycle infernal et à élire une femme gouverneure à la tête d’un Etat au Nigeria en 2015, je vous assure qu’assez rapidement nous pourrons avoir une femme vice-présidente ou même présidente du pays », soutient-elle.