Reporters sans Frontières met les Indiennes à l'honneur dans son nouvel album

C'est une tradition vieille de 25 ans : l'album de Reporters Sans Frontières nouveau est arrivé. Cette année, le recueil de photographies a pointé son objectif sur les femmes qui changent l'Inde.

dans
Sharmishta, étudiante en cinéma et arts du spectacle (© Olivia Arthur/Magnum Photos)
Sharmishta, étudiante en cinéma et arts du spectacle (© Olivia Arthur/Magnum Photos)
Si, globalement, on sait qu'en Inde le Premier ministre s'appelle Manmohan Singh, nombreux sont ceux qui ignorent que son chef de l'Etat est une femme : la Présidente Pratibha Patil. Elle occupe cette fonction depuis 2007 et, bien que son rôle soit d'une importance moindre par rapport à celui du Premier ministre, elle est le symbole d'un pays qui évolue vers une reconnaissance des femmes comme pivot important de la société.

C'est à ces femmes que Reporters Sans Frontières rend hommage dans son nouvel album (sorti le 15 septembre), intitulé Elles changent l'Inde - 100 photos pour la liberté de la presse. 6 photographes professionnels ont collaboré à ce numéro, chacun traitant des femmes dans un aspect particulier de la société de "la plus grande démocratie du monde".

L'américaine Alessandra Sanguinetti a photographié les femmes de Bollywood, rappelant leur intégration dans ce moteur de la culture indienne. Martine Franck, photgraphe belge, s'est penchée sur les femmes économiques du pays en montrant la diversité et la vitalité du microcrédit. Alex Webb a lui choisi de braquer son objectif sur des Indiennes ayant choisi d'exercer le métier de leur choix, bravant les contraintes sociales et familiales liées à leur sexe. La britannique Olivia Arthur s'est elle intéressée à l'éducation des filles dans un pays où les inégalités garçons/filles, à l'école notamment, demeurent importantes. Le français Patrick Zachmann a choisi de traiter du rôle des Indiennes dans la vie politique locale, en photographiant les femmes d'un panchayat de l'Etat du Tamil Nadu. Enfin, l'indien Raghu Rai a dressé les portraits de quelques unes des Indiennes célèbres qui font avancer la cause des femmes dans son pays.

Loin d'être alarmiste, l'album est une collection de clichés et portraits vivants et colorés de femmes épanouies et volontaires. Le message est donc au changement : les Indiennes ont vu leur statut évoluer de manière positive, par le biais de grandes figures historiques, politiques, économiques ou culturelles. La Constitution du pays établit l'égalité fondamentale entre femmes et hommes, et le droit à la dignité. Des lois ont aussi été votées en faveur des femmes. Par exemple, en mars 2010, un projet d'amendement de la Constitution, obligeant qu'au moins un tiers des sièges du Parlement et des différentes assemblées représentatives du pays soient réservés aux femmes, a été adopté à la quasi unanimité (une seule voix s'était exprimée contre, sur les 192 députés participants au vote).

Anjolie Ela Menon, artiste peintre contemporaine (© Raghu Rai/Magnum Photos)
Anjolie Ela Menon, artiste peintre contemporaine (© Raghu Rai/Magnum Photos)
Une société en évolution

Il ne faut cependant pas oublier que les différences sociales entre hommes et femmes restent importantes dans le pays. L'Inde reste un pays où le harcèlement sexuel et psychologique (pouvant conduire un certain nombre de femmes au suicide - près de 5000 femmes se sont suicidées suite à des tortures psychologiques en 1997 en Inde), les violences domestiques ou le viol sont des pratiques hélas trop courantes.

D'après le Fond des Nations Unies pour la Population, 55% des Indiennes sont victimes de violence par leur père/frère/époux. Quotidiennement, 14 femmes meurent sous les coups de leurs maris. Même si ces chiffres sont en baisse par rapport à la période coloniale (grâce, notamment au développement de l'éducation des filles), ils restent dramatiquement élevés.

Par ailleurs, que ça soit dans les domaines de l'éducation et de la liberté de travail, les Indiennes restent derrière leurs compatriotes masculins. Ainsi, seulement 65% des femmes sont alphabétisées, alors que 82% des hommes le sont. Ce déficit explique l'impossibilité d'une grande part des Indiennes à travailler de manière indépendante, faute d'éducation. Elles sont alors contraintes à l'exploitation dans les champs pour un salaire moindre, l'Inde demeurant un pays très rural. Par ailleurs, le manque d'enseignement entrave le développement d'un planning familial raisonné, les services de santé publique préférant préconiser la stérilisation plutôt que la contraception.

Mais les mentalités évoluent. Aujourd'hui, 88% des filles sont scolarisées dans le primaire, et 52% dans le secondaire. Les femmes sont présentes dans les assemblées politiques, et ont donc le pouvoir décisionnaire de faire évoluer encore la situation. Elles sont désormais aussi présentes dans tous les corps de métiers.

Cet album de Reporters Sans Frontières est donc plus à voir comme une borne dans la lutte pour l'égalité des sexes dans ce qui sera d'ici 2030 le pays le plus peuplé du monde. L'intégralité des recettes de vente des albums seront reversées à Reporters Sans Frontières, qui se finance à hauteur de 50% par ce biais. Vous pourrez en outre voir ces photographies pleines de vie, messagères d'espoir, en très grand format à Paris, au Petit Palais, du 21 octobre 2011 au 8 janvier 2012.