Rio 2016 - Des athlètes réfugiées aux JO : le rêve après l’horreur

L'équipe des 10 athlètes réfugiés des JO pose sur le Corcovado, devant la légendaire statue du Christ rédempteur, à Rio, avec les sportives au premier plan.
L'équipe des 10 athlètes réfugiés des JO pose sur le Corcovado, devant la légendaire statue du Christ rédempteur, à Rio, avec les sportives au premier plan.
AP Photo/Felipe Dana

Pour la première fois dans l’histoire des Jeux olympiques, une équipe de réfugiés dont la moitié de femmes, participera à la compétition. Lors de la cérémonie d’ouverture, la délégation défilera sous la bannière et l’hymne olympique, juste avant les Brésiliens.

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Dix athlètes, réfugiés congolais, syriens, soudanais et éthiopiens,  ont été retenus pour participer aux Jeux olympiques. Parmi eux, quatre femmes. Yolande Mabika, Yusra Mardini, Rose Nathike Lokonyen et Anjelina Nadai Lohalith vont combattre, nager et courir pour l’exploit sportif, humain, et en espérant parfois pouvoir retrouver leurs familles. Voici leurs parcours hors norme à l'approche de la compétition.
 

Yolande Mabika : le long combat d’une judokate congolaise réfugiée à Rio

 
Le 3 juin 2016, la judokate Yolande Mabika apprend sa sélection dans l’équipe de réfugiés aux Jeux Olympiques de Rio.  Plus qu’un accomplissement sportif, la congolaise voit dans sa participation à la compétition l’occasion de retrouver la trace de sa famille.

La judokate Yolande Mabika s'entraîne à Rio en juillet 2016.
La judokate Yolande Mabika s'entraîne à Rio en juillet 2016.
AP Photo/Felipe Dana

Alors qu’elle n’est encore qu’une jeune enfant, les affrontements dans l’Est de la République Démocratique du Congo obligent Yolande Mabika à fuir la ville de Bukavu, en laissant derrière elle ses proches. C’est dans le camp pour enfants déplacés de Kinshasa qu’elle se passionne pour le judo. Très vite, elle commence la compétition au Congo, puis à l’international, dans des conditions très difficiles : « Les entraînements étaient terribles, on n’avait même pas cinq minutes pour boire, on était frappés. C’était si violent qu’on en sortait souvent blessés, ou en sang. » rapporte Le Temps

En 2013, elle participe aux championnats du monde de judo à Rio. Alors que son entraîneur lui impose un régime alimentaire très contraignant, lui confisque son passeport, ses économies et la confine dans sa chambre d’hôtel, elle décide de s’enfuir. Elle raconte au Temps : « J’ai franchi la porte de l’hôtel sans me retourner, et j’ai parlé en français à tous les Noirs que je croisais… Jusqu’au moment où quelqu’un m’a emmenée dans un salon de coiffure africain et m’a mise en contact avec la communauté congolaise. »
 
Sans aucune connaissance du Brésil ni du portugais, elle obtient le statut de réfugiée et reprend le judo. Six jours sur sept, et après un trajet de deux heures et demie à travers les favelas, elle rejoint le dojo de l’Institutio Reaçao pour s’entrainer auprès du médaillé Olympique Flavio Canto. 
 
Le rêve de médaille de Yolande s’accompagne de celui de sortir de la misère des favelas brésiliennes et de retrouver sa famille grâce à la médiatisation des Jeux olympiques.
 
HCR - Vidéo en portugais sous-titrée en anglais

Yusra Mardini :  réfugiée syrienne, devenue porte drapeau de la délégation 


Pour fuir leur Syrie natale en pleine guerre civile, Yusra Mardini, 17 ans, et sa grande sœur embarquent sur un bateau pneumatique surchargé en août 2015. La plupart des passagers ne savent pas nager. Après 15 minutes de traversée, le moteur du véhicule s’arrête. Les deux sœurs et deux hommes plongent dans l’eau et tirent le bateau pendant trois heures. Yusra Mardini, raconte en souriant, lors de sa rencontre avec les journalistes de France TV info : « Ma sœur m’a dit : ' Non, toi tu restes a bord '. Sur le bateau tout le monde était terrorisé, et nous, on se disputait au milieu de la mer. »  
 
Yusra Mardini à l'entraînement, à Berlin, en novembre 2015
Yusra Mardini à l'entraînement, à Berlin, en novembre 2015
AP Photo/Michael Sohn

Quelques heures plus tard, tous les passagers débarquent sur les côtes grecques, sains et saufs. Après un nouveau périple en train qui lui fait traverser la Grèce, l’Autriche et l’Allemagne, Yusra Mardini se retrouve à Berlin, dans un camp de réfugiés près du stade olympique. Elle reprend ses études, le club de natation Wasserfeunde Spandau 04 la convie à un entraînement et elle est repérée par l’entraîneur qui la prend sous son aile. 

Bien loin des sept entraînements hebdomadaires dans la piscine Olympique de Damas sous les bombardements, Yusra Mardini a été désignée porte drapeau de la délégation des athlètes réfugiés. Avec d’infimes chances de médailles, la jeune fille de 18 ans participera à l’épreuve du 200 mètres nage libre le lundi 8 août.
 
HCR - Vidéo en anglais

Rose Nathike Lokonyen : le talent insoupçonné 

Il y a deux ans, elle n’avait jamais participé à une course. En cet été 2016, elle représente l’équipe des réfugiés à l’épreuve d’athlétisme du 800 mètres.

Rose Nathike Lokonyen s'entraînait au Kenya, le 30 juin 2016
Rose Nathike Lokonyen s'entraînait au Kenya, le 30 juin 2016
AP Photo/Khalil Senosi

C’est lors d’une compétition scolaire organisée en 2015 dans son camp de réfugiés du nord du Kenya que la Soudanaise de 23 ans a surpris tout le monde - elle comprise - par son talent. Sans chaussures et sans jamais s’être entraînée, elle est arrivée deuxième d’une course de 10 kilomètres. 

Après treize années passées dans le camp de Kakuma, qu’elle avait rejoint pour fuir les conflits du Soudan du Sud, elle s’installe près de la capitale kenyane pour se préparer à sa participation aux Jeux olympiques de Rio.
 
Mercredi 17 août 2016, elle sera sur la ligne de départ du 800 mètres pour décrocher une médaille, et pourquoi pas beaucoup plus : « Je serai la représentante de mon peuple à Rio. Peut être que si je suis victorieuse, je pourrai revenir dans mon pays et courir pour promouvoir la paix et unir les gens. »

HCR - Vidéo en anglais

Anjelina Nadai Lohalith : une course de 1 500 mètres pour aider sa famille

A l’âge de six ans, Anjelina Nadai Lohalith quitte tout : sa famille, ses amis, sa maison et son pays, le Soudan du Sud. Pour fuir les combats, elle rejoint le camp de Kakuma, où Rose Nathike Lokonyen, sa concitoyenne, sera elle aussi accueillie, comme plus de 75 000 autres réfugiés. La moitié d’entre eux ont moins de 17 ans. 

Anjelina Nadai Lohalith que l'on voit ici à l'entrainement (à gauche), avec sa compatriote Rose Nathike Lokonyen
Anjelina Nadai Lohalith que l'on voit ici à l'entrainement (à gauche), avec sa compatriote Rose Nathike Lokonyen
AP Photo/Khalil Senosi

Seule, et sans contact avec ses parents depuis son arrivée au Kenya, elle reconstruit sa vie et participe à plusieurs rencontres sportives à l’école primaire. Des entraîneurs  professionnels, à la recherche d’athlètes prometteurs, la remarquent : « J’ai été très surprise […] quand j’étais à l’école primaire, j’avais l’habitude de courir pour m’amuser. Mais, durant la sélection, c’était comme un tribunal, et tout d’un coup ils vous disent "vous allez vous entraîner avec nous" », raconte-t-elle dans un reportage du C.I.O. Depuis, elle a eu la chance de courir aux côtés des meilleurs, dont Tegla Loroupe, ancienne marathonienne championne Olympique.  

En cas de victoire au 1500 mètres à Rio, la première pensée de la Soudanaise de 21 ans ira à sa famille : « Je verrai plein de nouveaux endroits. Peut être que je pourrai gagner de l’argent pour au moins améliorer un peu la vie de ma famille. »

HCR - Vidéo en anglais

Suivez  la délégation des réfugiés sur Twitter avec son compte @RefugeesOlympic et le mot dièse #TeamRefugees

Les réfugiés au Brésil, quelques chiffres :

En avril 2016, le pays comptait 8 863 personnes ayant obtenu le statut de réfugiés ;
Ils sont essentiellement originaires de Syrie, d’Angola, de République Démocratique du Congo et de Palestine ;
Entre 2010 et 2015, le nombre de demandeurs d’asile a augmenté de 2 868%, passant de 966 à 28 670.
En 2014, les femmes représentaient 30% des demandeurs d’asile dans l’Etat de Rio. Le pourcentage a atteint 40,4% en 2015 et s’élève à 50% en 2016.
 

Sources UNHCR ACNUR et données de Caritas Arquidiocesana de Rio de Janeiro rapportés par EBC Agencia Brasil