Rio 2016 - Une pancarte brandie aux JO pour que les Iraniennes entrent enfin dans les stades

Darya Safai brandit une banderolle pour protester contre les mauvaises manières faites aux sportives iraniennes pratiquant le volley ball, durant le match masculin opposant la Russie à l'Iran le 15 août 2016 à Rio de Janeiro
Darya Safai brandit une banderolle pour protester contre les mauvaises manières faites aux sportives iraniennes pratiquant le volley ball, durant le match masculin opposant la Russie à l'Iran le 15 août 2016 à Rio de Janeiro
AP Photo/Jeff Roberson

Coup d'éclat d'une citoyenne belgo-iranienne aux Jeux olympiques 2016 de Rio. La jeune dentiste, militante des droits humains Darya Safai, connue pour son engagement envers les sportives iraniennes a brandi, deux fois, une pancarte pour le droit de celles-ci à évoluer sur les stades. Portrait d'une militante irréductible et pacifique

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Moins spectaculaire qu'un poing levé façon athlètes afro-américains des Jeux olympiques de Mexico en 1968, mais tout autant visible, la militante belgo-iranienne des Droits des femmes Darya Safai a brandi, lundi 15 août 2016, à Rio une pancarte défendant le droit des Iraniennes à entrer dans les stades, au cours d'un match de volley masculin comptant pour les jeux Olympiques. 
 
Sur la pancarte, déployée par la jeune femme maquillée aux couleurs de son pays lors de la rencontre entre la Russie et l'Iran, on pouvait lire: "Laissez les femmes iraniennes entrer dans leurs stades". En particulier les volleyeuses, interdites de jouer en public et de se mesurer en compétition.
 
L’avant veille, le samedi 13 août, déjà, elle avait brandi la même pancarte lors d'un match entre l'Egypte et l'Iran, attirant l'attention de la sécurité, les messages politiques étant en principe interdits dans les stades car contraires à la charte olympique. Mais elle avait été refoulée par la sécurité des JO...
 

Récidiviste pour la bonne cause

 
Darya Safai est la fondatrice et la responsable du mouvement "Laissez les femmes iraniennes entrer dans leurs stades !", très actif aussi sur les réseaux sociaux. Née en 1975, la jeune femme avait fui l'Iran, acvec son mari, après avoir été emprisonnée durant la révolte étudiante de 1999.  Réfugiée en Belgique, elle a repris ses études et ouvert une clinique dentaire à Anvers. Le mode d'action de son mouvement est résolument pacifique et toujours sur le même mode : muni de banderoles et de T-shirts, le groupe tente d'attirer l'attention dans le monde entier, lors d'événements hautement médiatiques afinde rendre les gens conscients du fait que les femmes iraniennes n'ont pas le droit d'assister ou de partciper à une manifestation sportive. Les militant-es d'efforcent d'agir lorsque des Iraniens sont engagés dans une compétition, comme à Rio. Mais aussi quand ils n'y sont pas, comme à l'occasion du tournoi de football de l'Euro 2016 en France.
 


Darya Safai a écrit un livre bien titré "Marcher contre le vent" et a envoyé en février 2015, une lettre aux responsables de la FIFA (fédération internationale de football) pour leur rappeler que l'article 3 semble ne pas s'appliquer à son pays d'origine : "Toute discrimination d'un pays, d'un individu ou d'un groupe de personnes pour des raisons d'ethnie, de sexe, de langue, de religion, de politique ou pour toute autre raison est expressément interdite, sous peine de suspension ou d'exclusion."

Elle a également échangé quelques propos acerbes avec la présidente du Sénat belge Christine Defraigne qui mettait, selon Darya Safi, les discriminations envers les femmes belges et iraniennes sur un même pied. "Aucun politique occidental n'a poussé le bouchon aussi loin que Christine Defraigne en Iran" écrivait-elle dans une tribune virulente. "Au lieu de dénoncer l'atteinte aux droits des femmes indéniable et largement répandue dans la République islamique d'Iran ou au moins en parler, Christine Defraigne a préféré critiquer la position des femmes en Belgique".

Un pas en avant, un pas en arrière

 
Les femmes en Iran restent victimes de discriminations et doivent toujours porter le voile islamique en public, malgré les protestations qui se diffusent de plus en plus sur les réseaux sociaux.

Elles sont régulièrement interdites d'accès aux stades, sous la pression de certains groupes radicaux, notamment lors de matches de football et volley-ball masculins. La pratique du sport est aussi pour elles souvent compliquée. 
 
En septembre 2013, Shirin Gerami, avait participé, après avoir beaucoup bataillé, au championnat du monde de triathlon, devenant ainsi la première triathlète d'Iran. Un exploit salué alors par le nouveau président iranien, Hassan Rouhani, ce qui avait donné de l'espoir à d'autres sportives de ce pays...

A retrouver dans Terriennes le portrait de Shirin Gerami :

> Shirin Gerami : la première triathlète d'Iran

Fin 2015, une sportive de haut niveau iranienne avait été autorisée, à son tour, par la justice à se rendre au Guatemala pour participer à une compétition internationale, malgré le veto de son mari. La justice était intervenue en la faveur de Niloofar Ardalan pour lui permettre de participer à la Coupe du monde de futsal.
 
La joueuse avait réclamé que "les autorités passent une loi pour les sportives afin qu'elles puissent défendre" leurs droits dans de telles situations.
 

Quand l'exploit aux JO n'est pas seulement sportif...
Quand l'exploit aux JO n'est pas seulement sportif...
AP Photo/Jeff Roberson