Terriennes

Roses blanches et mobilisation tardive du monde musical à #TimesUp lors des Grammy Awards

La chanteuse Miley Cyrus pose devant les photographes, rose blanche à la bouche, lors de son arrivée à la cérémonie des 60ème Grammy Awards, au Madison Square Garden, dimanche 28 janvier 2018, à New York.
La chanteuse Miley Cyrus pose devant les photographes, rose blanche à la bouche, lors de son arrivée à la cérémonie des 60ème Grammy Awards, au Madison Square Garden, dimanche 28 janvier 2018, à New York.
Crédit Evan Agostini/Invision/AP

Les grandes stars anglo-saxonnes de la scène musicale mondiale ont profité des Grammy Awards, dimanche soir à New York, pour (enfin) donner de la voix afin de rejoindre #TimesUp, le mouvement qui a succédé à #MeToo. Après le noir de rigueur aux Golden Globes, cette fois le signe de ralliement était une rose blanche.

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Elles ont des millions de fans à travers le monde, font vibrer les réseaux sociaux au moindre battement de cils ou nouvel émoi amoureux,  vendent des (dizaines de) millions d'albums, et remplissent des stades gigantesques mais on avait jusqu'ici peu entendu leur voix sur le mouvement #MeToo. Un peu comme si sur la question du harcèlement sexuel, le monde de la musique s'était mis en retrait par rapport à l'industrie du cinéma, en pleine remise en cause après l'affaire Weinstein. En début de semaine dernière, le monde de la musique s'est enfin réveillé comme en sursaut, à quelques jours de la prestigieuse soirée de récompenses des Grammy Awards. Un groupe de musiciennes a alors proposé d'arborer une rose blanche en signe de solidarité.
 


La consigne a été en grande partie suivie dimanche soir au Madison Square Garden de New York. La plupart des invité.e.s, de Lady Gaga à Sting, en passant par Khalid ou Cindy Lauper, sont arrivé.e.s en arborant des boutons immaculés à leur poitrail, comme en écho aux mouvements #MeToo et Time's Up à Hollywood.

Rose blanche pour #TimesUp

Sur scène, Lady Gaga a rendu hommage à Time's Up, contre le harcèlement sexuel et pour l'égalité hommes-femmes, suivie de la chanteuse et actrice Janelle Monae lors d'un vibrant monologue.
 


"A ceux qui voudraient essayer de nous faire taire, nous offrons deux mots : c'est fini. Fini les inégalités de rémunérations, la discrimination, le harcèlement sous toutes ses formes, et les abus de pouvoir", a déclaré la chanteuse en présentant une prestation de Kesha laquelle, avec sa chanson "Praying", a rappelé sa bataille contre un producteur qu'elle accuse de l'avoir violée. Sur scène, plus que la rose blanche, les chanteuses qui entouraient Kesha étaient comme elle toute habillées de blanc.

 


Les prix décernés à des dizaines d'artistes femmes dans les catégories majeures dans les années passées pouvaient laisser penser que le sujet de la représentation des femmes dans l'industrie musicale était moins prégnant qu'à Hollywood. Or depuis quelques années déjà, au Canada notamment, des chanteuses et musiciennes se mobilisent pour faire voler en éclats cette illusion et dire haut et fort que dans ce secteur aussi, les femmes restent moins payées que les hommes.

C'est aussi ce qu'a dénoncé Janelle Monae via son compte twitter, citant notamment un article de Billboard consacré à Jody Gerson, première femme à prendre les rênes d'une grande société de musique mondiale, Universal Music Publishing Group en tant que PDG en janvier 2015.


Justement à la question pourquoi «l'affaire Harvey Weinstein n'a pas affecté notre entreprise comme d'autres entreprises», la dirigeante déclare que pour sa part elle s'est engagée à "ne pas sciemment signer un artiste qui a commis un crime violent contre les femmes, ou n'importe qui d'autre." Agée de 56 ans, la dirigeante a aussi rejoint en 2017 le conseil consultatif de l'Annenberg Inclusion Initiative de l'Université de Californie du Sud, une coalition exécutive chargée d'étudier la disparité dans les industries du divertissement et à trouver des solutions pratiques. Le groupe de réflexion a récemment publié un rapport soulignant à quel point les femmes sont sous-représentées dans les échelons supérieurs de ce secteur. Une statistique le montre bien: de 2013 à 2018, 90,7% de tous les candidats aux Grammy Awards étaient des hommes, tandis que seulement 9,3% étaient des femmes. Le rapport montre aussi que dans la production musicale, le rapport entre hommes et femmes est de 49 à 1.

Tribune anti-Trump, mais pas à l'unisson


La soirée des Grammy Awards a permis aussi d'autres prises de position politique chez les artistes féminines. Comme celle de la chanteuse, Camila Cabello. Venue jeune de Cuba avec ses parents vivre aux Etats-Unis, elle a profité de la scène du Madison Square Garden pour rendre hommage aux Dreamers, les bénéficiaires d'un programme permettant à des immigrés arrivés enfants clandestinement aux Etats-Unis de travailler et d'étudier légalement (programme supprimé par le président Donald Trump, ndlr).

Toujours dans le camp des anti-Trump, l'un des moments forts de la soirée fut celui de la prise de parole d'une certaine Hillary C. Celle qui a perdu face au candidat Trump à la Maison Blanche, lit dans une vidéo un extrait du livre-brûlot consacré au président américain, Fire And Fury :  "Il a une très vieille peur de se faire empoisonner. C'est une des raisons pour lesquelles il aime manger chez McDonald's. Personne ne savait qu'il venait et la nourriture était garantie sans danger."


Le clip réalisé à la demande de l'hôte de la soirée, l'animateur vedette James Corden, et dans lequel on peut aussi voir outre Hillary Clinton, plusieurs célébrités dont Snoop dog, Cher, Dj Khaled ou encore John Legend, a été largement partagé sur les réseaux. 

Provoquant une réaction, évidemment peu surprenante de Donald Jr Trump, fils aîné du 45ᵉ président des États-Unis, estimant que "lire extrait de livre #fakenews aux Grammys semble être un grand prix de consolation pour ceux qui ont perdu la présidence".


Autre porte-voix du camp pro-Trump, la chanteuse américaine Joy Villa. L'an dernier, elle s'était illustrée en portant une robe reprenant le slogan de Donald Trump "Make America Great Again". Le nom du président américain était cousu à l'arrière...

Pour cette 60ème cérémonie, elle récidive, cette fois en affichant son engagement du côté des pro-life, les anti-avortement, très puissants aux Etats-Unis avec une robe blanche, mais cette fois rien à voir avec #TimesUp. On y voit un dessin représentant un foetus entouré des couleurs de l'arc-en-ciel, avec sur le côté, le slogan "Choose life" (choisir la vie), s'en expliquant sans retenue sur les réseaux sociaux.
 


Sur son compte Instagram, elle explique avoir peint sa robe elle-même, précisant qu'il s'agit de sa "magnifique fille quand j'étais enceinte de 8 mois en 2007 avant de la laisser à ses parents adoptifs ". Buzz réussi, la photo fait depuis le tour des médias américains. Dommage.