Saamiya Yusuf Omar : une athlète somalienne meurt au large de la Libye

On estime qu'ils sont 18000 à avoir perdu la vie au milieu de la Méditerranée au cours des vingt dernières années. Des hommes, des femmes, des enfants morts noyés dans l'indifférence quasi-générale. Pourtant, aujourd'hui, l'une de ces victimes surgit dans l'actualité. Son visage et son identité s'étalent dans la presse. Son histoire est exceptionnelle. Son dénouement est dramatique.

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Officiellement, Saamiya Yusuf Omar est portée disparue depuis avril dernier. Son drame est raconté par une journaliste italo-somalienne. Sur son blog, elle rapporte le coup de gueule de l'ancien athlète somalien Abdi Bile. Récemment, le médaillé d'or du 1500 mètres aux championnats du Monde d'athlétisme à Rome en 1987 s'est adressé aux membres du comité olympique somalien : "savez-vous ce qu'est devenue Saamiya Yusuf Omar ?". Silence. "Elle est morte pour rejoindre l'Occident. Elle était montée à bord d'une "charrette de la mer" qui, de Libye, devait la conduire en Italie. Mais elle n'y est jamais arrivée."
Selon ses proches interrogés par la BBC, Saamiya Yusuf Omar aurait entrepris cette expédition avec l’espoir de trouver en Italie un entraîneur pour préparer les Jeux Olympiques de Londres.

L'"exploit" de 2008

En 2008, ce sont d'autres obstacles qu’elle avait surmontés. A cette époque, les tribunaux islamiques et les miliciens Al-Chebab règnent sur Mogadiscio et voient évidemment d’un très mauvais oeil qu’une jeune femme se lance dans l’aventure olympique. En juillet, Saamiya Yusuf Omar est pourtant à Pékin. Elle porte le dossard 2895 et court le 200 mètres.


En 32 secondes et 16 centièmes, elle arrive loin, très loin derrière les autres concurrentes. Mais l'expérience est inoubliable. Quelques jours plus tôt, c'est elle aussi qui avait conduit la "délégation" somalienne de deux athlètes... "C'était une expérience merveilleuse, j'ai porté le drapeau de mon pays, j'ai défilé avec les meilleurs athlètes du monde".

Le retour au pays

Lorsqu'elle rentre à Mogadiscio, Saamiya Yusuf Omar fait semble-t-il l'objet de pressions. Les miliciens islamistes ont décidément peu apprécié le voyage de la jeune sportive. En 2010, à 19 ans, elle doit quitter son pays. Direction l'Ethiopie puis la Libye pour continuer à s'entraîner. C'est de Libye qu'elle embarquera en avril dernier. Fin d'une vie de sport et de guerre.

Mise à jour : Une correction a été effectuée à propos du palmarès de l'athlète Abdi Bile.