A Saint-Pétersbourg, l'homophobie fait loi

Le texte interdisant la « promotion de la sodomie, du lesbianisme, de la bisexualité et du transgendrisme » a été adopté en troisième lecture à l’assemblée législative de la deuxième ville de Russie mercredi 29 février. Le climat homophobe qui règne dans le pays rabaisse le débat politique alors que l'élection présidentielle aura lieu dimanche 4 mars.

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Des « sous-hommes » qu’il faudrait « traiter » par « l’isolation  ». C’est en ces termes que les parlementaires russes ont débattu la loi scélérate qu’ils ont entérinée mercredi 29 février. Adoptée à 29 voix pour, 5 contre et une abstention, la loi punit les auteurs de tout « acte public » de promotion de l’homosexualité, de la bisexualité ou de la transexualité, commis à l’adresse de mineurs.

L’association All Out avait pourtant récolté 300 000 signatures à travers le monde et multiplié les mobilisations. Mardi 28 février, en partenariat avec Act-Up et l’Inter-LGBT ils étaient une soixantaine à se réunir devant le centre Pompidou, comme dans huit autres villes du globe dont New York, Rio, Berlin ou encore Lisbonne.

La mobilisation d'All Out, Act Up et l'inter-LGBT devant le Centre Beaubourg à Paris.

La diplomatie s'en mêle

Des moyens diplomatiques avaient aussi été mobilisés, Washington avait ainsi déploré « cette initiative entravant les libertés fondamentales de milliers d’individus ». En France, c’est François Zimeray, l’ambassadeur des droits de l’Homme qui a apporté son soutien aux manifestants et pressé l’ambassade française à Moscou de rappeler au parlement saint-pétersbourgeois qu’il s’apprêtait à voter une loi en contradiction avec les conventions internationales qu’il a ratifié.
 
François Zimeray, qui a répondu aux questions des Terriennes, a dit ne pas comprendre « qu’alors que notre époque présente des défis ô combien plus importants, il y a des gens dont le seul objectif est de pourchasser les homosexuels, de les empêcher d’être ce qu’ils sont et d’aimer qui ils veulent ». Pourtant, il rappelle qu’il ne s’agit pas de « droits des homosexuels » mais bien des « droits inaliénables de la personne humaine qui ne doivent connaître ni les frontières des Etats, ni les frontières des cultures ». Mardi 28 février, il concluait en disant que « l’image de la Russie et singulièrement celle de Saint-Pétersbourg ne sortiraient pas indemnes de l’adoption d’une loi comme celle là ».
 

François Zimeray :“La lutte contre l'homophobie est un des grands combats dans lesquels la France est engagée“

François Zimeray :“La lutte contre l'homophobie est un des grands combats dans lesquels la France est engagée“

Les militants se sont bâillonnés pour symboliser la censure imposée par la loi votée à Saint-Pétersbourg
Les militants se sont bâillonnés pour symboliser la censure imposée par la loi votée à Saint-Pétersbourg
Saint-Pétersbourg, entre censure et ouverture

Pourtant, il reste encore un espoir car le gouverneur de Saint-Pétersbourg, Georgy Poltavchenko a encore dix jours pour promulguer la loi en paraphant le texte. Guillaume Bonnet, porte-parole français de l’organisation internationale « AllOut » militant pour « le droit partout dans le monde d’être qui l’on veut ai d’aimer qui l’on veut » compte sur la volonté de la Russie à faire de Saint-Pétersbourg une vitrine touristique pour le pays. « La Russie vient d’investir sur 5 ans plus de 11 milliards de dollars, 8 milliards d’euros, pour redorer le blason de la Russie à l’international et attirer le plus grand nombre de touristes partout dans le monde. Saint-Pétersbourg est la clé de voute de cette stratégie ». La contradiction avec la loi qui vient d’être promulguée est flagrante, « c’est incompatible avec une loi qui va museler les artistes, limiter la culture et mettre sous la censure des films, des livres, des poèmes ou des pièces de théâtre ».

Guillaume Bonnet note avec amusement que « si un média veut évoquer le compositeur Tchaïkovski, originaire de la ville de Saint-Pétersbourg et connu pour son homosexualité, cet article tombera sous la censure ». Mais le porte-parole d’All Out n’est pas dupe, à une semaine de l’élection présidentielle russe, « l’objectif est de dévier l’attention des vrais problèmes remontés par les politiques locaux. Une espèce de populisme qu’on retrouve d’ailleurs un peu partout dans le monde en cette période de crise ».

“Poutine, la première fois, seulement par amour“
“Poutine, la première fois, seulement par amour“
Une campagne présidentielle entre amour et homophobie

Russie Unie, le parti présidé par l’actuel premier ministre russe Vladimir Poutine, porte justement cette législation homophobe qui prévoit que toute personne faisant publiquement la « promotion de la sodomie, du lesbianisme, de la bisexualité et du transgendrisme » auprès de mineurs sera condamnée à une amende allant jusqu’à 3000 roubles (78 euros). Le montant peut aller jusqu’à 50 000 roubles (1285 euros) pour les organisations LGBT (Lesbien, Gay, Bisexuel, Transgenre). Il faut dire que l'homophobie est un bon fond de campagne dans ce pays où l'homosexualité était considérée comme un crime jusqu'en 1993, et comme une maladie mentale jusqu'en 1999.

Pourtant, la campagne de Vladimir Poutine se veut être une campagne pleine d’amour, comme le montre une série de spots télévisés qui mettent en scène de jeunes et jolies russes qui s’interrogent sur leur « première fois ».« Le principal, c’est d’avoir confiance dans celui que vous avez choisi. Car la confiance, c’est l’amour » leur répond-on. Un parallélisme entre le vote et le rapport sexuel qui laisse pantois, jusqu’au slogan final « Poutine. La première fois, seulement par amour. »

Un spot de campagne de Vladimir Poutine. Le slogan : "Poutine, la première fois, seulement par amour"

Repères

En Russie, l'homosexualité était considérée comme :
 - un crime jusqu'en 1993
 - une maladie mentale jusqu'en 1999

A l'échelle mondiale, l'homosexualité est :
 - considéré comme un crime dans 70 pays
 - puni de mort dans 9 pays