Sakineh : une annulation de la lapidation est possible

La peine de mort par lapidation de l'Iranienne condamnée pour adultère pourrait être annulée. C'est ce qu'a annoncé un haut responsable de la justice iranienne dimanche 2 janvier, au lendemain d'un simulacre de conférence de presse donnée par Sakineh et son fils.

Décryptage avec le journaliste franco-iranien Armin Arefi.

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« Sakineh et son fils ont parlé sous la contrainte »

Photo fournie par la chaîne iranienne en anglais Press-TV montrant Sakineh Mohammadi-Ashtiani avec son fils, le 4 décembre 2010 en Iran
Photo fournie par la chaîne iranienne en anglais Press-TV montrant Sakineh Mohammadi-Ashtiani avec son fils, le 4 décembre 2010 en Iran
Que pensez-vous de l'annonce de la justice iranienne, sur une possible annulation de la lapidation de Sakineh ?

Ça va dans le bon sens mais c'est aussi contradictoire. Cela fait plusieurs mois que Téhéran affirme que sa peine est suspendue alors que son avocat n'a jamais rien reçu, et que les responsables iraniens emploient toujours le conditionnel. Je pense que cette annonce vise avant tout à freiner la mobilisation internationale. Le gouvernement iranien souhaite jouer la montre et essaie d'étouffer l'affaire.

Sakineh s'est exprimée devant des journalistes de la presse internationale samedi 1er janvier. Elle leur a notamment demandé de « laisser tomber (son) affaire »....

On a le sentiment que Sakineh joue le rôle du porte-parole du gouvernement iranien. Tout ce qu'elle dit pourrait être dit par un responsable iranien. Son fils Sajjad Ghaderzadeh a affirmé qu'elle était coupable de complicité de meurtre. Or, à chaque fois je l'ai eu au téléphone au début de cette affaire, il tenait le discours inverse. Il faut aussi se rappeler que c'est son fils qui est à l'origine de la mobilisation internationale : c'est lui qui a contacté Mina Ahadi du comité international anti-lapidation, que lui et sa mère fustigent aujourd'hui. De même, il a accordé une interview aux deux journalistes allemands de Bild am. [ Sakineh a affirmé qu'elle allait porter plainte contre deux journalistes allemands venus interviewer son fils et emprisonnés depuis en Iran, ainsi que contre Mina Ahadi, NDLR ].

C'était un simulacre de conférence de presse ?

Sakineh et son fils ont parlé sous la contrainte, c'est évident. On sait que son fils a subi des sévères tortures en prison. On imagine qu'il en est de même pour sa mère. Il est aujourd'hui relâché mais assigné à résidence et sous surveillance : il n'a pas le droit de parler aux médias. Enfin, le gouvernement lui aurait promis que sa mère serait épargnée si il tenait ce genre de propos.

Plus le temps passe et moins on y comprend quelque chose... Comment expliquer une telle confusion ?

Le gouvernement iranien est très embarrassé. devant la mobilisation internationale, il ne peut pas se laisser aller à la lapider ni même à l'exécuter. Il y a des débats au sein même du gouvernement entre les différentes factions conservatrices : faut-il faire preuve de fermeté ou de clémence ?

Sakineh a-t-elle de réelles chances de s'en sortir ?

Tout est possible en Iran. Tant que la mobilisation est importante, sa vie a des chances d'être épargnée. Elle pourrait même être libérée.



A Lire

Rubans et turbans, Iran, la jeunesse contre les mollahs, d'Armin Arefi, Editions Denoël, 2010.


Les enfants de Sakineh lancent un appel au monde entier

Ne laissez pas notre cauchemar devenir une réalité. Opposez-vous haut et fort à la lapidation de notre mère! Aujourd’hui, nous demandons l’aide du monde entier. Depuis cinq ans, nous vivons dans la peur et l’horreur, privés de la présence réconfortante de notre mère. Le monde est-il assez cruel pour rester insensible à une telle tragédie?

Nous sommes Fasride et Sajjad Mohammadi e Ashtiani, les enfants de Sakineh Mohammadi Ashtiani. Depuis notre tendre enfance, nous éprouvons une grande douleur, car nous savons que notre mère est emprisonnée en attendant de connaître son épouvantable sort. Le mot « lapidation » est tellement horrible pour nous que nous évitons de le prononcer. Nous disons plutôt que notre mère est en danger, qu’elle risque d’être tuée et qu’elle mérite l’aide de tous.

Maintenant que presque toutes les options ont échoué et que l’avocat de notre mère affirme que sa situation est très précaire, nous nous en remettons à vous, citoyens du monde, peu importe qui vous êtes et l’endroit où vous habitez. Nous nous en remettons à vous, peuples de l’Iran, à tous ceux et celles qui ont vécu l’enfer de perdre un être cher.

Aidez-nous à libérer notre mère!

Nous désirons particulièrement joindre les Iraniens qui vivent à l’étranger.?Aidez-nous à sortir de ce cauchemar. Sauvez notre mère. Vous ne pouvez imaginer la détresse qui nous accable à chaque instant de notre vie. Les mots ne suffisent pas à exprimer notre crainte…
Aidez-nous à secourir notre mère. Écrivez aux autorités pour leur demander de la libérer. Dites-leur qu’il n’y a aucun plaignant et qu’elle n’a rien fait de mal. Notre mère ne mérite pas de mourir. Y a-t-il quelqu’un qui peut nous entendre et nous venir en aide?

Fasride et Sajjad Mohammadi e Ashtiani