Sanabel, palestinienne, retrouve la liberté

Sanabel (deuxième à gauche) et sa famille dans les rues de Naplouse.
Sanabel (deuxième à gauche) et sa famille dans les rues de Naplouse.

Après avoir passé quatre ans dans les geôles israéliennes, Sanabel retrouve la liberté. Elle fait partie de ces 477 Palestiniens qui ont été relâchés le 18 octobre 2011 contre la libération du soldat israélien Gilad Shalit. En prison, cette ado devenue jeune femme a mûri, réfléchi. Aujourd'hui, elle est déterminée à reprendre ses études de droit pour défendre la cause palestinienne par les armes juridiques.

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Dans son manteau rose, légèrement voilée, le visage creusé mais heureux, Sanabel est assise dans un canapé confortable de sa maison de Naplouse qu’elle a retrouvée mardi, 18 octobre 2011, à 16h. Une quinzaine d’amis et personnes de la famille célèbrent son retour avec du thé et ses sucreries préférées.

Sanabel tient ses deux petits frères dans les bras, qui ont aujourd’hui 6 et 8 ans. « J’ai l’impression de les voir pour la première fois » dit-elle. Elle affiche une sérénité et un sourire étonnants pour quelqu’un qui vient de passer plus de 4 ans en prison. Et avoue qu’elle n’a pas eu  le « choc du retour ». « J’ai retrouvé une vie normale à l’instant même où j’ai revu ma famille. Le plus difficile a été de quitter la prison et dire au revoir aux 9 femmes qui n’étaient pas libérées ».



Sanabel accueillie chez elle avec thé et gâteaux.
Sanabel accueillie chez elle avec thé et gâteaux.
BRACELET DE DETENUE

La première sensation de liberté qu’elle évoque est sa balade dans le bazar de Naplouse. « Voir ces gens, ces boutiques, cette agitation... De l’extérieur, ça semble anodin. Mais en prison, qu’est ce que j’ai rêvé de ce moment ! ». Elle parle tout en demandant à sa sœur aînée de prendre pleins de photos d’elle entourée de ses amis.

A ses deux poignets elle porte le bracelet en plastique avec son numéro de détenue qu’elle avait dans la prison d’Asharon. « Ma mère a voulu me les retirer cent fois mais j’ai encore besoin de les garder. Çà fait partie de ma vie. Je le ferai quand je serai prête ».

Sanabel était étudiante en droit à l’université de Ramallah quand elle a été arrêtée. « On faisait partie de la Jama aI Islamiyah, une branche étudiante qui milite pour le droit des Palestiniens d’avoir leurs propres terres » dit Sabrina, amie et co-détenue avec Sanabel pendant un an. « Oui, on était activiste. Mais ça veut dire quoi activiste quand on ne fait que demander nos droits légitimes ». Sanabel acquiesce du regard. Et lance « J’étais prise dans cette révolte et un jour, à un check point israélien, j’ai lancé un gaz toxique à la tête d’un soldat».

PAS DE REGRET

Elle ne regrette rien. « Ce qui est fait est fait ». Mais poursuit sur un ton réfléchi : « Quand ont est ado, on n’agit pas forcément dans le bon sens. Mes années en prison m’ont fait mûrir, m’ont amené à penser autrement la façon de militer ». En janvier elle reprend ses études de droit. « Je veux me spécialiser dans le droit politique et international. J’ai réalisé que les pierres, les armes, l’islamisme sont inutiles. Par contre, l’éducation, la connaissance du droit le sont. On ne pourra pas résoudre ce conflit si on ne change pas la mentalité des Palestiniens, révoltés dans l’âme parce qu’en souffrance. Israel est plus fort que nous et c’est à nous d’être intelligents ».

En prison, elle a appris l’hébreu et le russe avec une amie de cellule. « Ou on se laisse aller, on regarde la télé et on dort toue la journée. Ou on essaie d’en tirer une expérience positive. J’ai très vite compris cela ».

Une photo de Sanabel dans le salon chez ses parents.
Une photo de Sanabel dans le salon chez ses parents.