Sandrine Atallah, première sexologue au Liban

Sandrine Atallah à la porte de son cabinet
Sandrine Atallah à la porte de son cabinet

Sandrine Atallah n'a pas froid aux yeux. En 2007, cette Libanaise de 34 ans est devenue la première sexologue du Liban.  Elle enchaînait en 2010 en faisant une entrée remarquée dans les salons des libanais avec son talk-show “Lezim taaref” (Tu dois savoir), la première émission télé consacrée à la sexualité au Liban. Aujourd’hui, des gens de partout au Moyen-Orient et au Maghreb font le déplacement jusqu’à sa clinique de Beyrouth pour trouver conseil.

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Au Liban comme dans plusieurs autres pays de la région, parler de sexualité fait encore souvent rougir. L’éducation sexuelle elle, est presque inexistante des cursus lycéens et universitaires. “Au début, mes amis pensaient que je ne trouverai pas de travail au Liban parce que le sujet est trop tabou. Les gens éclataient de rire quand je leur disais que j’étais sexologue”, raconte Sandrine.

Après avoir fait des études de médecine au Liban, puis de sexologie à l’université parisienne René-Descartes, Sandrine est revenue au dans son pays natal avec comme objectif de faire évoluer les mentalités.  “Il y a un énorme manque au niveau de l’éducation sexuelle ici. Même lorsque je faisais ma médecine, nous n’abordions pas ce sujet. Cela engendre évidemment beaucoup de problèmes dans la sexualité des gens”, explique-t-elle.

Avec ses boîtes de nuit extravagantes, ses nombreuses plages aux allures de club-med et son nombre annuel record d’opérations de chirurgies esthétiques, le Liban donne, selon la sexologue, une image complètement faussée de la réalité. “Beaucoup de gens ne savent pas que la sexualité fait partie de la santé et que les dysfonctions qui y sont reliées se soignent. Quand on regarde une boîte de nuit au Liban, on se dit que la soirée va se terminer en partouze. On est loin d’imaginer que peut-être 50% de ces jeunes n’en sont encore qu’au stade du bisou”.

Les clichés renversés

Sa pratique l’a d’ailleurs amenée à remettre en question ses propres préjugés par rapport à la sexualité de ses compatriotes. Avec 17 confessions religieuses et de profonds clivages sociaux-économiques, la société libanaise est loin d’être homogène. “Un jour, une mère de quatre enfants de 21 ans portant le tchador (une longue cape noire traditionnelle recouvrant tout le corps et la tête) est venue accompagnée de son mari pour une consultation. Je croyais qu’elle venait pour un vaginisme, ou quelque chose comme ça. Mais non ! Elle venait demander conseil parce qu’elle n’arrivait plus à avoir d’orgasmes et qu’elle trouvait cela inacceptable. Je ne m’attendais pas du tout à cela !”, s’exclame la sexologue.

Accompagner la jeunesse

C’est en 2010, avec son talk-show “Lezim Taaref”, que Sandrine s’est faite connaître du grand public. L’émission, également disponible sur Youtube, a enregistré des audiences record au Liban ainsi que dans d’autres pays de la région tels que l’Arabie Saoudite. Masturbation, homosexualité, point G, éjaculation précoce, l’émission diffusée en direct sur la chaine libanaise LBC a rapidement gagné en popularité en abordant, malgré des menaces de poursuites judiciaires de la part de quelques individus, des questions traditionnellement taboues.

J’ai en effet reçu des appels de menaces. Ce qui a dérangé nos détracteurs c’est qu’on utilisait les vrais mots. On parlait d’égalité entre l’homme et la femme et de dysfonctions sexuelles. Ce qui a mis en lumière leurs frustrations personnelles”, raconte-t-elle avant d’ajouter: “La sexualité au Liban est en pleine transition. Les  jeunes sont en train de se libérer des enseignements des anciens et d’assumer leurs choix et leurs décisions”.

Beyrouth, une ville en mouvements, dans toutes les directions