Sans sexisme, le monde et ses habitants seraient plus riches

Deux inconnus devenus célèbres : Diane Spitaliere, une fonctionnaire retraitée d'Alexandria (Virginie) et son chien Izzie, incarne le moment où en 2012 le nombre de conductrices a dépassé celui des conducteurs aux Etats-Unis. "<em>Je veux rester indépendante aussi longtemps que je le pourrai</em>" avait-elle alors déclaré
Deux inconnus devenus célèbres : Diane Spitaliere, une fonctionnaire retraitée d'Alexandria (Virginie) et son chien Izzie, incarne le moment où en 2012 le nombre de conductrices a dépassé celui des conducteurs aux Etats-Unis. "Je veux rester indépendante aussi longtemps que je le pourrai" avait-elle alors déclaré
AP Photo/Manuel Balce Ceneta

L'étude de deux universitaires, menée de part et d'autre de l'océan atlantique est sans réplique : dans tous les pays, sur tous les continents, si les inégalités entre les sexes étaient réduites au travail, les portefeuilles des terriennes et terriens seraient mieux remplis.

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Cela ne faisait pas deux semaines que les résultats de l'enquête très originale de deux universitaires sur les effets dévastateurs des inégalités au travail  étaient rapportés dans The Economist, que l'on apprenait que Ellen Pao jetait l'éponge.

Le sexisme agit comme un poison dans ce monde merveilleux de la technologie

Cette brillante jeune femme annonçait le 10 septembre 2015 dans une lettre ouverte, rédugée en termes choisis et forts, qu'elle renonçait à poursuive en justice ses anciens employeur pour sexisme, harcèlement et autres joyeusetés, faute de moyens pécuniers. Ellen Pao n'est pas une employée sans ressources. Elle appartient au club des dirigeants de la Silicon Valley. Les géants de la "High Tech" ne brillent pas par leur diversité et les inégalités de genre y sont régulièrement dénoncées.

> Lire notre article : Google, une société d'hommes blancs

Tant au travail que sur les réseaux sociaux, le combat d'Ellen Pao, accusée en retour d'être une froide calculatrice, lui a valu les pires remarques machistes et l'a ruinée.

"Désormais, j'abandonne" - Lettre ouverte d'Ellen Pao, extraits

"Pendant trois ans et demi, j'ai tenté de poursuivre en justice Kleiner Perkins (un très gros investisseur spécialisé dans les nouvelles technologies et les "start up", ndlr) pour discrimination sexuelle et représailles. Cette quête de justice m'a été très nuisible tant sur le plan personnel que professionnel, mais a été très désagréable à ma famille. J'abandonne. Mon expérience montre comme il est difficile d'obtenir réparation pour des discriminations sexuelles à travers le système judiciaire. (.../...)

J'ai vu à quel point il était difficile de gagner lorsque tout juré potentiellement enclin à penser que le sexisme existe dans les nouvelles technologies - une croyance très documentée et reconnue -, était immédiatement écarté. (.../...)

J'espère que d'autres cas, à l'avenir, me prouveront que je me suis trompée, et qu'ils montreront que nos juristes prêteront une meilleure attention à la façon dont le sexisme agit dans ce monde merveilleux de la technologie, mais aussi dans les tribunaux et les médias. (.../...)

Je demande à toutes les entreprises : s'il vous plaît ne réduisez pas au silence les employés qui soulèvent des cas de discrimination et de harcèlement sexuels.
"

Ellen Pao en compagnie de son avocate Therese Lawless, en février 2015 alors qu'elle poursuivait, pour sexisme, Kleiner Perkins Caulfield and Byers, l'un des plus gros investisseurs de la Silicon Valley.
Ellen Pao en compagnie de son avocate Therese Lawless, en février 2015 alors qu'elle poursuivait, pour sexisme, Kleiner Perkins Caulfield and Byers, l'un des plus gros investisseurs de la Silicon Valley.
AP Photo/Eric Risberg


Un cas d'école pour David Cuberes de l'Université de Clark dans le Massachusetts et Marc Teignier de l'Université de Barcelone. Cela fait plusieurs années que les deux compères traquent les effets négatifs de ce qu'en anglais on a coutume d'appeler le "gender gap", difficilement traduisible - mais on pourrait essayer une "fracture sexuelle" -, c'est à dire les inégalités endémiques entre femmes et hommes au travail, qu'ils soient salariés, entrepreneurs, artisans, patrons, etc. 

Le "gender gap" affecte négativement la productivité générale et réduit les revenus par individu

Leur hypothèse de départ est que "les femmes et les hommes disposent des mêmes talents et compétences, mais que les femmes subissent nombre de rabaissements qu'elles soient salariées ou non. Et notre recherche montre que le "gendrer gap" affecte négativement la productivité générale et réduit les revenus par individu".  Cette fracture, rappellent-ils, touche tous les moments de la vie et tous les pans de nos sociétés : "travail donc, mais aussi éducation, représentation politique, travaux domestiques".

Bon sang, mais c'est bien sûr !

Ainsi en Amérique latine, où les économies progressent mais où les femmes restent à la traîne du développement, le PIB (produit intérieur brut) par personne de la région augmenterait de plus 16% par personne si les inégalités sexuelles étaient drastiquement réduites. Et chaque personne verrait son revenu progresser de près de 5%. D'un coup sans rien faire. Mais il n'y a pas que les inégalités sociales qui accroissent la pauvreté : la violence contre les femmes coûte elle aussi très cher. Au Brésil, le taux élevé de violences conjugale diminue le le PIB de 1,2% par personne, selon une étude de 2007.

Comme le dit très justement et abruptement The Econmist : "Le sexisme n'est pas non seulement mauvais. Il est également coûteux. Le sens de la justice est la meilleure raison de donner des chances égales aux femmes et aux hommes. Le bon sens économique, aussi." Et ça, ce devrai être un argument qui parle aux dirigeants, à leur portefeuille à défaut de leur coeur...