Terriennes

Sciences : les chirurgiennes s'approprient le New Yorker pour célébrer leur art

Détail de la superbe Une du New Yorker du 3 avril 2017
Détail de la superbe Une du New Yorker du 3 avril 2017

Les Unes du New Yorker ne laissent jamais indifférent. Mais celle du 3 avril 2017 est devenue virale. Des centaines de chirurgiennes à travers le monde l'on répliquée à leur façon sur les réseaux sociaux pour ne plus passer inaperçues dans un secteur dominé par les mâles blancs. 

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Ce 22 avril 2017, des scientifiques marchent autour de la terre pour rappeler au monde entier que sans eux la planète ne tournerait plus très rond. On pourrait bien imaginer qu'en tête de cortèges avancent ces femmes qui se sont approprié la couverture du New Yorker du 3 avril 2017. Elles ont détourné un dessin, une oeuvre d'art (comme la plupart des Unes du célèbre hebdomadaire américain) pour montrer le versant réel (et beau) de l'image. 

Le journal avait fait appel à une artiste française, vivant à Londres, Malika Favre, pour illustrer le numéro spécial consacré à la santé, la médecine et au corps. La graphiste a réalisé une première page animée, intitulée 'Théâtre des opérations" où  l'on voit les visages de quatre chirurgiennes penchées sur un.e patient.e avant d'opérer. Un parti pris que l'illustratrice explique ainsi : "J'ai été opérée lorsque j'avais cinq ou six ans. . . Je me souviens précisément du décompte à partir de dix, qui précède l’endormissement et je crois qu’à huit, je n’étais déjà plus là. J'ai essayé de capturer ce sentiment que l’on a lorsqu’on voit des personnes qui vous regardent perdre conscience. . . La plupart des gens l'ont expérimenté, mais cela reste mystérieux."

Cette harmonie en vert et bleu est effectivement assez stupéfiante et l'on s'imagine sur le billard, accompagnée doucement de ces regards empathiques. 
 
Ce n'est pas la seule image extraordinaire proposée par le célèbre magazine culturel et politique, envers et contre toutes les nouvelles technologies, à ses lecteurs, pour leur plus grand bonheur, et qui fêtera bientôt outre-Atlantique son centenaire. Pourtant, celle-là est devenue virale, en quelques heures à peine, à la plus grande joie de sa conceptrice qui a réalisé un kaléidoscope de tous ces détournements. 

L'artiste invite les internautes à "prendre part à ce défi autour de la couverture du New Yorker qui a été lancé par Susie. Envoyez nous les vôtres !"

Chirurgiennes de tous les pays, unissez vous ! 

Susie, c'est Susan Pitt, chirurgienne endocrinologue (médecine liée aux hormones et aux glandes), professeure à l'Université du Wisconsin, qui a lancé le mouvement via son compte twitter. Et cela afin d'apporter, via de "vraies" images, "la visibilité à toutes ces femmes, ou autres groupes minoritaires, qui travaillent dans un domaine dominé, depuis toujours, par des hommes blancs". 

L'appel a été largement entendu, et le résultat est une magnifique composition qui mêle poésie, esthétique, féminisme, et politique. Des centaines de chirurgiennes de tous les continents ont envoyé leurs photos identifiées avec le mot dièse #ILookLikeASurgeon - je ressemble à un chirurgien. Nous vous en offrons quelques exemples. 

Les femmes chirurgiennes disent ainsi à leurs consoeurs : ‘je vous vois'. Et au monde entier elles lancent : 'Regardez-nous’.
Susan Pitt, chirurgienne américaine

Ainsi de la Saoudienne Hanenn Gomawi qui a commenté sa photo ainsi : « Nous les femmes chirurgiennes devons faire face à plusieurs défis -, dans le champ de la chirurgie et dans la vie privée. Et cela en dépit des différences entre les pays. Et désolée d’être si peu loquace mais je suis de garde pour 24h. Comme souvent ».

Susie Pitt renchérit : « Les femmes chirurgiennes disent ainsi à leurs consoeurs : ‘je vous vois ‘. Et au monde entier elles lancent : «’Regardez-nous’. »  


Interrogée par le magazine en ligne français Les Nouvelles News, dédié au droits des femmes et à l'égalité entre les sexes, Malika Favre fait part de son enthousiasme : “Je trouve leur réaction vraiment fantastique, émouvante et incroyablement ‘empowering’. J’aime l’idée que chacune lise dans l’image quelque chose de différent et surtout que chacune se l’approprie.” 
En France, les femmes ne représentent que 17% des médecins exerçant en chirurgie générale, nous rappelle aussi les Nouvelles News... 

Alors on se prend à rêver que d'autres mots dièses aussi créatifs circulent à la vitesse cybernétique : #jesuisuneastronaute, #jesuisuneplombière, #jesuisunecouvreuse, #jesuisunealpiniste, #jesuisuneterrassière, etc, etc, etc...
#yaduboulot et beaucoup. 

Suivez Sylvie Braibant sur twitter : @braibant1