Sexistes les talons aiguilles pour les serveuses des restaurants ? Oui répondent deux provinces canadiennes

Quand les talons aiguilles deviennent enjeux de politiques publiques, et sont interdits dans des musées, écoles, ou même des communes, comme ici sur la célèbre jetée californienne Stearns Wharf de Santa Barbara
Quand les talons aiguilles deviennent enjeux de politiques publiques, et sont interdits dans des musées, écoles, ou même des communes, comme ici sur la célèbre jetée californienne Stearns Wharf de Santa Barbara
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Sur l’impulsion d’une jeune réceptionniste qui n’en pouvait plus de porter les talons aiguilles que son employeur lui imposait, les députés britanniques légifèrent donc sur les codes vestimentaires. C’est au tour du Canada de se pencher sur la question, plus particulièrement l’Ontario et la Colombie-Britannique.

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On va se le dire sans gêne, en tant que femmes, il nous arrive à l’occasion de se dire que la serveuse du restaurant dans lequel on vient de prendre place a une tenue, disons, plutôt sexy : jupe courte, talons hauts, petit haut échancré, etc… Et la question est : est-ce vraiment utile ? Qu’est-ce que cela apporte de plus au bar ou au restaurant en question ? Pourquoi obliger ce genre de code vestimentaire aux femmes qui travaillent dans ce genre d’établissements ?

Le débat vient d’agiter la City de Londres sur l’impulsion de Nicola Thorp, une jeune réceptionniste qui n’en pouvait plus de porter les talons aiguilles que son employeur lui imposait, la pétition qu’elle a fait signer a remporté tellement de succès, avec plus de 150 000 signatures, que les députés britanniques doivent maintenant légiférer en la matière.

Nicola Thorp, celle par qui le débat autour des talons aiguilles au travail s'est imposé au parlement britannique, pose au début du mois de mars 2017 devant le palais de Westminster, là où se font les lois.
Nicola Thorp, celle par qui le débat autour des talons aiguilles au travail s'est imposé au parlement britannique, pose au début du mois de mars 2017 devant le palais de Westminster, là où se font les lois.
AP Photo/Tim Ireland

Il avait auparavant mis la Croisette à feu et à sang lors du festival de Cannes en 2015 - des festivaliers conspuant des actrices décidées à marcher sur le fameux tapis rouge, en talons plats... Il avait fallu que le directeur du Festival tranche dans le vif, la querelle.

C’est au tour du Canada de se pencher sur la question, plus particulièrement deux provinces canadiennes, l’Ontario et la Colombie-Britannique.

Projet de loi en Colombie-Britannique : des talons aiguilles pourquoi pas, mais alors pour les hommes aussi !

En Colombie-Britannique, sur la côte ouest, c’est un député du Parti vert qui a déposé un projet de loi pour interdire aux employeurs d’exiger un code vestimentaire auprès de leurs employées. Andrew Weaver s’insurge contre les problèmes de santé que peuvent rencontrer les serveuses dans les restaurants et les bars en portant des talons hauts. Son projet de loi prévoit qu’un employeur peut obliger ses employés à porter des talons hauts à condition que l’obligation s’impose également à ses employés masculins ! « J’ai reçu un grand nombre de réactions à la suite du dépôt de mon projet de loi de la part de citoyens qui ne se doutaient pas que ce genre de pratique existait encore » a déclaré le député. Il a précisé en commentant la popularité de la pétition en Grande-Bretagne : « Il y a une raison pour laquelle cette pétition a rallié 150 000 signatures, ces exigences sont d’une autre époque ! ».

Le projet de loi du député Weaver s’attaque spécifiquement au domaine de la restauration en Colombie-Britannique. Car il semble que ce secteur d’activités fasse encore preuve de beaucoup de sexisme dans cette province selon les travaux menés par une chercheuse de l’Université de Victoria. Le président de l’Association des restaurateurs de Colombie-Britannique reconnait qu’il y a encore des progrès à faire ce domaine. « On grandit, on apprend et ça va prendre du temps avant que l’industrie se débarrasse de ses anciennes pratiques » précise Ian Tostenson.

Bonne nouvelle pour le député du Parti vert : la première ministre de Colombie-Britannique Christy Clark a appuyé son projet de loi, son gouvernement examine actuellement les moyens à sa disposition comme modifier la réglementation en place pour faire avancer rapidement les choses.

Les plate-formes de recrutement de Colombie britannique ont aussitôt intégré la nouvelle règle dans leurs annonces.
 

Et en Ontario, sus aux stéréotypes…

Dans la plus grande province du Canada, c’est la Commission des droits de la personne qui a décidé de mettre fin aux codes vestimentaires fondés sur le sexe, tout particulièrement, là encore, ceux imposés dans les restaurants. La Commissaire en chef Renu Mandhane a décrété que si une entreprise voulait imposer une tenue à ses employés, elle devait s’assurer que cette tenue ne véhicule pas de stéréotypes sexistes et qu’elle ne soit pas plus contraignante envers les femmes qu’envers les hommes. Autrement dit, basta les talons, décolletés et mini-jupes imposés aux serveuses dans les bars et les restaurants !

"Le niqab c'est ok, mais les talons aiguilles non ?" se demande cet internaute avec un brin de mauvaise foi… (Au Canada, le foulard et autres couvre-chefs musulmans, sikhs, juifs, etc, relèvent plus du cas par cas, des accommodements raisonnables, que de la loi.)
 


Ces avancées dans ces deux provinces canadiennes pourraient ouvrir la porte à des progrès similaires dans d’autres provinces du pays. Des chercheurs et des avocats des droits de la personne ont notamment fait remarquer qu’il était temps de lancer un débat sur le fait que les femmes, bien plus que les hommes, doivent porter davantage attention à leur apparence physique et leur tenue vestimentaire dans le cadre de leur travail.

L'attention à l'apparence, un bruit de fond brouillant la réalité
Julie Nugent, chercheure

« Les femmes peuvent être jugées plus sévèrement en raison de ces stéréotypes répandus. Lorsqu'il est question de vêtements et d'apparence physique, les femmes font face à des normes plus élevées que les hommes dans beaucoup de cas. Parfois, cette [attention sur l'apparence] peut même influer sur l'évaluation de ses compétences ou sur son style de leadership. Cela peut représenter un bruit de fond brouillant la réalité », affirme ainsi Julie Nugent, vice-présidente et directrice du Catalyst Research Centre for Corporate Practice, faisant partie d'une organisation multinationale à but non lucratif.

Plus de temps, plus d’argent investi pour mieux paraître, c’est malheureusement le lot de beaucoup de femmes dans leur milieu de travail, et dans certains domaines, il faut en plus être le plus sexy possible ! Ces stéréotypes sexistes  ont décidément la vie dure…