Shafilea Ahmed, tuée par ses parents “pour l'honneur“

En Grande-Bretagne, un couple d'origine pakistanaise vient d'être condamné à la réclusion à perpétuité. Ils avaient tué en l'étouffant leur fille de 17 ans, coupable à leur yeux de revendiquer un mode de vie "occidental".

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Photo non datée de Shafilea Ahmed fournie par la police de Cheshire en Angleterre (AFP)
Photo non datée de Shafilea Ahmed fournie par la police de Cheshire en Angleterre (AFP)
Shafilea Ahmed avait disparu en septembre 2003 de sa ville, Warrington, à l’ouest de Manchester. Il aura fallu neuf ans pour que la justice britannique retrouve et condamne ses meurtriers –car il s’agissait d’un meurtre- et ceux-ci ne sont autres que ses parents. Ils ont été condamnés le 3 août dernier à la prison à perpétuité.

Iftikar Ahmed et sa femme Farzana, d’origine pakistanaise, semblaient ne plus supporter le comportement « trop occidental » de leur fille ainée. Le procès qui s’est tenu au tribunal de Chester a permis de reconstituer la vie triste de Shafilea,  morte à 17 ans. Une affaire de maltraitance assez classique mais nourrie des représentations que se faisaient les parents de l’honneur de la famille et des traditions qui s’imposent dans leur pays d’origine.

Née en Grande-Bretagne, Shafilea fait sa première fugue à l’âge de 11 ans. Commence alors une vie de tensions familiales et de rencontres épisodiques avec les services sociaux qui se sont révélés incapables d’agir. Six mois avant son assassinat, la jeune fille est droguée et emmenée au Pakistan. Un mariage forcé est organisé et, pour y échapper, elle boit de l’eau de Javel. Cette fois, Shafilea échappe de peu à la mort. Retour à Warrington…

L'agression ultime semble avoir eu pour déclencheur des vêtements trop occidentaux. La justice a établi que les parents l’avaient étouffée avec un sac en plastique sur le canapé du salon. Les quatre autres enfants de la famille ont assisté à la scène. Le corps de la jeune fille ne sera retrouvé que 5 mois plus tard.

Iftikkhar Ahmed, le père, a étouffé sa fille sur le canapé
Iftikkhar Ahmed, le père, a étouffé sa fille sur le canapé
Secret familial

Les parents ont été suspectés dès le début, mais ils niaient farouchement, et faute de preuves, la vérité n’a pu éclater que grâce à une jeune sœur, Alesha,  âgée aujourd’hui de 24 ans , qui s’est décidée à raconter la scène.

A l’énoncé du verdict, le père est resté impassible. Il a toujours maintenu que Shafilea s’était enfuie de la demeure familiale au milieu de la nuit et qu’il ne l’avait jamais revue
 
Farzana, la mère, qui était sur la même ligne, a changé de version au cours du procès. Elle a alors affirmé qu’elle avait assisté aux violences commises par son mari mais n’avait pas parlé par peur des représailles. Finalement, le jury les a reconnus tous les deux coupables. A l’énoncé du verdict, elle s’est mise à pleurer.
 
Ce fait-divers est venu rappeler une nouvelle fois la gravité de ce problème de « violences pour l’honneur » dans certaines communautés immigrés issues principalement du Moyen-Orient ou d’Asie du Sud. Le phénomène est bien connu en Grande-Bretagne, mais reste mal documenté. En décembre dernier, il a fallu une action légale de l’Organisation des droits de femmes iraniennes et kurdes (Ikwro) pour que la police révèle quelques chiffres : elle a enregistré, en 2010, plus de 2800 de ces attaques qui vont du harcèlement jusqu’au meurtre. Beaucoup de cas restent non déclarés, estiment en outre les militants.

La fondation suisse Surgir relève que, pour la London Metropolitan Police , une douzaine de crimes d’honneur seraient commis chaque année au Royaume-Uni mais le pays est le seul,  avec les Pays Bas,  à avoir élaboré une politique complète en matière de crimes d’honneur.  Le dispositif pourrait encore se renforcer. David Cameron, le Premier Ministre vient d’annoncer que son gouvernement avait l’intention de faire du mariage forcé un crime passible de prison.