Shannon Dermody détourne les rêves pour dénoncer les cauchemars

Blanche-Neige alcoolique parmi des cadavres de bouteilles
Blanche-Neige alcoolique parmi des cadavres de bouteilles
Shannon Dermody

Pour sensibiliser les gens aux violences de notre époque et notamment celles faites aux femmes, une photographe américaine de 20 ans détourne les images iconiques et sucrées des contes de fées. Effet saisissant. Les réseaux sociaux s'emballent. 

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"Mon idée première était de faire connaître les problèmes qui ont lieu aujourd'hui dans le monde. J'ai donc décidé d'utiliser des personnages très connus  pour montrer des problèmes réels qui ont un impact majeur sur la société d'aujourd'hui." écrit Shannon Dermody, étudiante de 20 ans, sur sa page Facebook. 

Pauvres héroïnes de Disney

Se doutait-elle que ses travaux, à peine neuf images, feraient un tel buzz ? Peut-être pas. Mais, certainement, elle l'espérait. Plus de 118 000 partages en quelques jours !

Sans jamais citer Disney,  (crainte, peut-être, d'un procès... ) , Shannon utilise ses personnages et détourne les codes de l'univers sucré et aimable de la plus célèbre industrie du rêve. Attention au résultat ! C'est poétique comme un rapport de police et invite au rêve comme un constat d'huissier. Adieu gazouillis des petits oiseaux bienveillants, jeune vierges au regard pur.
Voici donc plusieurs célèbres personnages immergés dans notre réalité glauque du XXIème siècle.
Pour dénoncer les violences conjugales, l'étudiante fait référence à <em>La belle et la bête </em>(conte signé <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabrielle-Suzanne_de_Villeneuve" rel="nofollow" title="Gabrielle-Suzanne de Villeneuve">Gabrielle-Suzanne de Villeneuve</a> en 1740. Le poète français Jean Cocteau en fera un film en 1946.
Pour dénoncer les violences conjugales, l'étudiante fait référence à La belle et la bête (conte signé Gabrielle-Suzanne de Villeneuve en 1740. Le poète français Jean Cocteau en fera un film en 1946.
Shannnon Dermody

Pour dénoncer les méfaits du tabac, la photographe puise également dans Aladdin  (Disney, 1992). Elle représente Jasmine, l'air épuisé et  tirant sur la cigarette :
 
photo de Shannon Dermody

L'étudiante native de New York,  et qui suit les cours de la section photo à l'Institut Antonelli de Philadephia, utilise le numérique pour créer ses cauchemars et déranger notre confort visuel. "Mon travail précédent était des portraits de personnes âgées, des mariages et des portraits de famille. "

 
Pour dénoncer les viols, la photographe s'est inspirée du personnage de Ariel dans <em>La petite sirène (1989)</em><br />
 
Pour dénoncer les viols, la photographe s'est inspirée du personnage de Ariel dans La petite sirène (1989)
 
photographie Shannon Dermody

Les commentaires sur son compte Facebook sont élogieux et parfois même dithyrambiques. Térésa, une internaute, écrit : "En tant qu'infirmière, je pense que beaucoup de gens ne sont pas conscients de ce qui se passe autour d'eux. La plupart  des gens disent que ça ne peut pas être vrai."  Une autre, Sarah, surenchérit : "Vous avez fait un travail phénoménal en ce qui concerne ces problèmes de notre époque. Vos photos ont certainement eu un impact sur moi. Merci !"

Une autre internaute suggère d'ajouter parmi les thématique traitées la nourriture et les brimades. Catherine, elle, trouve une résonance politique à ces photos. Elle écrit : "  Nous avons une justice suprême si odieuse envers les femmes que nous pourrions voir nos droits dépouillés. (...) J'ai peur chaque fois que notre président parle. Vous êtes une artiste qui peut déplacer les gens et les pousser à l'action."
 
Image pour dénoncer les violences policières.<br />
Les vêtements, le tatouage et le visage évoquent Tiana, le personnage de Disney dans <em>La Princesse et la Grenouille </em>(2009).
Image pour dénoncer les violences policières.
Les vêtements, le tatouage et le visage évoquent Tiana, le personnage de Disney dans La Princesse et la Grenouille (2009).
photographie Shannon Dermody

Enfin, un certain Chuck, est loin, lui, de partager cette belle unanimité : "C'est ce que j'appelle de l'art choc. Quand les gens prennent des photos morbide et obscènes pour promouvoir ce qu'ils appellent "Art" et veulent sensibiliser. Tout d'abord, ce ne sont pas tous des problèmes mondiaux. Certains, oui, d'autres sont plus domestiques. Puis le commentaire dérape "Si on jetait la photo d'une femme avec un demi-bébé mort entre ses jambes avec l'étiquette "avortement". (...)  Un artiste "Real" s'ouvre à des critiques constructives. Ce n'est pas le lieu ici. C'est pour les médias sociaux. (...) Enfin, cette conclusion qui laisse sans voix : " Apparemment, vous n'avez pas d'enfants."

Rappelons que cette idée coup de poing, celle de détourner des images très populaires pour dénoncer tel ou tel fléau relève, à cette heure, d'un simple exercice d'étudiant. Pas d'exposition en vue. Et puis, Shannon Dermody aurait du mal à revendiquer d'être à l'origine d'un tel concept. En 2011 et 2012, un illustrateur mexicain, Rodolfo Loaiza avait déjà utilisé un tel procédé.  Dans deux expositions retentissantes, Disenchanted et "Disasterland",  nos héros d'enfance se retrouvaient dans un monde alternatif, inquiétant et souvent désespéré.
Une Blanche-Neige alcoolique, une Alice prête pour un voyage cocaïné, Rodolfo Loaiza ravage l'univers gentil de l'empire Disney
Une Blanche-Neige alcoolique, une Alice prête pour un voyage cocaïné, Rodolfo Loaiza ravage l'univers gentil de l'empire Disney

"La réalité n'est pas aimable" disait l'artiste français Roland Topor.
Shannon Dermody et Rodolfo Loaiza ne le contrediraient certainement pas.