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SIDA : quelles perspectives pour le préservatif féminin en Afrique ?

Le programme “condoms 4 all“, lancé par des ONG hollandaises, travaille avec des associations au Nigeria, au Cameroun et au Mozambique. Objectif : expliquer aux femmes l'utilité du préservatif féminin (©Ryan W. Daniels)
Le programme “condoms 4 all“, lancé par des ONG hollandaises, travaille avec des associations au Nigeria, au Cameroun et au Mozambique. Objectif : expliquer aux femmes l'utilité du préservatif féminin (©Ryan W. Daniels)

Cette année 2013 marque le 20e anniversaire de la commercialisation du préservatif féminin. Arrivé en Afrique il y a six ans, il reste le seul moyen, avec le préservatif masculin, d’éviter la propagation du sida lors d’un rapport sexuel. Et pourtant, souffrant d'une image négative et du prix en baisse mais toujours inaccessible, il reste peu développé en Afrique, où 69 % des séropositifs vivent dans la région subsaharienne et où les femmes demeurent le principal vecteur de la maladie.

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"Le préservatif féminin donne la possibilité aux femmes de se protéger elle-même contre le VIH ou contre une grossesse involontaire," souligne Marie Christine Siemerink d’Oxfam Novib. Cette branche hollandaise de l’organisation britannique travaille sur la promotion du préservatif féminin en Afrique, qui reste le continent le plus touché par le Sida (syndrome d’immunodéficience acquise), maladie encore incurable aujourd’hui. Depuis 2009, le programme "Universal access to female condoms" (UAFC) ("Accès universel pour les préservatifs féminins"), mène ses actions dans trois pays d’Afrique : Cameroun, Nigeria et Mozambique. Trois organisations hollandaises sont à l’origine du projet - Oxfam Novib, i+ Plus Solutions et Rutgers WPF - aidées par le ministère des Affaires Etrangères des Pays-Bas. "Il était urgent de promouvoir le préservatif féminin en Afrique, car le risque de propagation du sida y est plus élevé, explique Marie Christine Siemerink. Et pour cause, l’Afrique subsaharienne concentre à elle-seule 69 % des personnes infectées dans le monde, et les femmes de cette région représentent 75% des nouvelles infections, selon l’association Sidaction. Hier encore, la seule protection accessible était le préservatif masculin qui, dans ces pays traditionnels, reste plus répandu que sa version féminine. Or son utilisation dépend du bon vouloir du partenaire masculin. Quant au préservatif féminin, il n'est pas forcément connu et voulu par tous.

"Grâce à l’éducation et au marketing social, nous avons créé une demande dans des zones où le besoin existe et où le taux du VIH est très élevé. Un million de préservatifs féminins ont été vendus au Nigeria. Avant, il n'y avait ni demande, ni connaissance sur le préservatif féminin," raconte Marie-Christine. En 2008, seulement 18,2 millions de préservatifs féminins ont été distribués, contre 2,4 milliards de préservatifs masculins, selon les chiffres divulgués par l’Agence France Presse.

Commercialisé dans le monde (occidental) en 1993, le préservatif féminin n’a fait son entrée en Afrique qu’à partir de 2007, en petite quantité, sous forme d’échantillons. Sans mode d'emploi, ils croupissaient dans les réserves des pays ou des associations. Pour beaucoup d’associations africaines de lutte contre le sida, son utilisation reste tabou, car liée à la sexualité. L’association URACA, basée dans le département français de Mayotte, a œuvré, elle aussi, pour la promotion du préservatif féminin sur l’île, au large de l’Afrique de l’Est. "La sexualité est souvent dirigée par un parent ou un mari, la femme n’est pas forcément libre par rapport à sa vie sexuelle. La banalisation du sujet, la libération de la parole sur la sexualité et un accès au préservatif féminin permettra de réduire la propagation du sida," affirme Tsimaudi Sadamadi, membre actif d’URACA. 

En 2012, 75 % des nouvelles infections du VIH en Afrique subsaharienne touchaient des femmes (©Ryan W. Daniels)
En 2012, 75 % des nouvelles infections du VIH en Afrique subsaharienne touchaient des femmes (©Ryan W. Daniels)
"Les préservatifs féminins représentent seulement 5 % de nos stocks"

En dehors de ces initiatives, la promotion du préservatif féminin n’existe pas, ou peu, dans les autres régions d’Afrique. Le phénomène y est encore trop récent, souvent introduit par les associations et les ONG. Contactées par Terriennes, l’association tchadienne de counselling et de prise en charge des PVVIH, basée à Moundou, et l’Association African Solidarity (AAS), qui lutte contre le VIH au Burkina Faso, évoquent l'arrivée du préservatif féminin "il y a six ou sept ans". "Nous ne recevons pas beaucoup de préservatifs féminins ; ils représentent seulement 5 % de nos stocks de préservatifs, affirme Issoufou Tiendrebeogo, président de l’AAS. Nous ne voyons pas de volonté manifeste de nos partenaires financiers d'investir dans l’achat de préservatifs féminins. Si on veut vraiment le promouvoir, on peut trouver des financements, car il donne un pouvoir aux femmes," ajoute-t-il.

Fourni au compte-gouttes par les organisations internationales, le produit reste quasi inaccessible en Afrique. Seules les structures associatives de lutte contre le Sida le propose gratuitement aux femmes. Sinon ? De rares commerces ou pharmacies... Faute de demandes, très peu les proposent. Un préservatif féminin ne serait disponible que pour 300 femmes chaque année, rapportait l’AFP en 2008.

Ce produit pâtit, en outre, d’une mauvaise image, due peut-être au manque d’explication et de "publicité". "Le préservatif féminin n’est pas demandé, car il n’est pas connu. Le produit fait un peu peur. Celles qui le connaissent restent perplexes par rapport à sa taille et trouvent que ce n’est pas pratique à utiliser," rapporte Tsimaudi Sadamadi d’Uraca, tout en confirmant le succès de la campagne en faveur du préservatif féminin - l’association mahoraise est désormais en rupture de stock ! Grâce à ce plan financé par le Ministère français de la Santé, les participantes au projet ont bénéficié d’un accès gratuit au préservatif féminin que, en temps normal, elles auraient dû payer. C’est là tout le problème de l’accès au préservatif féminin, en Afrique comme dans le reste du monde.

L'usine de la Female Health Company installée en Malaisie a contribué à faire baisser le prix des préservatifs féminins. ©FHC
L'usine de la Female Health Company installée en Malaisie a contribué à faire baisser le prix des préservatifs féminins. ©FHC
Malgré une baisse des prix, le préservatif féminin encore peu accessible

"C’est un moyen de prévention qui reste encore cher pour tous les Burkinabés. Il est plus cher que le préservatif masculin et il n’est pas disponible partout. Il coûte plus de 300 francs. Il faut passer par des organisations humanitaires pour l'avoir," dénonce M. Tiendrebeogo. En 2000, déjà, le médecin français François Deniaud avait lui aussi pointé du doigt les prix excessifs, inadaptés aux revenus moyens des habitants des pays d’Afrique. Cette année-là, des femmes du Swaziland avaient même réclamé à leur ministère de la Santé une baisse des prix du préservatif féminin.

Mais depuis ces cinq dernières années, la situation a commencé à évoluer. La raison : la modernisation du nouveau préservatif féminin, le FC2, par la FHC en 2007, qui a permis de faire baisser les coûts de fabrications, et donc les prix de vente. Agrémentée par l'Organisation mondiale de la santé en 2007, l'entreprise américaine a changé les matériaux, qui étaient autrefois plus onéreux, et a délocalisé sa fabrication de Londres vers l'Asie, où la main d'oeuvre est moins chère. C'est à partir de là, que l'un des principaux fabricants, FHC a commencé à baisser de 30% ses prix, qui étaient jugé élevés quelques années plus tôt, selon les données divulgués par la FHC. " Depuis l'introduction du FC2 sur le marché, le préservatif féminin est devenu plus populaire, la demande a augmenté et nous avons pu ainsi baissé les prix. Si à l'avenir la demande et les continuent d'augmenter, alors nos prix se réduiront aussi", affirme Lucie van Mens, directrice de la section développement de programme et support de la Female Health Company. Les concurrents l'ont suivi sur cette lancée en produisant eux aussi le nouveau modèle. Depuis 2012, l'entreprise indienne Cupid est devenu le deuxième fabricant à être agrémenté par l'OMS et UNFPA, prouvant que son produit est désormais aux normes.

Malgré un secteur qui se développe et des efforts des fabricants pour baisser les prix, les préservatifs féminins sont encore peu nombreux dans certains pays d'Afrique contrairement aux préservatifs masculins. La raison ? Leur accès dépendrait aussi des budgets alloués par les différents gouvernements des pays d'Afrique pour le planning familiale. "Beaucoup de pays voudraient fournir à leur population un accès, mais ils doivent souvent faire des choix puisqu'ils ont des budgets limités" selon Lucie van Mens de la Female Health Company.

Les nouveaux fabricants de préservatif féminin venus d'Asie permettent de diversifier les produits (©condoms4all.org)
Les nouveaux fabricants de préservatif féminin venus d'Asie permettent de diversifier les produits (©condoms4all.org)

Compte tenu de cette situation, le programme hollandais "Universal access to female condoms" a pris en charge une partie du coût des préservatifs féminins, afin que les prix deviennent plus accessibles aux populations. Dans le même temps, le projet agit auprès des fabricants et des acheteurs, tels que les institutions onusiennes ou USAID. Elle aide, par exemple, les fabricants de préservatifs féminins venus d’Asie, tels que les producteurs indiens Cupid et HLL, ou le Chinois Dahua, dans leur demande validation par l’OMS. HLL et Dahua pourraient d'ailleurs voir leur produit homologué dès 2014, selon M. Siemerink d’Oxfam Novid. "Nous informons les acheteurs, tels que USAIDS, qu'ils ont le choix entre deux fabricants. Et lorsqu’ils achètent en gros, ils peuvent négocier de meilleurs prix. C'est cette dynamique qu'on essaie d'influencer," poursuit-elle.

De nouvelles initiatives de promotion du préservatif féminin commencent à se développer dans d’autres pays d’Afrique - en République démocratique du Congo et au Ghana - et en Asie - au Pakistan et au Cambodge. "Il est compliqué d'établir un bilan sur l'impact direct de notre programme sur la propagation du VIH dans les pays. Mais la vente d'un million de préservatifs féminins au Nigeria montre que les gens l'ont utilisé et que leur rapport sexuels ont été protégés" assure M. Siemerink.
 


Où en sont les traitement contre le SIDA ?

01.12.2013Le Grand Angle du 64' de TV5MONDE
Jean-Luc Romero,homme politique et militant associatif, se bat depuis de nombreuses années pour venir en aide aux victimes du sida et pour changer les mentalités. Philippe Benaroche est chercheur et directeur d'un laboratoire sur l'immunité à l'Institut Curie à Paris. Tous deux sont les invités de Xavier Lambrechts pour faire le point sur le sida, trente ans après la parution du virus.
Où en sont les traitement contre le SIDA ?

L'histoire du préservatif féminin

1908 : Le premier préservatif féminin apparaît en France, en Angleterre et aux États-Unis, porté par les néo-malthusiens, défenseurs de la limitation des naissances. En France, c'est la société Excelsior qui commercialisait "Le Pratique", nom donné au premier "préservatif pour dames en caoutchouc"

1985 : L'idée du préservatif féminin renaît. Après plusieurs années d'études, elle se concrétise sous la forme d'un dispositif intra-vaginal en polyuréthane, mis au point par le physicien danois Lasse Hessel, puis perfectionné par le docteur Erik Gregersen.

1993 : L'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux autorise sa commercialisation. La première génération de préservatifs apparaît sous le nom de Fémidom® ou FC1. Il apparaît en Europe, notamment en Angleterre, quelques années plus tard.

Aujourd'hui, le préservatif féminin de seconde génération, Fémidom ou Female Condom (FC2), a remplacé le préservatif féminin de première génération.

A lire : B. Fontanel, D. Wolfromm, Petite histoire du préservatif , Editions Stock, Paris, 2009.

Les femmes et le Sida

- 12,9 millions de femmes âgées de plus 15 ans, infectées dans le monde en 2012
     => En tout, 35,3 millions d'hommes et de femmes vivent avec la maladie.

- 75% des nouvelles contaminations en Afrique Subsaharienne concernent des femmes.

- Elles restent vulnérables socialement et biologiquement par rapport aux hommes.   La violence, les viols et les microdéchirures  des tissus du vagin causées lors d'un rapport sexuel accroît les risques d'infection du Sida chez la femme.