Soldats violeurs à Djibouti : dix Djiboutiennes en grève de la faim à Paris

Mars 2016. Hawa, djiboutienne, fait la grève de la faim, dans le local de l'association 'Femmes solidaires' à Arcueil (Val-de-Marne). Elle lutte contre l'impunité des viols commis par les soldats djiboutiens.<br />
Mars 2016. Hawa, djiboutienne, fait la grève de la faim, dans le local de l'association 'Femmes solidaires' à Arcueil (Val-de-Marne). Elle lutte contre l'impunité des viols commis par les soldats djiboutiens.
© Séverine Maublanc

Après 19 jours de grève de la faim, les 10 Djiboutiennes, en lutte contre l’impunité des viols perpétrés par l’armée de leur pays, ont mis fin à leur action le 12 avril 2016. Elles ont été entendues  par l’ambassadrice des droits de l’homme du ministère des affaires étrangères français.

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Article mis à jour jeudi 14 avril 2016

Après une grève de la faim qui aura duré 19 jours, les 10 Djiboutiennes ont obtenu une entrevue avec l'ambassadrice des droits de l'homme du ministère des affaires étrangères français. Madame Sparacino-Thiellay s’est rendue auprès d’elles le 11 avril 2016.


Mariam (le prénom a été modifié) a caché son visage sous son voile. Elle ne veut pas être reconnue. Violée par des soldats de l’armée djiboutienne, cette jeune Afar (peuple qui habite le Nord du pays), craint que l’armée ne s’en prenne à sa famille, restée à Djibouti. « S’ils me reconnaissent, ils pourraient questionner mes parents, mes soeurs, les enfermer, peut-être plus ».

Depuis ce vendredi (le 25 mars 2016), dix femmes venues de Djibouti ont décidé d’entamer une grève de la faim pour dénoncer les viols que les soldats de l’armée gouvernementale ont commis, sur elles-mêmes ou sur des femmes de leur famille.
« Je gardais mon troupeau de chèvre dans mon village. Des soldats de la force d’action rapide, les FAR, sont arrivés à plusieurs. Quatre m’ont tenue et deux m’ont violée. Ma famille a déposé plainte. Moi, je ne pouvais pas. Pendant deux mois, je suis restée alitée, malade. Mais rien n’a abouti », raconte Fafi, en afar, sa langue natale.

Soutenues par l’association ‘Femmes solidaires’, elles sont hébergées à Arcueil (Val-de-Marne), dans un local de l’association. Installées sur des lits pliants, elles ont arrêté de se nourrir et brandissent, sur des feuilles de papier, le hashtag ‘#stopvioldjibouti’.

La députée européenne Front de gauche, Marie-Christine Vergiat, soutient la lutte contre les viols à Djibouti, menée par les Djiboutiennes en grève de la faim.
La députée européenne Front de gauche, Marie-Christine Vergiat, soutient la lutte contre les viols à Djibouti, menée par les Djiboutiennes en grève de la faim.
© Séverine Maublanc

La France ferme les yeux

Elles veulent sensibiliser l’opinion sur l’impunité des viols dans leur pays et interpellent les Etats présents à Djibouti, dont la France fait partie, avec une de ses plus grandes bases militaires.
Aïcha Dabalé, membre de la direction nationale de ‘Femmes solidaires’ et porte-parole du ‘Comité des femmes djiboutiennes contre le viol et l’impunité’, reproche à la France, « pays des droits de l’homme, de fermer les yeux sur les agissements des soldats djiboutiens ».
Les Djiboutiennes réclament aussi l’ouverture d’une enquête internationale et cherchent à faire reconnaître ces viols comme des crimes de guerre.
 


« Ces viols ont lieu dans des zones ‘‘de résistance’’ », explique Aïcha Dabalé. Dans le Nord et le Sud-Ouest du pays, « ces femmes sont violées à cause de leur soi-disante ‘‘sympathie pour les opposants’’. Par exemple, les viols peuvent survenir lorsqu’elles viennent à la gendarmerie demander des nouvelles de leur parent détenu. Mais elles sont aussi violées en allant chercher de l’eau dans les villages. Cette ‘‘sympathie’’ est un faux prétexte », poursuit la porte-parole.

Ces viols sont monnaie courante. Et les plaintes partent à la poubelle

Ces femmes ont choisi la France pour dénoncer les viols dont les Djiboutiennes sont victimes, car elles ne peuvent le faire dans leur pays, où le pouvoir djiboutien soutient ses propres soldats. D'autres Djiboutiennes, à Namur (Wallonie) et à Anvers (Flandre) en Belgique, ont entamé le même mouvement de protestation.

« Ces viols sont monnaie courante. Et les plaintes partent à la poubelle », explique Aïcha Dabalé. A ce jour, le ‘Comité des femmes djiboutiennes contre le viol et l’impunité’ a reçu 246 témoignages de viols, pour seulement une vingtaine de plaintes enregistrées par l’Etat djiboutien.
La porte-parole du comité raconte aussi que les médecins ne veulent pas reconnaître les viols : « tout au plus, ils acceptent de faire état de coups et blessures, pour ne pas risquer de voir leur cabinet fermé par le gouvernement ». Selon ses dires, des médecins militaires français qui avaient accepté de constater des cas de viols « ont dû revenir sur leurs déclarations, à la demande de la France, après les pressions du gouvernement djiboutien ».

Les femmes violées n’ont aucun recours, ni juridique ni médical. Et leurs familles n’ont pas les moyens financiers de les soigner. Certaines, désespérées, vont jusqu’à se laisser mourir.
Fatou, une vingtaine d’années, s’est jointe à la grève de la faim, au nom de sa cousine de 16 ans, qui, après avoir été violée par des soldats, sous les yeux de ses parents, s’est laissée dépérir, déprimée, isolée et non soignée. Dans le témoignage ci-dessous, elle raconte comme toute la famille s'est transformée en un groupe de morts-vivants après cette horreur.
 

Viols djibouti


La jeune Fatouma, mal-entendante, violée elle aussi, montre avec des gestes ce qu’elle réclame : que les soldats soient emprisonnés. Son père a déposé une plainte, classée sans suite. Il a alors poussé sa fille à faire le voyage jusqu’en France pour témoigner de ces viols, couverts par le pouvoir djiboutien en place.
 

Fatouma se bat pour que les soldats djiboutiens, auteurs de viols, soient reconnus coupables.
Fatouma se bat pour que les soldats djiboutiens, auteurs de viols, soient reconnus coupables.
@ Séverine Maublanc


Ces femmes réussissent à quitter leur pays grâce au soutien du ‘Comité des femmes djiboutiennes contre le viol et l’impunité’, dont les membres agissent clandestinement à Djibouti. D’abord cachées dans les pays limitrophes, pendant parfois jusqu’à deux à trois années, elles attendent des visas. Pour Aïcha Dabalé, il est très important de « faire venir les Djiboutiennes qui se sont faites violer, pour que leurs témoignages soient enfin entendus ». Mais elle ajoute qu’obtenir l’asile en France est très compliqué, « à cause des intérêts que le pays a à Djibouti ». Ces femmes sont donc passées, pour la plupart, par la Belgique.

Leur voyage est financé par les Djiboutiennes qui habitent en Europe. Elles envoient aux femmes membres du Comité, présentes à Djibouti, l’argent que rapportent les soirées, conférences et repas de soutien qu’elles organisent sur le Vieux Continent.

Djiboutiennes en grève de la faim, à Arcueil (Mars 2016).
Djiboutiennes en grève de la faim, à Arcueil (Mars 2016).
© Séverine Maublanc


L’ouverture d’une enquête internationale s’avère difficile : « l’enquête ne peut être ouverte qu’une fois tous les recours juridiques effectués dans le pays d’origine. Les plaintes étant classées sans suite, les démarches sont donc impossibles », explique Sabine Salmon, présidente de ‘Femmes solidaires’. Deux avocates internationales sont attendues par l’association pour apporter leur aide au mouvement.

A quelques jours des élections présidentielles à Djibouti, qui doivent se dérouler le 8 avril 2016, les femmes espèrent que leur action sera remarquée.
En France, des élues d’extrême gauche ont répondu présentes. Mardi 29 mars 2016, la sénatrice du Val-de-Marne Laurence Cohen (Groupe communiste) et la députée européenne Marie-Christine Vergiat (Front de gauche) sont venues soutenir les Djiboutiennes en grève de la faim. Le lendemain, c'était au tour de la députée communiste de Seine-Saint-Denis, Marie-George Buffet, des maires de Gentilly et d'Arcueil (départements et villes de la banlieue parisienne) d'apporter leur aide au mouvement. Marie-George Buffet et Patricia Tordjman ont promis de sensibiliser au sujet Laurence Rossignol, ministre de la Famille, de l'enfance et des droit des femmes. 
L'association ‘Femmes solidaires’ a interpellé l’Etat français dont, à ce jour, elle attend la réponse.

On nous prie d'insérer ce droit de réponse reçu de Alexis Mohamed, le 31 mars 2016
Chargé de Mission de la Présidence de la République de Djibouti

C'est avec consternation que je viens de prendre connaissance des propos recueillis par TV5Monde sur des imaginaires viols de l'armée djiboutienne contre de femmes dans le nord du pays.

Les allégations non fondées et publiées sur le site de votre chaîne, m’amènent à solliciter un droit de réponse sur le sujet.

Madame Dabalé qui ne manque aucunement l'occasion de spéculer sur un tel mensonge à travers les médias à chaque approche d'une élection présidentielle à Djibouti pour justifier les subventions de sa structure associative, occulte les réalités sur ce qu'elle souhaite comme la vérité.

Et le cas de 246 victimes comme stipulé dans l'article,  met en exergue le fantasme d'un couple bien disposé à faire parler de lui, puisque étant l'épouse de Monsieur Qadamy du FRUD armé qui a revendiqué début octobre 2015,  l'attentat contre des biens publics notamment des ambulances dont une transportant une femme enceinte.

Précision concernant l'une des affirmations énoncées dans ce "droit de réponse" :
"Le comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l'impunité est une association informelle non déclarée à la Préfecture de Djibouti qui ne peut donc recevoir de subvention de l'Etat."