Sonia Merazga, “artiviste“ à l'assaut des préjugés sur le voile

Sonia Merazga ©Sémiramis Ide/TV5MONDE
Sonia Merazga ©Sémiramis Ide/TV5MONDE

Le port du foulard islamique n'en fini pas d'alimenter les discordes en France. Depuis 2001, l'artiste française Sonia Merazga essaye de changer le regard des gens sur ce voile grâce à son oeuvre. Elle y dénonce ce qu'elle juge être un "matraquage médiatique" contre les musulmans. L’Artivisme, cette fusion entre militantisme et art, est devenu son moyen à elle d’exprimer sa "colère".

dans
Devant cette boîte en verre où une femme voilée est enfermée, comme en détresse, les gens passent sans la regarder, d'autres osent jeter un coup d'œil puis continuent leur route, et certains s'arrêtent pour regarder, comprendre, puis parler. Cette performance intitulée "Femme voilée dans la boîte" était réalisée par l'artiviste (prise de conscience de problèmes politiques à travers l'art) Sonia Merazga le 12 octobre 2013 à Paris. Cette artiste française de 38 ans, mère de famille, d'origine algérienne, aux vêtements colorés, aux allures d'étudiante parisienne en Art, produit des oeuvres engagés depuis 2001. Le coeur de son travail : le militantisme où elle dénonce l'islamophobie galopante de la société française, le conflit israélo-palestinien ou encore les États-Unis. " J'étais prédestinée à l'art et j'ai toujours été militante. Les attentats du 11 septembre 2001 ont été décisifs pour moi. C'est à partir de ce moment que ça a explosé en moi. C'était une évidence. J'ai fusionné deux parties de ma personnalité, ce qui a donné ce militantisme à travers la peinture ", raconte Sonia Merazga, d'un regard perçant souligné et tiré d'un trait de khôl. Bien entendu, elle ne vit pas de son artivisme. "Ca ne nourrit pas", sourit-elle. Elle est dessinatrice en aménagement d'espace pour une entreprise à la plaine Saint-Denis. Mais sa passion et sa colère envahissent sa vie. Elle peint, colle, dessine, photographie et fait des performances.
 
Sonia Merazga dans sa performance “Femme voilée dans la boîte“. ©Sonia Merazga (Cliquer pour agrandir)
Sonia Merazga dans sa performance “Femme voilée dans la boîte“. ©Sonia Merazga (Cliquer pour agrandir)
Pour réaliser son oeuvre "Femme voilée dans la boîte", la jeune croyante musulmane a couvert sa tête d'un voile pour l'occasion, et elle est rentrée dans peau de l'une de ces femmes dont on parle tant dans les médias français. "J'ai voulu symboliser l'enfermement de ces femmes voilées, à qui on retire le droit d'aller à l'école et au travail, des lieux justement de libération. Donc ça les enferme encore plus ", clame-t-elle d'un poing serré, attablé dans un café parisien. "L'État n'a pas à intervenir dans ce choix personnel. Il le considère comme un acte politique alors que c'est juste un choix religieux", exprime-t-elle, évoquant le ressenti de son entourage, particulièrement sa mère voilée. Mais elle tient à préciser "Si j'avais à coté de moi des musulmanes forcées de se voiler, je serais à leurs côtés car je défend la liberté individuelle".

Un art militant et pédagogique
Mais la lecture de cette oeuvre peut sembler ambiguë : le voile enferme-t-il les femmes ? Ou est-ce le regard négatif des autres sur les femmes voilées qui les enferme ? "C'était recherché" dit-elle. Les Français de confession musulmane ne l’ont pas comprise. "Les musulmans ont mal réagit face à la performance. Ils ont pensé que ça allait être mal interprété par le Français lambda, ils sont toujours dans le regard de l'autre", rapporte Sonia Merazga. Au-delà de la dénonciation, du militantisme, son art se veut aussi pédagogique. Pour les musulmans d’abord : "J'ai envie qu’ils aient accès à cette forme d'expression car ils n'ont pas reçu de culture artistique. La plupart de nos parents étaient modestes et ont orienté leurs enfants vers des métiers de réussite, tels que la finance ou la justice. Aujourd'hui, il existe une bourgeoisie maghrébine en France. Mais le problème, c'est qu'ils n'ont pas eu accès à l'art car c'était considéré comme quelque chose d'inutile. Du coup, l'art ne leur parle quasiment pas", se remémore l'artiste, qui a grandit à Mantes-la-Jolie (Yvelines) où vit une forte population d'origine maghrébine.
 
Sonia Merazga et ses oeuvres artivistes “Les fantômes de Guantanamo“ et “Justice a été faite“ au second plan.  Sémiramis Ide/TV5MONDE (Cliquer pour agrandir)
Sonia Merazga et ses oeuvres artivistes “Les fantômes de Guantanamo“ et “Justice a été faite“ au second plan. Sémiramis Ide/TV5MONDE (Cliquer pour agrandir)

Son art se veut éducatif, à destination de ces autres Français avec lesquels elle a échangé lors de sa performance "Femme voilée dans la boîte" : "Quand on va à leur rencontre, parfois leur opinion peut être beaucoup moins tranchée que les sondages peuvent l’affirmer. Les réactions ont été plus positives que je pouvais moi-même l'imaginer. Certains ont compris mon œuvre et l'ont beaucoup aimé'".

Sonia Merazga admet utiliser volontairement la caricature dans ses créations, pour qu'elles deviennent plus accessibles : "L'art doit interpeller, choquer. A travers cette œuvre, j'avais aussi envie de créer un dialogue", déclare-t-elle.

Un échange sur cette société qu’elle juge aujourd’hui invivable et qui l’a poussée à s'exiler définitivement à l’étranger.
 

“Femme voilée dans la boîte“

Le 12 octobre 2013 à Paris, Sonia Merazga s'est donc enveloppée d'un voile et s'est enfermée dans une boîte en verre apparaissant en détresse. Une performance réalisée à Paris, dans trois quartiers différents de la capitale française : Beaubourg (centre, touristique), Belleville (Nord Est "populaire") et La Motte-Picquet-Grenelle (Sud Ouest "bourgeois". Les réactions étaient diverses, selon les lieux de l'installation.
   

Les oeuvres 'artivistes' graphiques de Sonia Merazga

 

Les oeuvres artiviste de Sonia Merazga

 

Qui est SONIA MERAZGA ?

Artiviste - Plasticienne - Photographe


1975 : Naissance à Oran (Algérie)
1977 : Arrivée en France
2001 : Attentat du 11 septembre, début de son Artivisme.
2009 : Diplômée de l'École Boulle en décoration d'intérieur
2013 : " Femme voilée dans une boîte"