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#SoyezauRDV : Contre les violences sexuelles, cinq féministes interpellent Emmanuel Macron

A l'initiative de cinq féminstes, un rassemblement a été organisé, vendredi 24 novembre, sur la Place de la République à Paris, pour exiger du président un plan d'urgence contre les violences sexistes et sexuelles à l'égard des femmes. (c) LZ
A l'initiative de cinq féminstes, un rassemblement a été organisé, vendredi 24 novembre, sur la Place de la République à Paris, pour exiger du président un plan d'urgence contre les violences sexistes et sexuelles à l'égard des femmes. (c) LZ

A la veille du 25 novembre, journée de lutte contre les violences faites aux femmes, cinq féministes chacune à l'origine d'une pétition contre les violences sexuelles interpellent le président Emmanuel Macron avec le hashtag #SoyezauRDV. Rassemblées vendredi matin sur la Place de la République à Paris, elles ont exigé un plan d’urgence. Reportage. 

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« Une femme sur deux a déjà été victime de harcèlement, M. le président soyez au rendez-vous. » « Une femme n’est jamais responsable des violences qu’elle subit, Mr le Président, soyez au rendez-vous. » Une mobilisation éclair, mais des mots forts résonnent sur la place de la République où cinq féministes ont mené leur première action de la journée au cours d’une matinée humide.

"Nous ne voulons plus de bla-bla !"

Elles sont une trentaine. Toutes, pancarte à la main avec le hashtag #SoyezauRDV retranscrit en blanc sur fond rouge, elles adressent plusieurs messages au chef de l’Etat Emmanuel Macron. A 24 heures tout juste de son discours présidentiel, très attendu, demain samedi 25 novembre à 11 h à l’occasion de la journée de lutte contre les violences faites aux femmes.
(c) LZ
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« Aujourd’hui en France, 227 femmes vont être victimes de viol, 1643 femmes vont être victimes d’agressions sexuelles. Nous ne voulons plus de bla-bla », lancent-elles, comme dans cette vidéo largement diffusée en tout début de matinée, suivie de plusieurs tweets, occupant simultanément deux terrains de lutte : les réseaux sociaux et sur la place parisienne. 
 
violences sexuelles spot
 
A l’initiative : Caroline de Haas, Fatima-Ezzahra Benomar, Laure Salmona, Madeline Da Silva et Clémentine Vagne. Chacune à l’origine d’une pétition à succès sur Change.org, comptabilisant au total 700 000 signataires. Cinq pétitions, autant de soutiens. Les féministes le rappellent dans une tribune, nous sommes « 700 000 à vous avoir interpellé Mr. le président ».

 
On ne fait pas une grande cause nationale avec le plus petit budget de l’Etat.Laure Salmona, militante féministe
Alors que le gouvernement a décrété l'égalité homme-femme grande cause de son quinquennat et qu'il vient d'annoncer un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, les organisatrices ne sont visiblement pas convaincues et demandent des mesures concrètes.

Doubler le budget alloué aux droits des femmes 

« On ne fait pas une grande cause nationale avec le plus petit budget de l’Etat, fustige Laure Salmona, spécialiste des violences sexistes et sexuelles, cofondatrice du collectif 'Féministes contre le cyberharcèlement'. On n’a pas besoin de plans de communication du président sans mettre les moyens sur la table. »
 
Intransigeantes sur les moyens financiers alloués, les cinq féministes rappellent que « L'Espagne a débloqué en juillet un fonds d’un milliard d'euros sur 5 ans pour lutter contre les violences sexuelles ». « Un milliard. La France ne peut pas être en dessous », répètent-t-elles. Preuve que la requalification du ministère des Droits des femmes en secrétariat d’Etat, et la baisse du budget alloué, ne passent toujours pas.
 
« Ce sont des signaux négatifs, déplore Fatima-Ezzahra Benomar, co-fondactrice de l’association Les Effronté-e-s qui avait lancé une campagne pour la formation des agents de police au harcèlement dans l’espace public. Il nous faut un ministère dédié aux femmes et pas une coquille vide avec un budget a minima. »
 
Il y a une fenêtre de tir où on peut sauver les personnes, si on la manque, c’est foutu. 
Fatima Benomar, co-fondatrice des effronté-e-s
Elle ajoute qu’il faut « doubler les subventions aux associations d’aide aux victimes » :
Fatima-Ezzahra Benomar co-fondatrice du collectif les effronté.e.s (c) LZ
Fatima-Ezzahra Benomar co-fondatrice du collectif les effronté.e.s (c) LZ
« Celles-ci se retrouvent asphyxiées par des baisses drastiques, explique-t-elle. Or supposons qu’une femme, dans cet élan mobilisation contre les agressions, décide d’agir contre les violences conjugales qu’elle subit en quittant son conjoint violent. S’il n’y a pas d’association pour l’accompagner, pas de structure d’hébergement. Que se passera-t-il ?  Il y a une fenêtre de tir où on peut sauver les personnes, si on la manque, c’est foutu. »
 
D’ailleurs, le 3919 (numéro d’écoute national pour femmes victimes de violence) et l’association Viols Femmes information croule sous les demandes, tient à rappeler Laure Salmona . « Or en moyenne les victimes  mettent 13 ans pour trouver un professionnel ou une professionnelle formé.», assène-t-elle.
 
Parmi les participantes, Clara Gonzales, féministe, explique qu’elle est venue pour dire « Soyez-là, Monsieur le Président et on sera là aussi pour déchiffrer chacune de vos propositions ». Pour elle, il faut décrypter « l’attitude de ce gouvernement qui prétend avoir formé 400 000 professionnel.le.s en 3 ans, alors qu’ il s’agit en réalité du nombre de clics de téléchargement de kit de formation en ligne. »

Faire cesser la banalisation des violences

De même pour Laure Salmona, « On ne peut pas dire qu’ils ont été formés parce qu’ils ont téléchargé un kit ou qu’une personne a bénéficié de deux jours de formation.» « On a besoin de campagnes ambitieuses sur l’ensemble du phénomène des violences envers les femmes, conclut cette féministe qui fut à l'origine de la pétition contre l'hommage rendu au cinéaste Roman Polanski par la Cinémathèque. Aujourd’hui on trouve toujours des excuses et de quoi banaliser les violences sexuelles. »
 
D’ailleurs, les déclarations du Premier ministre interrogé sur les violences sexuelles, mercredi 22 novembre, dans Mediapart, ont suscité beaucoup de colère lors de ce rassemblement. En effet, Edouard Philippe, après avoir souligné que « la libération de la parole était une bonne chose », a appelé à faire « attention », « à ne pas tomber dans une relation entre les individus qui soit faite uniquement de méfiance et de process. On ne doit pas non plus s'interdire - je vais peut-être choquer en disant ça - une certaine forme de séduction intellectuelle, qui ne peut jamais être une certaine forme de violence, une certaine forme de contrainte. » Et Edouard Philippe de poursuivre : « On ne peut pas non plus oublier que dans cette libération de la parole, il arrivera mécaniquement que des accusations portées soient excessives par rapport aux faits dénoncés, ça arrivera.»

Colère contre les déclarations du Premier ministre 

A l’écoute de ces propos, Caroline de Haas, initiatrice de la pétition pour un plan d’urgence signée par 50 000 signataires, s’est dit « sidérée » : « Offrir un tel galimatias  pour différencier la séduction de l'agression dans un tel contexte et jeter la suspicion sur les plaintes déposées et les témoignages des victimes, c’est très dangereux. Je  propose au chef du gouvernement d’être dans la peau d’une femme pendant 24h et il verra que plus 99 % des femmes n’ont aucun problème à distinguer ce qui relève de la séduction et du harcèlement. »
 
La militante féministe observe « qu’il n’y a que dans les campagnes de lutte contre les violences envers les femmes, qu’on entend de tels discours». « Imaginez que, lors d’une catastrophe sanitaire, au lieu de déployer un plan « Orsec », on se met à remettre en doute la parole des victimes. C’est impensable. Nous sommes donc ici pour rappeler au président qu'il a le pouvoir de prendre des décisions à la hauteur de l'enjeu et qu'on réclame un plan Orsec contre les violences sexuelles. »

Leurs revendications

Concrètement les cinq féministes exigent la formation obligatoire de l'ensemble des professionnel.le.s en contact avec les femmes victimes. Des moyens humains et financiers supplémentaires pour que les services de protection de l'enfance, débordés, puissent prendre en charge les enfants victimes. Une loi protectrice des enfants en mettant à 15 ans l'âge minimal en dessous duquel les mineur.e.s seront présumé.e.s ne pas avoir consenti. La création d'un brevet de la non-violence pour les adolescents. Des actions pour faire appliquer la loi concernant les violences sexuelles au travail, angle mort des politiques publiques. Et des campagnes de communication aussi ambitieuses que celles de la Sécurité routière.
 
Pour l'heure, elles restent mobilisées. Elles devaient organiser vendredi soir à 18 h 30 un deuxième rassemblement. Avant la grande manifestation prévue, samedi 25 novembre, à 14 h30, journée de lutte contre les violences faites aux femmes.
 
Suivez Lynda Zerouk sur Twitter @lylyzerouk