Terriennes

Stéréotypes de sexe : en France, les manuels scolaires doivent encore être révisés

Exposition du centre Hubertine Auclert sur la représentation des femmes dans les manuels scolaires au salon européen de l’éducation 2013.
Exposition du centre Hubertine Auclert sur la représentation des femmes dans les manuels scolaires au salon européen de l’éducation 2013.

Fini les ABCD de l’égalité. Mais l’ancienne ministre des droits des femmes Najat Vallaud Belkacem et Vincent Peillon ex-ministre de l’Education avaient promis en juillet dernier, de les remplacer par un plan « encore plus ambitieux » dès la rentrée 2014. Un nouveau rapport relatif « à la lutte contre les stéréotypes de sexe » a été rendu public le 20 octobre. Il préconise dans le domaine de l’Education, de s’attaquer aux manuels scolaires, toujours diffuseurs de clichés sexistes. Et il y a encore du travail.

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On croyait les images sexistes disparues des pages des écoliers. Et pourtant, en 2014, la journée type d’une famille est encore parfois représentée par ‘un papa qui travaille dur et une maman qui fait les courses’. C’est le constat qu’a fait une mère il y a quelques jours, en tombant sur un exercice de sa fille en classe de CP. En colère, elle a alors posté sur Twitter, cette fiche que les enseignants peuvent se procurer sur Exofiches.net,  et qui est censée faire comprendre aux enfants la notion de simultanéité.  Ainsi, les écoliers apprennent qu’à la fin de la journée, c’est ‘maman qui fait à manger, pendant que papa se repose dans le canapé’.
 

Consternée par l’exercice"La journée de la famille"de ma fille en classe de CP. Bienvenue en 2014 #Sexisme pic.twitter.com/esgaTV4BKO

— Virginie Sassoon (@VirginieSassoon) 19 Octobre 2014
 
 
Le rapport pour la « lutte contre les stéréotypes » tombe donc à point nommé. Elaboré par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, il propose de conditionner les financements publics accordés notamment aux médias, à la communication institutionnelle et aux outils pédagogiques utilisés dans les établissements scolaires, pour leur faire adopter les bonnes pratiques en matière d’égalité.
Concernant le domaine scolaire, ce sont les manuels qui sont visés, véhiculant encore un bon nombre de clichés sexistes. Financés par les pouvoirs publics, via l’Education Nationale ou les collectivités territoriales (commune, conseil régional), le marché des manuels est estimé à 281 millions d’euros. 
Alors, plus question que « les financements publics n’alimentent les stéréotypes », prévient Isabelle Germain, présidente de la commission stéréotypes du HCEhf (Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes) et responsable du site d'information féministe Les Nouvelles NEWS.

Un savoir qui « invisibilise » encore les femmes 

Le rapport indique en effet que les femmes représentent seulement 10% des personnages dans les livres scolaires et que 96% des documents historiques présentés sont écrits par des hommes.  La femme apparaît encore trop souvent aussi dans la relation amoureuse, comme épouse, amante, ou muse. Elle est plus l’objet de création que la créatrice. Lorsque des compétences sont mises en jeu, elles le sont quasi exclusivement par des hommes. En juin dernier déjà, un autre rapport parlementaire, établi à partir des études du centre Hubertine Auclert  sur le sujet, avait lui aussi souligné un certain nombre de clichés persistants dans les manuels, malgré des « évolutions incontestables ». 
 
Ce nouveau rapport, « complémentaire » à l’ABCD de l’égalité selon Isabelle Germain, va plus loin. Il propose une grille d’indicateurs, pour veiller à la présence des femmes dans les manuels. Elaborée par le centre Hubertine Auclert et le HCEfh, cette grille permet par exemple de compter dans un chapitre le nombre d’hommes et de femmes représentant des personnages célèbres, anonymes, montrant une position d’autorité ou dépréciée. Il permet aussi de recenser l’usage du genre grammatical féminin dans les textes, moins utilisé que le genre masculin. 
Parmi les autres projets en cours, l’installation d’un observatoire des stéréotypes de sexe afin d’évaluer régulièrement l’évolution dans les manuels scolaires. Mais aussi une convention d’engagement à la lutte contre les stéréotypes, qui serait signée par les éditeurs de manuels. 
Dans le précédent rapport, Françoise Fougeron, directrice générale des Editions Nathan s’était d’ailleurs dit impliquée dans ce projet : « Je peux vous assurer que la question de l’égalité et de la lutte contre les stéréotypes n’est pas un sujet que les Éditions Nathan prennent à la légère. En tant que directrice générale de cette maison, j’oeuvre auprès des auteurs avec lesquels nous collaborons comme auprès de toute l’équipe pour que cette question devienne une priorité et que la vigilance ne fléchisse pas sur le sujet ».   
Le sujet du sexisme dans les manuels scolaires et les programmes n’est pourtant pas récent, faisant l’objet de rapports dès les années 80 en France. (voir article déjà réalisé à ce sujet).

 
Isabelle Germain, lors de la remise du rapport le 20 octobre 2014 au ministère de la Santé, des Affaires sociales et des Droits des femmes. TV5Monde.
Isabelle Germain, lors de la remise du rapport le 20 octobre 2014 au ministère de la Santé, des Affaires sociales et des Droits des femmes. TV5Monde.

Le sexisme à la récré 

Mais les problèmes de stéréotypes de sexe dans la vie scolaire en générale sont aussi rappelés dans cette nouvelle étude. Dans les matières scientifiques, les enseignants (es) auraient en moyenne 44% de leurs interactions avec les filles et 56% avec les garçons. 
Les élèves recevant le plus de punitions sont également les garçons, à 75%.  Des sanctions appelées des « médailles de virilité » pour Sylvie Aral, citée dans l’étude, et auteure de « La fabrique des garçons. Sanctions et genre au collège. » Des stéréotypes de sexe qui passent aussi par l’orientation, mais qui commencent tout simplement dans les cours de récréation ou les salles de classe.  Dans ces lieux, les garçons occupent en général plus d’espace. Ils sont plus agités que les filles, souvent calmes et silencieuses. Dans la cour, les garçons se placent au centre et exercent des activités en mouvements qui leur font occuper la majorité de l’espace. Les filles, elles, utilisent donc les marges de la cour, avec des jeux peu mobiles. 
Un constat qu’ont fait aussi nos voisins espagnols. Pour combattre le sexisme à la récréation, le ministère de l’Education madrilène a décidé de proposer d’autres jeux dans les cours de récréation pour offrir plus de places aux filles, et de réorganiser l’espace avec des horaires spécifiques pour chaque jeu. Le projet d’abord testé par 50 écoles, devait s’étendre à d’autres établissements à la rentrée 2014. 
 

Quelques chiffres sur les femmes dans les manuels scolaires