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Stérilet hormonal Mirena : des milliers de témoignages alertent l'Agence du médicament

Copie d'écran du reportage de la chaîne américaine 5 abc : "<a href="https://www.youtube.com/watch?v=Eij54oGpTAQ" rel="nofollow">Des milliers de plaintes contre le DIU Mirena</a>", en 2013, pour des perforations de l'utérus.
Copie d'écran du reportage de la chaîne américaine 5 abc : "Des milliers de plaintes contre le DIU Mirena", en 2013, pour des perforations de l'utérus.

Depuis la publication de notre article traitant de l'omerta sur les effets secondaires du stérilet hormonal du groupe Bayer, plus de 10 000 femmes se sont inscrites sur le groupe Facebook "Victimes du stérilet hormonal Mirena", et ont témoigné. Face au raz-de marée des déclarations de pharmaco-vigilance qui ont suivi, l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé (ANSM) a réagi et lancé une investigation. Bilan d'une semaine qui souligne l'ampleur d'un problème sanitaire grave, et ignoré jusque là.
 

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Déferlement de témoignages

"Nous sommes débordées par les demandes d'inscription, la modération est très difficile, c'est pour cela que nous avons ouvert un forum en plus du groupe Facebook, que nous créons une association pour pouvoir fédérer les femmes touchées par ces effets secondaires et, à terme, pouvoir demander réparation en justice". Marie Le Boiteux, la toute nouvelle présidente de Stérilet Vigilance Hormones (SVH) — l'association issue du groupe Facebook qui vient tout juste de déposer ses statuts — décrit ainsi l'explosion de témoignages survenue suite à la publication de notre article "Stérilet hormonal Mirena : les Françaises dénoncent une omerta sur les effets secondaires".

La présidente de SVH se pose aujourd'hui de nombreuses questions, particulièrement sur la quantité de femmes venues témoigner, ainsi que sur la similitude des vécus et des effets subis : "Ce qui est très étrange, c'est de lire toujours les mêmes parcours, avec des femmes qui disent toutes avoir subi des effets secondaires similaires, au bout des mêmes périodes, et surtout qui ont toutes eu, ou presque, la même réponse de leur gynécologue : 'Ca ne peut pas être votre stérilet Mirena qui est en cause'. Comme si la profession entière s'était refusée, des années durant, à accepter que ces effets secondaires, pourtant listés par le fabriquant, pouvaient être produits par ce DIU hormonal."

Préoccupation prioritaire de L'ANSM

L'Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé a décidé en quelque jours de réagir et de communiquer, marquant ainsi sa préoccupation face aux milliers de témoignages affichés sur le groupe Facebook mais surtout à la suite d'un déferlement, unique, de déclarations de pharmaco-vigilance qu'elle a reçu au sujet des effets secondaires du Mirena :

"L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a pu constater ces derniers jours une augmentation des déclarations d’effets indésirables susceptibles d’être liés au médicament Mirena (dispositif intra-utérin au lévonorgestrel). Les effets indésirables déclarés font l’objet pour la plupart  d’une information dans la notice destinée aux patientes. L’ANSM est néanmoins attentive à cette augmentation des déclarations et à l’apparition de nouveaux signaux qui font actuellement l’objet d’investigations. L’ANSM rappelle l’importance de respecter les recommandations d’utilisation de ce médicament, ainsi que l’obligation d’information des patientes par les professionnels de santé." (communiqué du 12 mai 2017, sur le site de l'ANSM)

Marie Le Boiteux, contactée par L'ANSM explique que "l'Agence est très préoccupée, particulièrement parce qu'ils n'ont pas eu de signalements plus tôt, et que d'un seul coup, c'est l'avalanche. Il leur faut  traiter une vague immense de patientes qui demandent toutes en même temps que leurs effets secondaires soient pris en compte". La présidente de l'association doit être reçue ce vendredi 19 mai 2017 par le directeur général de l'ANSM. Le sujet semble effectivement suffisamment important pour que la direction de l'autorité propose aussi vite un rendez-vous avec la toute nouvelle représentante des patientes affectées par le Mirena.

Retrouvez ici Marie Le Boiteux, invitée dans le Grand Angle du 64' vendredi 26 mai, Grand Angle entièrement consacré à ce dossier, ainsi que la réaction d'Israël Nizand, gynécologue et président Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français.

Mirena et gynécologues : une relation ambiguë ?

Le rôle des gynécologues français dans cette affaire reste encore à établir, mais leur responsabilité ne peut être écartée. Le problème central  — que des milliers de témoignages de femmes soulèvent — est celui d'une sorte d'adhésion aveugle des médecins gynécologues au Mirena, et de l'impossibilité pour eux de le mettre en cause dans les troubles le plus souvent sévères que leur patientes leur rapportent.

Le refus du retrait du DIU opposé par les gynécologues à leurs patientes est asséné par les spécialistes, selon les multiples  témoignages, au nom d'une science incontestable : "Ce sont des hormones administrées localement à très faible dose, elles ne peuvent donc pas agir sur le système général des patientes et donc provoquer des pertes de libido ou d'autres effets secondaires tels que les vertiges ou la dépression." Ces mêmes mots, nous les avions entendus de la bouche du président de la Commission éthique du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF), Gérard Lévy : "Le Mirena, ce sont quand même des hormones à administration locale qui ne passent pas dans la circulation générale". Cette affirmation commence à être discutée par la science médicale, avec des nuances ou des oppositions encore difficiles à saisir. (voir plus loin).

La liste des effets secondaires est-elle donc vraiment connue des médecins, pour refuser ainsi cette réalité, rapportée par leur propres patientes ? Y a-t-il eu une communication du laboratoire Bayer sur cette fameuse "diffusion locale d'hormones qui ne peut pas toucher le reste du métabolisme" ? Une information que les médecins gynécologues auraient pris pour argent comptant ? Le site d'un cabinet gynécologique parisien, sur sa page dédié au stérilet, ne donne aucune information sur des effets secondaires potentiels avec le Mirena. Le médecin, contacté par téléphone, a refusé de répondre à nos questions.

Une patiente de 41 ans avec un DIU Mirena depuis 2011 publie sa réponse par mail à son gynécologue, après avoir demandé l'envoi de son dossier. Ce dossier ne contenait presque aucun symptôme rapporté par la patiente, qui s'en étonne, et rappelle la liste des effets indésirables dont elle était pourtant l'objet et qu'elle avait rapportés au praticien :
 
De nombreuse femmes témoignent de cette très faible prise en compte par leur gynécologue de leurs difficultés avec le Mirena. D'où la méconnaissance du problème par l'ANSM, qui tombe aujourd'hui des nues sous les milliers de courriers de pharmaco-vigilances que les gynécologues n'avaient jamais envoyés des années durant, mais sont adressés depuis une semaine par des patientes furieuses.

Mirena : un monde merveilleux sans "règles" ?

En janvier 2017, le magazine web Gyn&Co diffusait sur Youtube une courte interview du Docteur en gynécologie Nicolas Royer sur les "avantages et inconvénients comparés entre le stérilet cuivre et le stérilet hormonal". Une fois de plus, les avantages du stérilet hormonal y étaient mis en avant, sans jamais que soient évoqués de quelconques effets indésirables. Le Docteur Royer vantait, au contraire, une "tolérance remarquable" et "des phénomènes douloureux rarissimes"  :
 

Ce médecin explique de plus, en conclusion, que le stérilet hormonal (le Mirena sans le nommer, puisqu'il est le seul sur le marché à durer 5 ans et est quasiment toujours préconisé) peut être utilisé non pas comme contraceptif dans certains cas, mais pour diminuer les règles, ou les couper. Une sorte de "DIU de confort" pour ce médecin. Et probablement pour de nombreux autres praticiens…?

Il y a un déni de la capacité des femmes à comprendre leur propre fonctionnement biologique, qui sont infantilisées
Elise Thiébaut, auteure de "Ceci est mon sang"

Cette "qualité" du Mirena, la disparition des règles, une aménorrhée rêvée, semble être centrale dans le discours des gynécologues. Pourquoi est-ce à ce point important, en tant que femme, de ne plus avoir de règles ? La journaliste et écrivaine Elise Thiébaut, (auteure d'un livre remarqué sur le tabou des règles), interrogée sur ce sujet, n'y va pas par quatre chemins : "Il y a par exemple un gynécologue célèbre qui est un ardent défenseur de la suppression des règles, puisqu'il estime qu'avoir autant d'activité ovarienne est de nature à produire beaucoup d'oestrogènes qui sont en fait cancérigènes. Mais sa théorie s'appuie sur des études assez anciennes, et une gynécologue chef de service d'une clinique que j'ai rencontrée explique que les oestrogènes naturels et de synthèse, ce sont deux choses bien différentes. Mais sur tout cela nous avons très peu de recul, cela n'est pas étudié, parce que la parole des femmes n'est pas entendue, parce qu'on prétend penser à leur place. Il y a un déni de la capacité des femmes à comprendre leur propre fonctionnement biologique, qui sont au final infantilisées. Il y a un tabou intériorisé des règles, avec lequel on vous explique qu'il est normal de souffrir quand on a ses règles, et la transmission se fait très jeune et très mal sur ce sujet. Il n'y a pas de transmission d'information détendue, éclairée des mères à leurs filles. Un rapport de honte à soi-même et de déni de ce que l'on ressent se développe et c'est la meilleure méthode de domination et de soumission qui existe. Cela amène à accepter que quelqu'un d'autre sait mieux ce que la femme ressent elle-même"

Les hormones : ces inconnues...

Les médecins spécialistes des hormones sont les endocrinologues. Qu'ont-ils à dire sur les effets du Mirena, et de son effet "purement local" — qui n'affecterait donc pas le système général, selon la plupart des discours des gynécologues ? La professeure Sophie Christin-Maître , représentante de La Société Française d’Endocrinologie (SFE), jointe par téléphone, nous explique elle aussi que "Les hormones du Mirena passent très peu dans le sang (…) le Mirena distille des hormones localement qui ne peuvent pas, à priori, affecter le système général des femmes. Les doses sont totalement infimes pour avoir un effet au niveau hypophisaire…"

Malgré tout, le sujet n'est pas si évident, puisque le gynécologue Martin Winckler déclarait sur l'Obs le 1er mai dernier, à propos du stérilet Mirena : "L’hormone passe dans le sang, l’hypophyse dans le cerveau enregistre alors qu'il n y a pas d’ovulation à faire (…) C'est un système de protection. Sinon une femme enceinte pourrait l'être de plusieurs bébés d'âges différents. (…) Toutes les contraceptions hormonales fonctionnent donc sur un blocage de l'ovulation (…) Ce n'est pas une figure de style de dire que ça va dans le cerveau. L'hormone va littéralement dans le cerveau. Et ce n'est pas un truc freudien de dire que les hormones agissent sur le cerveau."


Il faut savoir que l'utérus c'est l'une des zones les plus irriguées du corps humain, donc les hormones passent dans le sang, le cerveau.
Elise Thiébaut, auteure de "Ceci est mon sang"

La journaliste Elise Thiébaut, qui a quant à elle longuement travaillé sur les problématiques hormonales, est affligée par ces affirmations "d'un effet purement local ne pouvant altérer le système général des femmes, avec le Mirena ": "C'est n'importe quoi ! Le système endocrinien touche toutes les parties du corps, les glandes étant reliées entre elles. On a affaire à des médecins, qui en termes d'hormones, de fonctionnement du cycle féminin et de la physiologie féminine sont très approximatifs. Dans mon parcours médical très compliqué et difficile en gynécologie, je peux assurer que la plupart des médecins ne reculent devant aucun argument pour vous terroriser, vous dire des contre-vérités. Il y a véritablement un gros problème éthique. Il faut savoir que l'utérus c'est l'une des zones les plus irriguées du corps humain, donc les hormones passent dans le sang, le cerveau. Et bien entendu, les hormones influencent la libido. Tout ça est variable, mais la relation est évidente. C'est inadmissible d'entendre que les hormones diffusées par le Mirena ne puissent pas avoir d'effets sur la libido."

Au matin du mercredi 17 mai 2017, l'association de défense des victimes de la Dépakine (APESAC) annonçait qu'elle venait officiellement de saisir le Tribunal de Grande Instance de Paris. Il s'agit de la première action de groupe dans le domaine de la Santé en France. L'avocat de l'association  APESAC est Maître Charles Joseph-Oudin. Il a été contacté par l'association SVH pour défendre, par une action similaire, les femmes victimes des effets secondaires du stérilet hormonal Mirena…

A suivre donc.


Paris, 22 mai 2017 (AFP)

Les patientes mécontentes du stérilet Mirena ont créé une association nommée "Stérilet Hormones Vigilance" afin de dénoncer les "effets secondaires" de ce dispositif de contraception, a indiqué à l'AFP sa présidente lundi.

Cette association découle du succès du groupe Facebook "Victimes du stérilet hormonal Mirena": il a connu un afflux soudain de participantes à partir de sa médiatisation début mai et réunit pour l'heure près de 13.000 membres, selon la présidente de l'association, Marie Le Boiteux.

Les patientes mécontentes lui attribuent des effets indésirables (vertiges, états dépressifs...) et dénoncent pour certaines un manque d'information de leur gynécologue. L'association, dont les statuts ont été déposés le 16 mai en préfecture de l'Yonne, "demande la réévaluation du dispositif concerné et une meilleure information sur les effets secondaires possibles", a-t-elle souligné dans un communiqué. Fabriqué par le laboratoire Bayer et commercialisé depuis près de 20 ans, Mirena est un stérilet hormonal, différent des stérilets en cuivre classiques: placé dans l'utérus, il agit en libérant une hormone (le lévonorgestrel).

Le 12 mai, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait relevé dans un communiqué "une augmentation des déclarations d'effets indésirables susceptibles d'être liés" au Mirena, à laquelle elle se disait "attentive". De son côté, le Collège national des gynécologues et obstétriciens (CNOGF) avait conseillé à ses membres d'être "à l'écoute" des patientes et de "rester vigilants", tout en demandant que cette profession ne soit pas "dénigrée et accusée".

"Nous souhaitons collaborer de façon apaisée et intelligente avec le corps médical tout comme avec l'ANSM", a fait valoir l'association lundi, en assurant n'avoir "pas pour objet d'attaquer les médecins gynécologues mais de faire connaître et défendre les femmes ayant subi des effets secondaires importants".