Stérilisation de masse en Inde : dix femmes sont mortes

Des femmes en attente de stérilisation, le 5 février 2013 à Malda, en Inde (@AFP)
Des femmes en attente de stérilisation, le 5 février 2013 à Malda, en Inde (@AFP)

Dix femmes sont mortes et des dizaines d'autres sont hospitalisées en Inde à la suite d'un programme de stérilisation de masse. Dans ce pays qui tente de contrôler sa croissance démographique, ce drame n'est pas le premier du genre.

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Stérilisation de masse en Inde : dix femmes sont mortes


11.11.2014Par Liliane Charrier, avec agences
Ce samedi 8 novembre 2014, Janaki Bai,  30 ans, est admise au "camp" de Takhatpur, près de Bilaspur, dans le centre de l'Inde. Dans cette structure improvisée au sein d'un hôpital privé, ce jour-là, quelque 80 femmes seront stérilisées dans le cadre d'un programme de planning familial organisé par l'Etat de Chhattisgarh. A peine réveillée de l'anesthésie, les jeunes femmes sont renvoyées chez elle. Le soir-même,  Janaki Bai est prise de vomissements et de violentes douleurs dans l'abdomen, sa tension baisse dangereusement. Son état se dégrade à vue d'oeil. Lundi matin, elle est admise d'urgence à l'hôpital régional de Bilaspur, où elle décède quelques heures plus tard.

Comme elle, dix femmes sont mortes depuis, toutes des suites de la même opération. Une cinquantaine d'autres sont traitées dans différents hôpitaux pour les mêmes complications ; une trentaine sont dans un état critique. Selon le quotidien Indian Express, elles ont toutes été opérées en environ cinq heures par un chirurgien et son assistant. Elles ont subi une stérilisation par voie laparoscopique, un procédé peu invasif consistant à bloquer les trompes utérines. "Des mesures seront prises pour sanctionner d'éventuelles négligences," assure le directeur des services de santé, le docteur Kamalpreet Singh. Les autorités soupçonnent aussi les médicaments administrés après l'opération.

Le chef de l'exécutif du Chhattisgarh, Raman Singh, a ordonné la suspension de quatre responsables du secteur de la santé, et une plainte a été déposée par la police contre le chirurgien qui a opéré, tandis que les habitants de Bilaspur descendaient dans la rue pour exprimer leur colère et exiger des sanctions. Dans l'immédiat, une indemnité de 400 000 roupies (5200 euros environ) sera versé à chaque famille d'une femme décédée.

La stérilisation est la méthode la plus répandue de planning familial en Inde, qui pourrait devenir le pays le plus peuplé de la planète d'ici une vingtaine d'années. Sa population de 1,3 milliard continue à augmenter rapidement, alors que des centaines de milliers de personnes vivent dans le dénuement. Nombre d'Etats organisent des opérations de masse : ils proposent aux femmes qui acceptent d'être opérées une indemnisation (1400 roupies, soit 20 euros) et la gratuité de l'opération. Avides de remplir leurs objectifs, certains gouvernements offrent également des biens, tels qu'une voiture ou de l'électroménager, pour recruter des couples volontaires.

Le programme de planning familial en Inde est essentiellement centré sur les femmes, la stérilisation des hommes étant mal acceptée socialement. Environ un tiers de la population ayant recours au planning familial (54% de la population totale) opte pour la stérilisation de la femme, selon des chiffres officiels de 2008.

Les ONG, pour leur part, critiquent ces programmes, les femmes étant souvent mal informées des risques. Par ailleurs,  la fixation d'objectifs chiffrés au niveau de certains Etats entraîne des dérives, certaines femmes se retrouvant contraintes à la stérilisation, souvent dans des conditions médicales déplorables. En 2012, l'ONG Human Rights Watch avait exhorté, dans un rapport, le gouvernement à mettre en place un système d'alerte indépendant pour faire remonter toutes les informations concernant des stérilisations forcées et de mauvaises conditions d'hygiène dans les centres. Elle recommandait aussi au gouvernement de mieux former les fonctionnaires chargés de conseiller les hommes en matière de choix de contraception.   

L'an dernier, les autorités du Bengale occidental ont été vivement critiquées après la diffusion d'images montrant des femmes laissées inconscientes dans un champ à la suite d'une opération de stérilisation de masse. L'hôpital était incapable d'accueillir un nombre aussi important de patientes.

L'inde sous le choc : 103 femmes stérilisées en une journée, certaines à ciel ouvert

06.02.2013(Vidéo en anglais)


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