Stop ça suffit ! Campagnes contre le harcèlement en France et au Royaume Uni

Le métro parisien, un lieu d'agressions symboliques pour les femmes avec des publicités offensives, détournées pour les contrarier, et des actes de harcèlement réels et quotidiens...
Le métro parisien, un lieu d'agressions symboliques pour les femmes avec des publicités offensives, détournées pour les contrarier, et des actes de harcèlement réels et quotidiens...
AP Photo/Jacques Brinon

Affiches dans les métros et gares, clip sur internet, dépliants... Le gouvernement français lance une campagne nationale pour rappeler que le harcèlement sexiste dans les transports est puni par la loi, et pour inciter les témoins à réagir. La police anglaise vient elle de lancer une bataille contre le viol et autres agressions : pas de thé, ni de sexe sans consentement !

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Annoncée en juin 2015, à l'occasion du plan de "lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles" dans les transports en commun, la nouvelle campagne du gouvernement français était présentée lundi 9 novembre, gare Saint-Lazare à Paris par les secrétaires d'État Pascale Boistard (Droits des femmes) et Alain Vidalies (Transports).

Elle "vise à faire évoluer les comportements, pour qu'aucune agression ne soit banalisée ou ignorée. L'objectif est de donner à chacun et chacune des outils pour réagir", explique Mme Boistard dans le dossier de presse.

Les mots des agresseurs


Des affiches et panneaux numériques dans les métros, gares et transports en commun de plusieurs grandes villes vont rappeler, avec des mots parfois crus, les situations auxquelles les femmes peuvent être confrontées.

Ces visuels décrivent les interpellations d'un agresseur, représentées sur une ligne de métro fictive et devenant de plus en plus violentes à chaque station : de "Mademoiselle !" à "vous êtes charmante" ou "c'est pour moi cette petite jupe ?", jusqu'à "je vais te serrer" et "réponds sale chienne". En bout de ligne, enfin, arrive le "Stop - Ça suffit".

Un écho à la série de petits films réalisés en 2008 déjà, contre les violences conjugales "Ne restons pas muets face aux violences conjugales" et qui s'achevaient pas un même cri "STOP !". Comme celui tourné par le cinéaste Olivier Dahan avec les acteurs Clothilde Courau et Didier Bourdon.


Cette campagne, également déclinée sur internet et les réseaux sociaux, rappelle les peines encourues par les agresseurs : 6 mois de prison et 22.500 euros d'amende pour injures ou menaces, cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende pour baisers forcés, mains aux fesses, frottements.

Conseils et appel à témoins


Elle donne des conseils aux victimes et aux témoins pour réagir, rappelle les numéros d'urgence (17 ou 112, ou SMS au 114 pour les sourds et malentendants). Et surtout lance un appel aux témoignages, tant aux victimes qu'aux passagers qui assistent muets à des agressions plus ou moins importantes : "postez votre témoignage sur Twitter, Vine, Instagram ou Facebook avec le mot dièse #harcelementagissons".

Par ailleurs, dans le cadre du plan de lutte contre le harcèlement, des arrêts de bus de nuit à la demande sont expérimentés à Nantes (Ouest de la France) depuis le 1er novembre. Et à partir du 7 décembre, le numéro d'alerte de la SNCF (3117) sera également accessible par SMS, ce qui permettra de signaler une situation d'urgence plus discrètement qu'en téléphonant.

Dans un rapport remis au gouvernement en avril 2015, le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) soulignait que 100% des utilisatrices de transports en commun ont subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement sexiste ou une agression sexuelle, d'après des "consultations citoyennes" menées en mars auprès de 600 femmes de Seine-Saint-Denis et d'Essonne.

Il faut rappeler ces estimations accablantes : les femmes constituent les 2/3 des passagers des transports publics, et qu'elles forment aussi les 2/3 des victimes d'injures ou insultes, et cela entre 8h et 20h, soit au grand jour, au vu et au sus de tous...

Que ce soit du thé ou du sexe, c'est le consentement qui fait tout !

Les concepteurs de cette nouvelle campagne française ont mis le consentement au coeur de leur dispositif. La police britannique aussi. La frontière entre le oui et le non est la même que celle qui délimite la drague du harcèlement ou du viol. Il s'agit d'être simple, peut-être parfois simplificateur, il y a des oui qui s'approchent du non, plus rarement des non qui basculeraient facilement dans le oui. Les services du "Crown Prosecutor Service" (service des poursuites judiciaires de la Couronne) proposent une série de vidéos pour définir ce qu'est le consentement. L'une d'entre elles a connu un succès viral sur les réseaux sociaux. Elle montre comment la sacro-sainte cérémonie anglaise du thé peut devenir un enfer pour celle ou celui qui ne veut pas de thé. Il suffit alors de remplacer le thé par le sexe... Of course !