L'Arabie saoudite à la Commission des droits des femmes de l'ONU : stupeur et tremblements

Photo prise le 17 février 2017, à Djeddah (Arabie saoudite) par un visiteur à l'entrée du premier salon de spectacles comiques jamais organisé dans le royaume, The Saudi Comic Con (SCC), avec deux secteurs, l'un réservé aux femmes, l'autres aux homme.<br />
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Photo prise le 17 février 2017, à Djeddah (Arabie saoudite) par un visiteur à l'entrée du premier salon de spectacles comiques jamais organisé dans le royaume, The Saudi Comic Con (SCC), avec deux secteurs, l'un réservé aux femmes, l'autres aux homme.
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Quel est donc le signal qu'a voulu envoyer l'ONU en intégrant l'Arabie saoudite à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies? La question interpelle. Ce pays, on le sait, n'est pas un exemple, loin s'en faut, en termes de défense des femmes. Dans la presse ou via les réseaux sociaux, ONG et anonymes réagissent vivement à cette annonce.

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Le vote a eu lieu le samedi 22 avril 2017 au siège des Nations Unies à New York et aurait (presque) pu passer inaperçu.

L'Arabie saoudite, où l’on pratique un islam rigoriste, régi par la charia, a été élue membre de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW) pour la période 2018-2022. Ce pays du Golfe a été choisi parmi les 45 États membres composant cette commission, un organisme faut-il le rappeller "exclusivement consacré à la promotion de l'égalité des sexes et à l'autonomisation des femmes".
 

D’après le site américain The Hill, le vote aurait eu lieu dans le plus grand secret lors d’un conseil économique et social de l’ONU.

Réaction immédiate de l'organisation non gouvernementale UN Watch par la voix de son directeur, le Canadien Hillel Neuer, qui estime que les Nations Unies envoient un signal selon lequel "les petro-dollars permettent de tout acheter, même un profit politique".
 

"Un pyromane chef des pompiers"

"Elire l'Arabie saoudite pour protéger les droits des femmes est comme désigner un pyromane chef des pompiers de la ville", écrit le patron de l'ONG sur Twitter.
 

"Les discriminations saoudiennes contre les femmes dans les lois et dans la réalité sont répugnantes", s’indigne-t-il, précisant que les femmes dans ce pays, en plus de se voir interdire de conduire une voiture, doivent être sous la tutelle d’un homme "contrôlant la vie d'une femme depuis sa naissance jusqu'à sa mort".

Inexplicable et inexcusable

Un vote "inexplicable et inexcusable" selon le directeur du plaidoyer auprès de l'ONU de l'organisation Human Rights Watch. Philippe Bolopion était l'invité de TV5MONDE depuis New York.
 
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Pour sa part, dans le document de sa candidature, Ryad assure justement protéger les femmes dans la mesure où la "charia garantit l’égalité des sexes". Une première grande réunion s'est tenue sur le sujet au mois de mars (en dehors du cadre de l'ONU), raconte le quotidien britannique The Independent. Sur l’un des clichés de l’événement poursuit le journal, treize hommes occupaient la scène. Treize hommes et aucune femme. Celles-ci ayant été obligées de se tenir... à l’écart, dans une pièce séparée, non-mixité oblige.

Un précédent à l'ONU

Malgré les centaines d’exécutions - par décapitation entre autres - prononcées chaque année dans le royaume, celui-ci avait déjà été nommé en 2015 à la tête de l’une des commissions consultatives de l’ONU sur les droits de l’Homme. La décision avait alors choqué et suscité une vive polémique chez les défenseurs des droits humains, et gêne dans les milieux diplomatiques.
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(traduction: Excusez mon retard! J'étais occupé à couper des têtes)

En mars 2016, la France avait également provoqué de nombreux commentaires en décernant la Légion d'honneur au prince héritier d’Arabie saoudite. Lire ici notre article : Arabie saoudite, légion d'honneur ou d'horreur.

S'ajoutant aux non droits accordés aux Saoudiennes (interdiction de conduire, de pratiquer un sport, de voyager sans tuteur, etc, etc... ) comme le raconte dans son témoignage, la journaliste Clarence Rodriguez, les violations des droits humains sont multiples. Aujourd'hui, de nombreux prisonniers continuent de croupir dans les geôles saoudiennes, à l’instar du blogueur Raif Badawi condamné en 2014 à dix ans de prison et mille coups de fouets pour apostasie. Son épouse lutte au quotidien pour obtenir sa libération. Lire notre article Arabie saoudite : Prix Sakharov pour le blogueur Raif Badawi.
 

Comme le précise le site du Mouvement républicain du Québec, les mécanismes de l’ONU ne permettent pas vraiment de laisser le royaume saoudien à la porte de ce genre d’institution. Comme d’autres organes onusiens, la CSW,  qui dépend de l’ECOSOC, Conseil économique et social des Nations Unies, doit comporter un nombre donné d’États représentant chaque région du globe. D’autres pays peu respectueux des droits des femmes, comme l’Iran ou le Qatar, en ont déjà été membres. Douze autres pays sont désignés pour intégrer la Commission de l'ONU des droits des femmes au cours des quatre prochaines années (classés ici par ordre alphabétique et non de nomination) : l’Algérie, les Comores, le Congo, la Corée du sud, l’Equateur, le Ghana, Haïti, l’Irak, le Japon, le Kenya, le Nicaragua, et le Turkménistan.

En octobre 2016, le rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes du Forum économique mondial (#gendergap16) classait l'Arabie saoudite à la 141ème place sur 144 pays.

Pour consulter la carte du monde, intéractive, de ce rapport, c'est ici.