Terriennes

Sans inégalités salariales hommes-femmes, l'Etat empocherait 33,6 milliards d'euros par an

Une étude récente démontre que si les femmes étaient payées comme les hommes, l'économie française en serait profondément modifiée. Tant du point de vue du budget de l'Etat que de la performance des entreprises et de l'économie en général. Explications. 

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168,7 milliards d'euros en un quinquennat : ce montant impressionant est celui des recettes fiscales que l'Etat pourrait engranger si l'égalité salariale stricte entre hommes et femmes était appliquée. C'est la Fondation Concorde qui dans un rapport publié le 30 octobre 2017 explique les mécanismes que cette égalité sociale amènerait si elle était mise en place.

Extrait d'analyse de la Fondation Concorde sur les inégalités salariales :

Ces 10 dernières années, 3 lois ont été promulguées en faveur de l’égalité salariale. Il n’empêche que l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes restent de 19 % en moyenne selon l’Observatoire des Inégalités. Une tendance plus flagrante chez les cadres où l’écart est de 26,3 % que chez les employés où il n’est "que" de 9,3 %. Concrètement, cela signifie qu’en moyenne, lorsqu’un homme cadre perçoit un salaire mensuel net de 4380 €, une femme cadre ne percevra que 3469 €. La comparaison ayant été faite à postes, à diplômes et à compétences équivalents il n’y a donc pas de justification économique à cet écart.

Et cela alors même qu'une autre étude, du WEF (Forum économique mondial) alerte sur le recul en matière d'égalité salariale entre les sexes, après dix ans de progrès... C'est le cas pas exemple en France ou le média féministe Les Glorieuses appellait cette année encore les Françaises à arrêter de travailler le 3 novembre à 11h44, moment symbolique où à travail et fonction identiques, elles ne sont plus payées par rapport aux hommes. 

> A relire dans Terriennes : Les Européennes ne sont plus payées depuis le 2 novembre

Le coût de la discrimnation : 3525€ / an

En moyenne, en France, la différence de salaire net entre un homme et une femme est de 3525 euros par an. Ce seul écart représente 33,6 milliards d'euros manquant aux caisses de l'Etat. Le rapport de la Fondation Concorde explique les effets qu'aurait la disparition du manque à gagner, causé — à l'heure actuelle — par la discrimination salariale entre hommes et femmes : 


Ce "manque à gagner" en terme de salaire net, a également des répercutions en terme de consommation et de recettes fiscales. On estime ainsi que la consommation nette aggrégée supplémentaire pourrait s'élever à 21,98 milliards € (lorsque le surplus d'épargne serait lui de 6,2 milliards €). Ce supplément permettrait de générer 0,16 point de croissance supplémentaire, qui seraient les bienvenues.

Les estimations et analyses par une telle modification de la donne économique amènent des résutats impressionnants selon l'étude de la Fondation :
 

  • Hausse de l’épargne = + 6,16 milliards €
  • Hausse de la consommation = + 21,98 milliards €
  • Création d’emplois = + 26.000 créations supplémentaires par an (en solde net – estimation basée sur la loi d’Okun).
  • Augmentation de l’investissement, à court, moyen et long terme.

L'égalité stricte sur les salaires : résorption des déficits, et plus encore…


Les leviers fiscaux — estimés à plus de 168 milliards d'euros en 5 ans — offerts par l'égalité stricte sur les salaires permettraient des réformes menant par exemple à la réduction totale des déficits des différents régimes de retraites, de la sécurité sociale et de l’assurance chômage, ou bien au choix :

  • La réduction totale des déficits des différents régimes de retraites, de la sécurité sociale et de l’assurance chômage.
  • L’allègement durable de 33 milliards/ an de charges sur les salaires.
  • La mise en place d’un taux d’IS à 14%.
  • Une baisse de 40% de l’impôt sur le revenu.
  • Une baisse de 3 points de TVA.
  • Une hausse de 50% des budgets de la défense, de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la justice.
  • Une réduction de 9% de notre dette publique.
  • Une réduction annuelle de 50% de notre déficit public
L'impact sur les entreprises a été pris en compte dans l'étude, et au contraire des schémas établis qui voudraient qu'elles y perdraient, ce serait l'inverse qui se produirait : le rattrapage des niveaux de salaires coûteraient 58 milliards d'euros aux entreprises — dans un premier temps — puis seraient compensés par une baisse notable des impôts sur les sociétés — via la baisse des profits engendrée par la hausse des salaires — sans changer leur niveau d'activité. L'étude insiste pour sur les effets de croissance, des baisses de TVA, de baisse de taux de cotisations sociales qui pourraient être réalisés par l'Etat qui dynamiseraient rapidement l'économie et par ricochet beneficieraient rapidement aux entreprises, tout comme la progression de la consommation.
 
En réalité, ce que conclut l'étude de la Fondation Concorde est simple : la discrimination salariale hommes-femmes, au delà d'être une injustice sociale, est un frein à l'économie et pénalise la société dans son ensemble, entreprises comprises. La solution pour l'abolir ? Le rapport estime qu'il faut "sensibiliser les acteurs du marché", faire des campagnes de "testing" dans les entreprises et les médiatiser pour inciter les "mauvais élèves" à rester dans le cadre de la loi.
Cela peut-il être suffisant pour parvenir à une réelle égalité salariale ?
Pas certain.