Terriennes

Témoignage : Sarah, rescapée du Vél' d'Hiv'

Sarah Montard à TV5MONDE le 16 juillet 2014 ©TV5MONDE
Sarah Montard à TV5MONDE le 16 juillet 2014 ©TV5MONDE

Le 16 juillet 1942, les forces de l’ordre françaises orchestrent la rafle du Vél d’Hiv’. Des milliers de femmes, d'hommes et leurs enfants sont amenés au Vélodrome d’hiver à Paris avant d’être déportés dans les camps d’extermination nazis. Une adolescente de 14 ans, Sarah Lichtsztejn parvient à s’en échapper avec sa mère. Rescapée d’Auschwitz et de Bergen-Belsen, elle se confie à TV5MONDE. Témoignage.

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Quand Sarah Lichtsztejn-Montard arrive ce 16 juillet dans notre rédaction, elle impose à toute l’équipe un grand respect. Pour son histoire, pour son énergie incroyable à 86 ans et cette envie toujours si forte de témoigner « jusqu’au bout ». Quelle vie ! Échappée, rescapée, elle témoigne aujourd'hui de son passé pour ne pas qu'on oublie cette tragédie de la Seconde Guerre mondiale.

Sarah naît le 16 mars 1928 en Pologne, enfant unique de parents anarchistes : Maria et Moïse. Ils arrivent à Paris dès 1930 où ils vivent dans le XXe arrondissement. Le 23 juillet 1941, le père de Sarah est arrêté dans la rue puis interné au camp de Pithiviers d’où il parvient à s’évader le 2 septembre. Il se procure alors de faux papiers et rentre se cacher à Paris jusqu’à la libération. 

Un an plus tard, le 16 juillet 1942, au premier jour de la rafle du Vél’ d’Hiv’, Sarah et sa mère sont arrêtées à leur domicile et amenées avec d’autres familles juives au Vélodrome d'Hiver d'où ils doivent être envoyés dans les camps d'extermination. Elle raconte sur notre plateau cette journée, qui cette fois ne se termine pas mal : 

16.07.2014Interview par Pascale Veysset
Témoignage : Sarah, rescapée du Vél' d'Hiv'

Clandestinité

Après leur échappée, Sarah et sa mère rentrent se cacher chez de la famille. Impossible pour elles de fuir ailleurs : « On n’avait pas d’argent. J’ai eu une enfance au bord de la misère mais très heureuse parce que mes parents m’aimaient », nous raconte-t-elle.

Sarah continue donc de vivre avec sa mère dans la capitale, en toute clandestinité. Une période pendant laquelle elle voit son père qui n'habite pas loin, lui aussi caché. C'est avec lui qu'elle va braver les interdits imposés aux juifs sous le régime de Vichy.

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Dénonciation

La parenthèse de ses 15 ans ne dure pas longtemps. Le 24 mai 1944, Sarah et sa mère finissent par être dénoncées en dépit de toute leur discrétion. Ce sont probablement leurs voisins de palier qui avaient dû entendre Maria chanter en yiddish. Leur vie bascule.

Témoignage : Sarah, rescapée du Vél' d'Hiv'

Le camp d'Auschwitz ©AFP
Le camp d'Auschwitz ©AFP
Auschwitz

Elles sont internées au camp de Drancy le 25 mai 1944, lieu d'internement des Juifs avant leur déportation vers les camps d'extermination nazis. Cinq jours après leur arrivée, Sarah et sa mère font partie du convoi n°75 à destination d’Auschwitz II-Birkenau. Après leur arrivée, elles sont tatouées, placées en quarantaine puis transférées au camp de travail de Birkenau dans un Aussenkommando (commando extérieur).

Dans le camp d’Auschwitz, c’est la débrouille et le troc qui permettent à la mère et sa fille d'assurer leur survie. Dépouillées de tous leurs biens, Maria a l’idée, à son arrivée, de cacher un stylo et une montre …

Témoignage : Sarah, rescapée du Vél' d'Hiv'

De la fin octobre 1944 au 18 janvier 1945, Sarah se retrouve séparée de sa mère (restée à Birkenau). Transférée à Auschwitz I, elle travaille dans une ferme avec des Hongroises puis creuse des canaux avec des Ukrainiennes.


Du haut de ses 16 ans, sa maturité et sa résistance physique vont l'aider à passer au travers de cette vie d'esclave.

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Survivre

Le 18 janvier 1945, Sarah quitte le camp d’Auschwitz et retrouve sa mère dans la colonne des déportés lors de la « marche de la mort » qui dure trois jours. Avec l'approche des Alliés, des Russes, les nazis évacuent les Juifs des camps d'extermination notamment d'Auschwitz pour d'autres camps en Allemagne. Après un trajet dans un wagon à charbon découvert pendant 5 jours et 5 nuits, elles arrivent au camp de Bergen-Belsen où elles ne reçoivent presque pas de nourriture. C'est là que Sarah croise Anne Frank peu avant sa mort.


L'étoile juive conservée par Sarah Montard ©TV5MONDE
L'étoile juive conservée par Sarah Montard ©TV5MONDE
Libération

La libération de Bergen-Belsen intervient le 15 avril 1945 : grâce à la 1ère armée britannique. Après une longue traversée de l'Allemagne en camion puis divers voyages en trains, elles arrivent le 24 mai 1945 à Paris, un an exactement après leur arrestation.

Au retour, il faut survivre, vivre avec le traumatisme. « Y’avait pas de drogue à ce moment-là, nous confie-t-elle. Ce n’était pas comme maintenant. Mais si il y avait eu tout ça, je serai tombée dans ce panneau là. J’aurais été addicte à tout. »

Tout prend une autre dimension. Après son passage dans les camps, Sarah vit avec une toute autre échelle de valeurs que les adolescentes de son âge :

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Judéité

Quand elle revoit son père, alors qu'il se préoccupe de sa virginité, elle ne pense qu'à une chose : « Je ne voulais plus être juive, je ne voulais plus souffrir pour cela, ce qui m’intéressait c’était vivre vivre vivre ! » écrit-elle dans son livre Chassez les papillons noirs. Son père va l’aider à se réconcilier avec sa judéité.

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Le matricule de déportée de Sarah Lichtsztejn-Montard ©AFP
Le matricule de déportée de Sarah Lichtsztejn-Montard ©AFP
Témoigner

Depuis 2004, Sarah Lichtsztejn-Montard n'a qu'un objectif : parler, témoigner de cette tragédie. Pour que personne n'oublie. A 86 ans, elle vient toujours dans les écoles deux à trois fois par semaine. Cette envie de transmettre cette mémoire est survenue après la mort de ses parents et la naissance de ses deux enfants :

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Aujourd’hui, sa revanche sur l’Histoire, elle la trouve dans sa famille : « Cette année, j’ai été comblée, j’ai eu un arrière-petit-fils le 3 janvier et une arrière-petite-fille le 9 avril, ça, c’est mon pied de nez final à Hitler ! »

Retrouvez notre dossier complet : “Penser le génocide des Juifs, 65 ans après la libération des camps d'extermination“.

Pouvait-on penser, éduquer, chanter, rimer, après le 27 janvier 1945, lorsque l'Armée rouge, libérant le plus important des camps de la mort, Auschwitz Birkenau, mit le monde face à l'extermination des Juifs d'Europe et des Tsiganes ? La question ne cesse de hanter l'humanité. Là, à 50 kms à l'Ouest de Cracovie en Pologne, périrent plus d'un million deux cent mille personnes, la plupart conduites immédiatement vers les chambres à gaz, dès leur arrivée.

Le livre de Sarah Lichtsztejn-Montard