Témoignages de femmes qui portent le voile intégral

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« Nous, si on veut mettre une mini-jupe, on la met... On n'est pas dérangé ! »

Rencontre avec de jeunes Françaises qui ont fait le choix du niqab

C'est dans la rue Jean-Pierre Timbaud dans le XI à Paris que Nadia et ses amies achètent leur niqab. (crédit TV5Monde)

« Avant j’étais très fashion. Je mettais des jeans serrés et je ne comprenais pas les filles qui se voilaient. » Nadia, 19 ans, est aujourd’hui couverte de noir. De son corps, je ne connais que ses yeux, joliment maquillés. Depuis quelques mois, elle porte le niqab avec des gants aux mains et des baskets aux pieds.

Je l’ai rencontrée dans le parc de Nanterre, banlieue proche de Paris. A l’horizon, des tours. En contrebas, un lac. Et Nadia dans l’herbe papotant avec trois copines, quasiment toutes voilées intégralement. Entre elles, elles s'appellent « soeurs ».

Nadia a abandonné l’école. « C’est aux oubliettes », dit-elle. Elle ne veut plus y retourner. Elle ne travaille pas non plus. « C’est à la maison que je me sens le mieux. La vie est pus belle comme ça. De toute façon, j’ai toujours été flemmarde ! », avoue-t-elle. Pourtant à la maison, j’imagine que l’ambiance doit être parfois tendue. Nadia porte le niqab contre l’avis de ses parents qui sont musulmans pratiquants. « Ma mère préfèrerait que je continue mes études et mon père n’aime pas du tout. A part mon frère, personne n’aime ça dans la famille. »
 
Dans les librairies spécialisées à Paris, un niqab se vend entre 10 et 13 euros.(crédit TV5Monde)
Autorité parentale

Ses trois autres amies, qui ont grandi dans un milieu musulman avec un degré de religiosité plus ou moins fort, ont aussi dû batailler contre l’autorité parentale pour faire accepter leur choix. Marine, 21 ans, d’origine turque par son père, redoutait la réaction de sa mère. Elle a opté pour la stratégie des petits pas. Avant de passer le niqab, elle s'était contentée du jillbeb, robe longue et ample couvrant le corps. De même Myriam, étudiante de 19 ans, a dû longuement expliqué son choix à sa mère, musulmane mais non voilée.

Quant à la deuxième Myriam, lycéenne de 17 ans, elle n’ose pas encore franchir l’étape du voile intégral, même si elle en meurt d’envie. « Mes parents qui sont pourtant très pratiquants ne veulent pas que je rentre trop dans la religion, explique t-elle. Mon père qui est professeur a peur que je délaisse l’école. »
 

“Concernant mes parents...“

Les deux Myriam - 2'26
“Concernant mes parents...“
 
Alors des filles soumises ? Sortie de ma bouche, cette expression les fait réagir au quart de tour. Elles refusent cette étiquette et revendiquent le droit de vivre comme tout le monde. Leurs occupations ? Des sorties au cinéma, des virées sur les Champs Elysées, des soirées pyjamas et des journées shopping. Et oui, petite faiblesse de toute femme, elles aiment les fringues et la mode. A croire qu’elles n’ont pas abandonné entièrement la séduction. C’est d’ailleurs parfois très court sous le niqab. Les coquines confient dans un fou-rire : « Nous, si on veut mettre une mini-jupe, on la met, on n’est pas dérangé ! »
 

“Excusez-nous, on sort...“

Nadia et Marine - 1'16
“Excusez-nous, on sort...“
 
Pour comprendre ce choix du voile intégral, il faut bien sûr en venir à la religion car ces quatre jeunes filles au caractère bien trempé n’acceptent qu’une seule soumission, celle à Dieu. Comme elles le disent, c’est d’abord pour le « Seigneur » qu’elles se voilent et rien que pour lui. Toutes consacrent une grande partie de leur temps à étudier les textes religieux.

Bien qu’elles sachent que leur point de vue ne fait pas l’unanimité au sein des musulmans, elles considèrent le port du niqab comme une obligation divine. Pour justifier son choix, Marine n’hésite pas à citer les sourates du Coran qu’elle connaît par cœur et à rappeler les paroles du prophète, tout en reconnaissant que « c’est un truc qui ne s’explique pas, c’est dans le cœur, dans le fond de soi même. C’est les gens qui ont la foi qui peuvent comprendre. »
 
 

“Dieu l'a dit“

Marine - 1'14
“Dieu l'a dit“
 
Mais Dieu n’explique pas tout. Les garçons, même si ce n'est pas la raison première de leur choix, rentrent aussi en ligne de compte. Nadia et Myriam l’étudiante l’admettent clairement. Si elles en sont venues à se voiler intégralement, c’est aussi pour ne plus subir la drague des garçons et leur manque de respect. J’ose alors leur demander si elles ont vécu de mauvaises expériences. Mais non pas du tout.

Ce qu’elles ne supportent plus, ce sont les regards qu’elles jugent indécents ou des paroles qu’elles estiment vulgaires. « Les garçons, ils nous connaissent même pas et nous demandent de monter dans une voiture. Moi je n'ai jamais compris ça. Ils sont sans gêne ! », s'exclame Myriam, bien remontée. Les quatre filles sont catégoriques. Pour elles, la mixité n'engendre que des problèmes. Pour argumenter, Marine se permet même de pointer du doigt les ravages du Sida...
 
 

“Ils regardent vos fesses...“

Nadia, Marine et Myriam - 1'09
“Ils regardent vos fesses...“
 
Aujourd’hui, Nadia et ses copines estiment avoir trouvé une certaine chasteté et se disent pleinement heureuses de porter le voile intégral. Elles se sentent beaucoup mieux avec que sans. Quand elle l’a enfilé pour la première fois Myriam, qui va à la fac, se souvient qu’elle était « trop bien » et qu’elle était même « très pressée de sortir ».

Les insultes

Mais dans la rue ce qui gêne ces quatre filles, ce sont les regards de travers et les insultes qu’elles subissent au quotidien. « Et c’est de pire en pire depuis le débat sur la burqa, précise Marine. Moi je comprends que les gens ne comprennent pas. Mais qu’ils viennent nous parler au lieu de faire des réflexions inutiles ! »

Toutes regrettent que l’islam ne soit pas mieux respecté et compris. Elles accusent les médias de réduire leur religion au terrorisme. Pour elles, « les Français n’acceptent pas la différence » et n’arrêtent pas de lancer « des piques aux musulmans ».

Marine et Nadia rêvent d’aller vivre ailleurs… avec leur mari. Il faut le préciser, d’ici cinq à dix ans, elles se voient toutes mariées avec des enfants. Mais comment trouver un époux sous un niqab ? Ma question provoque de petits gloussements. Rapidement, je me rends compte qu’elles y ont déjà pensé. Et sans embarras, elles me répondent qu’elles passeront par un homme de confiance, une sorte d’intermédiaire tel que le frère d’une amie, pour trouver leur moitié. Et qu’importe leur devenir professionnel et leur autonomie financière...


Camille Sarret
Avril 2010
 
   

Un livre pour enfant

Publié aux éditions Talents Hauts, ce livre illustré Samiha et les fantômes raconte l'histoire d'une famille dans laquelle "on est fantôme de mère en fille" par la volonté de "l'oncle qui veut des femmes fantômes autour de lui". Une histoire limpide aux illustrations douces et poétiques pour évoquer un sujet complexe et grave.